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N°37 | Les enfants et la guerre

Monique Castillo

Philosopher en temps de guerre

Il n’existe pas une philosophie dont on pourrait dire qu’elle invente le modèle de la réflexion en temps de guerre. Parce que les guerres sont différentes et les mobiles de la réflexion également. En revanche, toutes les guerres sont des occasions de penser le rapport à la civilisation qu’elles tendent à fortifier ou à détruire.

Aussi, pour tenter de cerner ce que peut vouloir dire « philosopher en temps de guerre », on présentera les exemples de trois expériences de pensée : quand la guerre donne un contenu culturel au patriotisme, quand la guerre change le regard sur l’histoire, quand la guerre inspire une nouvelle philosophie de la paix. Pour chacune, on établira un parallèle entre un exemple du passé et un exemple du présent. Le propos n’est pas de produire une théorie de la philosophie par temps de guerre, mais de porter le regard sur le sens tragique des prises de conscience provoquées par la guerre.

  • Quand la guerre pense culturellement le patriotisme

Quand on parle de patriotisme, on n’évoque pas seulement le patriotisme militaire, lequel est bien évidemment en action dans la bataille, mais encore un patriotisme culturel qui se développe par la pensée et la méditation. La Grande Guerre en offre deux exemples particulièrement instructifs ; l’un, du côté allemand, et l’autre, du côté français.

  • La Grande Guerre et la philosophie du patriotisme

Du côté allemand, le romancier et essayiste Thomas Mann regarde cette guerre comme l’ultime occasion de faire triompher la profondeur du génie européen contre l’américanisation de l’Europe. Il voit l’Allemagne comme la gardienne de la grande culture européenne. La France apparaît comme le vecteur d’une civilisation exclusivement politique, alors que l’Allemagne incarne un éternel culturel apolitique, poétique et musical. La Première Guerre mondiale est ainsi présentée comme un conflit entre des forces philosophiques antagonistes. Il est mené contre l’Allemagne par la civilisation occidentale tout entière.

Les Considérations d’un apolitique, publiées en 1918, prennent délibérément l’allure de considérations inactuelles pour dénoncer ce que l’on a appelé par la suite le consumérisme des sociétés modernes. Dénoncer la politisation de l’humain, c’était alors accuser un libéralisme sans âme de promouvoir une « Europe de music-hall », dominée par le commerce, l’utilitarisme, l’abêtissement par la consommation, le nihilisme d’une massification sans spiritualité. Ce que promeut l’idéologie du bien-être, ce n’est pas le bonheur, mais le nivellement des plaisirs, l’ennui et la platitude du confort. Il est donc erroné de confondre la modernisation des conditions de vie avec la nécessité de politiser des esprits en les mettant à son service.

Du côté français, le juriste Léon Duguit regarde la Grande Guerre comme une catastrophe certes engendrée par la culture allemande de l’État, mais, et la finesse de l’analyse mérite de retenir l’attention, parce que la culture politique allemande a été tirée de Rousseau et de sa vision « totalitaire » de la souveraineté. En 1918, dans un texte court et polémique, Jean-Jacques Rousseau, Kant et Hegel, il explique que la notion de souveraineté, telle qu’elle est cultivée par les juristes allemands, a ses sources dans l’idéalisme métaphysique successivement développé par Kant, Fichte et Hegel. L’idéalisme philosophique aurait ainsi conduit la pensée du droit vers des solutions étatistes et bellicistes.

Il engage ainsi la pensée politique dans la recherche d’une troisième voie, celle de la solidarité sociale, capable de dépasser et de supprimer le conflit entre un individualisme asocial et un étatisme anti libéral. Il est possible de préserver la liberté individuelle par une conception organique et solidariste de la société : « L’homme se sent d’autant plus homme, il est en effet d’autant plus homme qu’il est plus associé1. »

Si nous nous transportons dans la période contemporaine, on a observé que septembre 2001 (la destruction des Twin Towers) pour les États-Unis et novembre 2015 (les massacres du Bataclan) pour la France et, au-delà de la France, pour l’Europe, ont constitué des tournants qui conduisent à repenser le patriotisme, avec cette particularité qu’il s’agit à présent d’un patriotisme qu’on pourrait appeler « démocratique ».

