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N°28 | L'ennemi

Frédéric Gout

L’ennemi, cet ennemi, mon ennemi

Comment définir un ennemi, son ennemi ? Comment le prendre en compte, l’affronter, le contrer, pour finalement le vaincre ? Chaque militaire est confronté à ces questions durant sa carrière. Lorsque j’ai pris le commandement du 5e régiment d’hélicoptères de combat (rhc), je me suis retrouvé à la tête d’une unité régulièrement engagée, depuis plusieurs années, dans des opérations extérieures : Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye. Des outils pédagogiques (pièce d’une escadrille Tigre spécifiquement aménagée, témoignages et retours d’expérience, simulation adaptée) avaient d’ailleurs été développés pour préparer au mieux les relèves en Afghanistan. La Libye avait pourtant étonné la plupart des pilotes qui ne s’attendaient pas aux conditions qu’ils allaient rencontrer. Chaque engagement est différent, nous le savons tous. Il s’agit, à chaque fois, de se préparer en tenant compte des leçons du passé récent. Une erreur consisterait pourtant à vouloir se référer uniquement à notre expérience plus ou moins éloignée, sans imaginer d’alternative. Afghanistan, Côte d’Ivoire et Libye ont des points communs, mais aussi bien des divergences qui ont contraint nos unités à les appréhender différemment à chaque fois.

Nous sommes à la fin de l’année 2012. Un gros bataillon du régiment est rentré depuis quelques mois de Kaboul. La Côte d’Ivoire et la Libye se sont éloignées de nos esprits, et le retrait d’Afghanistan se précise. Il faut tout de même se préparer à repartir, car nous sommes en alerte Guépard : une partie du régiment est susceptible d’être projetée avec un très court préavis dans un pays étranger, plus ou moins éloigné. Une certaine lassitude se répand dans les escadrilles où, en dehors des plus jeunes pilotes ou mécaniciens, chaque soldat a déjà été engagé sur plusieurs théâtres, parfois à plusieurs reprises. Certains pensent même avoir vécu la partie la plus intéressante de leur carrière, persuadés que, dans un contexte de restrictions des dépenses publiques, il sera plus difficile pour nos responsables politiques de nous envoyer à nouveau en opération extérieure.

Pourtant, au même moment, le monde fait face à de nombreuses surprises stratégiques. En cette fin d’année 2012, la Syrie et le Sahel connaissent une grande déstabilisation. Mais la réalité politique l’impose : nous n’irons pas en Syrie et un déploiement au Sahel n’est pas envisagé. Nous prenons pourtant le parti d’utiliser ces deux contextes, dans leurs dimensions géographiques, humaines, militaires et politiques, pour nous entraîner. Profitant de notre centre de simulation très performant qui nous rapproche de la réalité d’un vol dans son environnement tactique, nous développons des scenarii en utilisant ces deux théâtres. Ces entraînements nous obligent à nous poser de nouvelles questions, à effectuer des analyses et des comparaisons. Ils nous font avancer, progresser. C’est une méthode pour sortir de la routine qui consisterait à penser que nous avons tout fait et tout vu.

À ce stade, nous faisons face à un « ennemi » purement théorique. Nous essayons de le caractériser à travers ses équipements supposés, son expérience et sa détermination. Nous suivons l’actualité pour coller le plus possible à la réalité. Nos experts en renseignement décryptent les dossiers classifiés qu’ils consultent pour apporter un peu de crédibilité à nos suppositions. Pour autant, cet adversaire potentiel, cet ennemi éventuel est encore lointain. Dans une longue carrière, nous sommes habitués à nous trouver devant ce type de situation. Cela nous permet d’anticiper ce qui n’arrivera finalement pas, mais nous maintient dans un état de préparation nécessaire.

Et puis, un jour, l’ennemi que nous considérions de loin se retrouve brutalement au cœur de nos préoccupations. Dans ce cas concret, les djihadistes qui contrôlaient vaguement la partie peu peuplée du nord du fleuve Niger, au Mali, viennent de décider de mener un assaut qui semble organisé vers le sud du pays. Comme nous avons suivi ces djihadistes depuis de longues semaines, nous sommes « en théorie » assez bien renseignés, mais il va maintenant falloir les connaître un peu mieux alors que nous sommes désignés pour partir à leur rencontre, pour nous opposer à leurs intentions.

Qui sont-ils vraiment ? C’est la question que je me pose, que nous nous posons entre deux préparatifs. Notre première priorité étant la montée en puissance du régiment afin d’embarquer près de la moitié de notre matériel dans des avions de transport stratégique, je n’aurai même pas le temps de passer par Paris pour me faire briefer par les experts de l’état-major des armées qui suivent ce théâtre. Il faut pourtant chercher à cerner l’ennemi un peu mieux. Il est dès le départ différent de ce que nous avions imaginé. Il semble avoir décidé de s’emparer de la totalité de l’État du Mali et il aura fallu des combats violents avec nos forces spéciales pour l’arrêter au nord de Sevare, ville située sur le fleuve Niger à cinq cents kilomètres au nord de Bamako. Il a été capable d’infliger des pertes à nos forces spéciales. Un pilote du 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (rhfs) a trouvé la mort au milieu de combats acharnés.