  • Les tournants de 2001 et 2015 :
    l’émergence d’une forme de patriotisme démocratique

Le journaliste américain Robert Kagan s’est rendu célèbre pour avoir opposé, en 2003, Américains et Européens en alléguant que les premiers étaient réalistes et hobbesiens tandis que les seconds, par leur renoncement à la puissance, étaient idéalistes et kantiens. Ces références philosophiques fortes sont, dans le style et dans l’intention, une sévère critique de l’Europe, jugée pacifiste à contretemps. L’argument est déplaisant, et il est bon de rappeler à Kagan la salutaire distinction entre le réalisme politique et le cynisme politique. Mais sa conférence est aussi un témoignage qui instruit sur le retour du tragique et de la politique dans un monde redevenu incertain et dangereux. La paix européenne s’était fondée sur l’espoir d’une prospérité économique commune. Mais, focalisés sur ce dessein, les Européens n’ont pas vu que la violence redevient l’écriture de l’histoire et fait revenir au premier plan la nécessité d’une vision géopolitique du monde, vision qui contraint les démocraties à défendre leurs valeurs et leur stabilité par le moyen de la guerre.

En France, cette prise de conscience s’est faite à la suite des assassinats à Charlie Hebdo et surtout du massacre de masse perpétré au Bataclan, en ce que la jeunesse a ressenti profondément que, à travers l’attaque dirigée contre ses modes de divertissement, c’était sa vision de la vie qui était agressée. De nombreux jeunes gens, garçons et filles, souvent lycéens ou étudiants, choisissent de suivre une formation militaire de réservistes. Les raisons qu’ils en donnent montrent qu’ils ont été brutalement réveillés de l’illusion de vivre dans un monde qui s’imaginait protégé parce que pacifique, et elles témoignent d’une volonté de défendre les valeurs de la démocratie : « Les mêmes mots reviennent dans la bouche des jeunes réservistes : “aider”, “protéger la population”, “servir”, “être utile” et “soulager les militaires” professionnels, sur-sollicités entre leurs missions à l’étranger et l’opération Sentinelle en France. […] Quentin, un lycéen venu d’Orléans, a lui aussi décidé de s’engager dans la réserve “à cause des événements” : “J’ai vu la photographie de l’intérieur du Bataclan avec les cadavres, raconte-t-il. Ça m’a donné la rage que des innocents meurent comme ça.”2. »

Parce que la mort qui a été infligée n’avait aucune utilité autre que symbolique, l’engagement patriotique prend aussi cette signification symbolique d’une résistance au nom des idées qui forgent un patriotisme démocratique.

  • Quand la guerre change la manière de voir l’histoire

La guerre incite aussi à réécrire l’histoire, ou du moins à la regarder autrement. La Grande Guerre a été une épreuve de choc pour la pensée de la civilisation européenne. Tout le monde connaît l’avertissement de Paul Valéry dans La Crise de l’esprit (1919) : « Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles. »

  • La Grande Guerre interprétée
    comme l’autodestruction culturelle de l’Europe

C’est une prise de conscience collective que signale la formule de Valéry, qui est en même temps une sentence prononcée du point de vue du tribunal du monde : la Grande Guerre équivaut à un suicide culturel de l’Europe. Celle-ci a sacrifié sa grandeur et son destin historique en tournant ses armes contre elle-même. Au lieu d’élever les buts de la civilisation en s’en faisant le modèle exemplaire pour le monde tout entier, elle a laissé s’entre-égorger les nations pour l’obtention de la suprématie de l’une contre toutes les autres. Le pire est qu’elle l’a fait avec les ressources morales et physiques, avec les vertus et la grandeur même des hommes : elle s’est détruite avec ses propres moyens, avec celui de ses soldats – le courage d’affronter le pire, la capacité d’un dépassement de soi porté jusqu’à subir l’horreur des mutilations fratricides.

Le constat est sinistre : « Les misérables Européens ont mieux aimé jouer aux Armagnacs et aux Bourguignons que de prendre sur toute la terre le grand rôle que les Romains surent prendre et tenir pendant des siècles dans le monde de leur temps. Leur nombre et leurs moyens n’étaient rien auprès des nôtres ; mais ils trouvaient dans les entrailles de leurs poulets plus d’idées justes et conséquentes que toutes nos sciences politiques n’en contiennent. […] L’Europe sera punie de sa politique ; elle sera privée de vins et de bière et de liqueurs. Et d’autres choses… L’Europe aspire visiblement à être gouvernée par une commission américaine. Toute sa politique s’y dirige. Ne sachant que faire de notre histoire, nous en serons déchargés par des peuples heureux qui n’en ont point ou presque point. Ce sont des peuples heureux qui nous imposeront leur bonheur3. »

  • La mondialisation et la nouvelle échelle de sens de la guerre

Pour revenir à l’époque contemporaine, le texte du mal-aimé Huntington peut être mis en parallèle. Mal aimé parce que mal compris, et mal compris parce que trop vite lu. Huntington fait le même constat que Valéry, mais, à l’âge de la mondialisation économique, numérique et culturelle, ce n’est plus seulement l’Europe mais l’Occident tout entier qui est en passe de ne plus rien pouvoir imposer au monde et de devenir une civilisation banalisée, sans valeur exemplaire, sans grand destin. Cette prise de conscience signifie que l’histoire du monde a cessé d’être l’histoire de l’Occident.

Cela, c’est l’intelligence de la guerre que réclament la fin du xxe siècle et l’entrée dans le xxie qui le fait comprendre. Une nouvelle vision de l’histoire du monde est nécessaire parce qu’une nouvelle figure de la guerre est apparue. La doctrine militaire traditionnelle, héritage de Clausewitz, donne à l’État le monopole de l’usage des armes : il l’encadre de l’impératif éthique de la force maîtrisée. Mais les guerres nouvelles sont transnationales et opposent des ressources civilisationnelles rivales. Huntington comprend que ce ne sont plus des États mais des religions, des systèmes de valeurs et des symboliques existentielles qui vont se combattre par régions du monde interposées. Et il appelle l’Occident, qui n’est plus désormais qu’une civilisation parmi d’autres, à savoir se défendre en restant uni.

Nous autres Européens pouvons comprendre cet appel non comme l’expression d’un bellicisme occidental qui aurait perdu d’avance, mais comme le sentiment de l’urgence de changer l’histoire de la modernité. Car la modernité change de sens, comme l’a bien vu le sociologue allemand Ulrich Beck : est en train de naître une modernité réflexive autocritique, une modernité qui ne regarde pas le progrès comme une évidence culturelle, mais comme une source de responsabilité internationale.

  • La guerre comme source d’une nouvelle philosophie de la paix

La dernière enquête sur les raisons de philosopher pendant la guerre est la plus difficile : d’abord parce qu’il s’agit de comprendre comment la guerre peut renouveler la pensée de la paix (ce qui peut sembler paradoxal), mais aussi parce que penser la paix après deux conflits mondiaux oblige à être particulièrement inventif en matière de philosophie, et enfin parce que l’unique manière de placer la paix au-dessus de la guerre réclame un ressourcement quasi métaphysique et religieux des mobiles humains qui animent les peuples.

Pourquoi se porter au niveau de la métaphysique pour penser la paix de demain ? Répondre à cette question suppose que l’on anticipe un avenir qui n’est pas encore vraiment dessiné. On ne le fera que sur la base de témoignages d’écrivains et de philosophes.

Un rapide coup d’œil sur le passé récent de l’Europe justifie la question. Après les deux guerres mondiales qui ont déchiré et exténué l’Europe, la paix a été conçue comme un enjeu pragmatique et économique plus que structurel et culturel : on a voulu créer des coopérations économiques capables de construire une solidarité sur la base d’un intérêt commun (qui est aujourd’hui la zone euro). On a rationalisé la paix par souci de réalisme et de sécurité. L’enjeu suprême d’une pensée de la paix était de cesser de faire de la paix autre chose qu’un simple entre-deux-guerres et de réaliser la paix « perpétuable » au sens kantien, qui signifie que la paix devient la raison majeure des politiques publiques. Or l’échec d’une Europe technocratico-économique conduit, aujourd’hui, à relire d’autres philosophies de la paix qui ont été provoquées par la guerre, et développées, parfois, au cœur de la guerre elle-même.