Nos ennemis sont-ils vraiment nombreux ? Sont-ils organisés au point de pouvoir se regrouper et se fixer un objectif commun ? Ils avaient jusqu’à présent la réputation de se déplacer et d’agir en petits groupes, de se comporter en bandes mafieuses engagées dans des opérations illégales où tout est bon pour gagner de l’argent, de n’avoir de djihadiste que le nom, se servant de cet alibi pour imposer la terreur autour d’eux, pour mieux contrôler les axes de communication et imposer une loi qui n’a rien de commun avec l’islam. Comment sont-ils équipés ? Difficile de le savoir car depuis la chute de Kadhafi en Libye, des armes circulent librement dans toute la région. S’ils sont équipés d’armements de gros calibre et de missiles sol-air, sont-ils capables de les mettre en œuvre dans une configuration structurée ?

En quelques minutes, je viens de changer d’ennemi. Il était théorique et « pratique » dans le cadre de mon entraînement, j’en savais suffisamment sur lui pour l’affronter dans le centre de simulation régimentaire ; il est désormais plus énigmatique et nous avons besoin de mieux le comprendre car nous devrons le combattre demain : c’est la mission que vient de recevoir le régiment.

Il ne faudra que quelques jours pour nous déployer à Bamako, qui semble toujours être l’objectif de notre ennemi. Les forces spéciales ont réussi à lui infliger un coup d’arrêt. Il est pourtant difficile de savoir précisément où il est situé au moment où nous nous posons sur le territoire malien. La capitale pourrait subir plusieurs types de tentatives de déstabilisation : les hypothèses les plus probables sont des raids menés par des bandes organisées utilisant des pick-up équipés d’armes de gros calibres ou des attentats perpétrés au cœur de la population ou prenant pour cibles les lieux publics ou des personnalités. À peine installé et tout juste opérationnel, le groupement aéromobile (gam) doit ainsi mener des actions de reconnaissance sur les axes qui mènent à Bamako : il faut trouver cet ennemi pour l’empêcher d’atteindre son objectif supposé ou réel.

Notre réflexion se poursuit et nous parvenons à des conclusions qui vont nous permettre de combattre. Devant les incertitudes qui demeurent, nous décidons de mettre toutes les chances de notre côté. Nous irons d’abord à sa rencontre en vols de nuit, sauf si nous devons réagir à une offensive de sa part. Nous chercherons à rester hors de portée de tir de son armement de petit calibre. Nous utiliserons alors l’avantage que nous procurent nos équipements de bord, notamment nos caméras thermiques… Nous sommes en fait toujours dans la théorie, car nous ne savons pas encore comment « fonctionne » cet ennemi qui, jusque-là, n’a jamais eu affaire à une force conventionnelle disposant d’une telle puissance de feu et qui lui est très supérieure.

Les premières difficultés sérieuses que nous allons devoir gérer ne seront pas dues à notre ennemi. Nous sommes en effet engagés dans une course contre la montre motivée par une volonté politique affichée de trouver et de repousser celui-ci. La force est toujours animée par un déploiement logistique aérien de très grande ampleur quand nous débutons notre chevauchée vers Tombouctou, situé à plus de cinq cents kilomètres de Bamako. Nous allons vite, très vite, car nous devons libérer la ville dans quelques jours. L’armée de l’air a opéré des bombardements pour affaiblir cet ennemi que nous devrons déloger au plus vite.

Le général Barrera, qui commande la brigade depuis seulement quelques jours, nous a expliqué sa manœuvre et nous le retrouvons à quelques heures du déclenchement de l’opération à Goundam, à soixante-dix kilomètres de notre objectif. La caractérisation de l’ennemi est sérieuse. Il serait présent en nombre et disposerait d’un armement parfois camouflé sur les toits des maisons. L’opération sera un succès, cela ne fait aucun doute, car deux groupements techniques interarmes (gtia) vont monter à l’assaut de la ville alors que le gam leur assurera du renseignement et une capacité de destruction pendant leur mise en place. Nous nous apprêtons à engager un combat en zone urbaine contre un ennemi dont nous évaluons finalement assez mal les forces et les faiblesses, mais en sachant que nous lui sommes nettement supérieurs.

La sérénité règne lorsque l’opération est lancée. Les hélicoptères partent en tête. Ils ont pour mission d’apporter les premiers renseignements et de détruire toutes les menaces qui pourraient contrarier la progression du gtia 1. Celui-ci doit s’emparer de l’aéroport situé au sud de la ville, tandis que des parachutistes doivent prendre possession d’une zone au nord. Nous sommes tous persuadés que notre ennemi nous opposera une grande résistance, mais nous réalisons assez rapidement, dès les reconnaissances effectuées par les hélicoptères, que nous n’allons pas trouver ce que nous attendions. Les deux gtia s’emparent donc de leurs objectifs sans aucune résistance et nous comprenons que la prise de la ville, prévue le lendemain, se fera sans lutte. Règne alors une forme de frustration : nous avons rempli la mission, mais notre ennemi n’était pas à notre rendez-vous. Il est donc plus organisé, plus subtil que nous le pensions. Il est capable de choisir ses combats et va nous obliger à reprendre notre course effrénée. Certes, il abandonne du terrain, mais se met-il en danger pour autant ? Et s’il nous tendait un piège ? Nous n’avons pas beaucoup de temps pour nous pencher sur cette question car nous reprenons notre progression vers Gao. La pression parisienne est toujours aussi forte alors qu’un quotidien titre sa une « Une guerre sans mort ? ».