  • Après 1870, Jaurès souligne la signification morale et culturelle de la paix

En 1910, Jean Jaurès publie son grand ouvrage L’Armée nouvelle, dont le propos est de préparer la paix à partir d’une nouvelle conception de l’armée ; plus précisément, pour porter la philosophie des armes à la hauteur d’une paix qui doit être universelle. Il faut une autre armée pour une autre paix, la paix qui sera celle, cette fois, de l’humanité entière. La mesure paradoxale de l’enjeu peut surprendre et le projet défie nos manières de raisonner ; pour nous, la paix s’associe à une éthique humanitaire et bienveillante, elle est même, disons le mot, « antimilitariste ». Mais Jaurès voit plus loin : si la paix doit être celle de l’humanité entière, il faut que la notion de patrie elle-même soit habitée d’une dynamique progressiste qui mette la guerre au service de la paix. Pour cela, l’armée ne sera pas une armée de classe, elle ne sera pas une armée bourgeoise, mais une armée de citoyens qui seront socialisés par leur formation militaire et formeront un corps soudé, capable d’incarner une éthique, une mission : la mission qui donne la priorité à la guerre défensive et qui réclame pour cela une armée socialisée, instruite, civilisée, progressiste. C’est dans et par l’armée que les passions belliqueuses, les clivages sociaux et les inégalités humiliantes peuvent être surmontés et dépassés, afin que, comme il l’écrit, l’idée de patrie se prolonge elle-même jusqu’à se fondre dans l’humanité.

Jaurès définit l’essentiel de l’esprit républicain du métier des armes en pensant la patrie comme l’incarnation d’une idée : « Ainsi les patries, en leur mouvement magnifique de la nature à l’esprit, de la force à la justice, de la compétition à l’amitié, de la guerre à la fédération, ont à la fois toute la force organique de l’instinct et toute la puissance de l’idée4. » La paix est d’essence spirituelle, elle n’est rien sans une énergie morale consacrée à un but ultime, le triomphe de la justice, bien plutôt qu’une pragmatique et très provisoire sécurité matérielle. Ce que la guerre met tragiquement en valeur, c’est l’impossibilité d’une paix qui ne serait que la peur de la guerre.

  • En 1941, Jünger associe la paix à la spiritualité au nom d’une nouvelle vision théologique du monde

On comprend qu’une pensée faible de la paix favorisera toujours le retour de la guerre. La paix véritable incarne la force maîtrisée à l’opposé de la violence déchaînée, et elle est même, comme l’écrit Emmanuel Mounier, qui fut Résistant, « l’épanouissement de la force ». Mais nos préjugés associant spontanément la force à la violence provoquent le dommage collatéral d’associer la paix à la faiblesse. Il faut donc une conversion mentale pour comprendre la force comme l’énergie de l’esprit ou la puissance de l’amour.

Et c’est bien une paix de ce type qui a été prophétisée comme l’unique avenir possible de l’Europe par un officier allemand durant l’Occupation. En 1941, Ernst Jünger, qui est à la fois un soldat et un écrivain (il a participé aux deux guerres mondiales et a été blessé quatorze fois), rédige et fait circuler en Allemagne un petit ouvrage, La Paix, qui élève la paix au-dessus de la guerre à la condition qu’elle rivalise avec les vertus de la guerre et qu’elle égale en puissance son efficacité historique.

« Pour mériter la paix, écrit-il alors, il ne suffit pas de ne pas désirer la guerre. La véritable paix suppose un courage qui dépasse celui de la guerre : elle est activité créatrice, énergie spirituelle5. » Pourquoi faut-il du courage pour mériter la paix ? D’abord parce que la paix ne serait jamais acceptable par les guerriers si elle signifiait la résignation, la lâcheté et le déshonneur. Le vaincu lui-même peut participer à la paix quand elle est la construction d’un monde qui réclame de l’énergie, de l’ambition et du sacrifice de soi.

Jünger va plus loin encore en estimant que la paix sera l’instauration d’un nouvel ordre européen, religieux et théologique. Devant une telle affirmation, nos manières de penser habituelles sont inévitablement choquées : ces mots connotent pour nous des choix conservateurs, voire réactionnaires, et dépassés par l’hyper-modernité qui marque nos modes de vie individualistes et consuméristes. « Les symboles de l’origine divine de l’homme, de la création, de la chute, les images de Caïn et d’Abel, du Déluge, de Sodome et de la tour de Babel, les Psaumes, les Prophètes et la vérité du Nouveau Testament, supérieure aux basses lois du monde de la terreur, nous livrent le modèle, la mesure éternelle qui commandent à l’histoire et à la géographie humaines6. »

On comprend mieux, en la traduisant dans un vocabulaire laïc, l’inspiration qui féconde cette intuition de la paix. Le texte parle de la spiritualité humaine et des symboles qui peuvent la réactiver. Les deux guerres mondiales témoignent de ce que nous avons abandonné le règne de l’esprit au pouvoir de dominer qui est propre à la technique. Ce qui correspond à la période du nihilisme européen. Le nihilisme se définit de façon très simple : il est la destruction des plus hautes valeurs. Sous le règne de la technique, il est la réduction des valeurs au stade de la satisfaction donnée par les outils qui simplifient ou remplacent l’action, et qui satisfont les besoins par les recettes du marketing ou de la robotisation. Les valeurs de l’esprit succombent alors à la réduction de la vie au simple confort matériel.

C’est pourquoi la paix future doit être plus grande que la guerre et que la technique pour redonner force aux valeurs de l’honneur et au pouvoir de sublimation qui est inséparable du désir humain. Les êtres humains ont besoin de retrouver, par la paix, leur énergie spirituelle. Les souffrances immenses qu’ont vécues les peuples européens sont ce qui les unit dans la recherche d’une paix véritable, ce qui fait renaître l’idée qu’il y a dans l’homme quelque chose de plus grand que lui-même.

Aujourd’hui, ce qui nous empêche de penser une philosophie de la paix inspirée par la mondialisation de la violence de la guerre, c’est peut-être une irrésistible et néfaste propension à associer la paix à l’idée de loisir. Nos manières de penser sont encore « fordiennes » : on sacrifie une part de ses journées au travail afin de consacrer l’autre partie à vivre de loisir et de détente. Mais retrouver la mémoire des sacrifices inouïs et surhumains auxquels on les doit permettrait peut-être de renouer avec un destin commun, plus fort que nous, et qui nous enjoint de devenir plus que nous-mêmes. C’est la manière dont le retour de la guerre aujourd’hui pourrait inspirer la philosophie d’un agir qui soit spécifiquement humain.

1 L. Duguit, L’État, Bibliothèque de l’histoire des institutions, 1901, p. 61.

2 F. Vincent, « Garde nationale, la génération Charlie Hebdo », Le Monde, 27 octobre 2016.

3 P. Valéry, Notes sur la grandeur et la décadence de l’Europe, 1931.

4 J. Jaurès, L’Armée nouvelle, Paris, Éditions sociales, 1978, p. 332. Le texte mérite d’être lu dans son ensemble : « Ainsi les patries, en leur mouvement magnifique de la nature à l’esprit, de la force à la justice, de la compétition à l’amitié, de la guerre à la fédération, ont à la fois toute la force organique de l’instinct et toute la puissance de l’idée. Et la classe prolétarienne est plus que toute autre classe dans la patrie, puisqu’elle est dans le sens du mouvement ascendant de la patrie. Quand elle la maudit, quand elle croit la maudire, elle ne maudit que les misères qui la déshonorent, les injustices qui la divisent, les haines qui l’affolent, les mensonges qui l’exploitent, et cette apparente malédiction n’est qu’un appel à la patrie nouvelle, qui ne peut se développer que par l’autonomie des nations, l’essor des démocraties et l’application à de nouveaux problèmes de toute la force des génies nationaux, c’est-à-dire par la continuation de l’idée de patrie jusque dans l’humanité. »

5 E. Jünger, La Paix, trad. B. et A. Petitjean, Paris, La Table ronde, 1971, p. 151.

6 Ibid., p. 142.

F.-X. Josselin | L’art abstrait de la guerre...