Les premiers combats arrivent finalement, mais ils sont assez peu révélateurs de ce qui nous attend vraiment. Quelques pick-up sont détruits par nos hélicoptères alors qu’ils tentaient de franchir le Niger. Ce sont des combattants isolés qui cherchent peut-être à rallier une zone de regroupement. Il est pour le moment impossible de le savoir. Les combattants d’Aqmi se dissimulent habilement et refusent tout contact. Le Mujao, en revanche, décide de mener quelques actions dans Gao et dans un périmètre restreint autour de la ville. Certains combats sont d’ailleurs assez violents, car cet ennemi utilise la méthode de l’embuscade ou celle de l’action terroriste en zone urbaine. Il est pris très au sérieux, mais c’est bien Aqmi et sa volonté de conquérir tout le Mali que nous sommes venus repousser et détruire.

Tout en contrôlant la région de Gao, nous poursuivons notre rallye à travers le désert. Nous atteignons le nord du Mali et plus précisément la zone de Tessalit. Le massif des Adrars des Ifoghas retient toute l’attention de l’état-major. Il est en effet situé à un carrefour de communications : le contrôler donne l’assurance de pouvoir maintenir des échanges entre la zone sahélo-saharienne et l’Afrique du Nord, donc l’Europe.

Les premiers renseignements ne nous annoncent rien. Pourtant, la brigade perd un soldat, un légionnaire, et passe très près de perdre un Tigre et son équipage, le tout en quelques heures. La surprise est de taille. Cette première bataille terrestre dans les Adrars est remportée par l’ennemi ! Un Tigre rentre criblé d’impacts (plus de vingt). Les équipages n’ont même pas réussi à localiser les tireurs après cette prise à partie. Sommes-nous tombés dans une embuscade ? Sommes-nous aspirés dans une spirale négative ? Nous n’avons pas beaucoup de temps pour nous poser ces questions. Paris s’inquiète, mais la suite des événements va précipiter les choses. Les djihadistes sont bien installés dans ces collines et ils donnent l’impression de vouloir mettre en place une défense ferme. Je prends des mesures et nous adaptons nos procédures. Nous devons reprendre l’initiative et infliger des pertes. À ce moment précis, j’ai conscience de ne pas avoir pris le dessus sur notre ennemi. Il semble même nous avoir attiré sur son terrain où il est capable de se camoufler et de nous attendre. Je redoute son armement du type des mitrailleuses de 14,5 mm ou les missiles portatifs, y compris la nuit.

Notre ennemi n’est finalement pas celui que j’avais imaginé. Il semble être organisé et même bien nous connaître. Il sait utiliser son armement individuel, kalachnikovs et autres dérivés de cette arme de masse. Nous sommes tous concentrés mais pas déstabilisés. Certes, les premiers combats ne nous sont pas favorables, mais la brigade dispose d’une puissance considérable, bien supérieure au potentiel adverse.

Les jours suivants permettent de comprendre que notre ennemi est plus déterminé que nous ne l’avions prévu. Ceux qui n’étaient que des éléments de renseignement à l’entrée de la vallée cachaient en réalité un dispositif parfaitement camouflé. Jusqu’à présent, notre ennemi n’avait pas voulu nous affronter dans des combats directs, mais cette fois il se bat pour garder le contrôle de ce massif, qui regroupe plusieurs vallées, son « sanctuaire » dans lequel il possède des lieux de vie et des lieux de stockage de nourriture, d’armes et de munitions ou encore d’ordinateurs et de papiers d’identité. Il est parfaitement installé dans un lieu qu’il a aménagé, y compris en utilisant des véhicules de chantier dérobés dans les villes conquises ou simplement traversées.

L’approche est désormais différente, mais la mission ne change pas. Les gtia 3 et 4, ainsi que le détachement tchadien, vont maintenant combattre dans une vallée étroite et longue, appuyés par les avions de chasse de l’armée de l’air, les hélicoptères de combat du gam ainsi que par les canons Caesar de l’unité d’artillerie. Dans cette phase, le rapport de force est totalement défavorable aux djihadistes. Ils sont pourtant toujours bien camouflés par des amoncellements de pierres noires et chaudes qui rendent inefficaces nos moyens thermiques. L’étau va se resserrer progressivement et ils n’auront pas d’autre choix que de se rendre. Ils nous infligeront sans doute des pertes, nous nous y attendons.

Une fois de plus, je m’aperçois que je découvre cet ennemi de jour en jour. Le premier constat est qu’il ne cède pas un pouce de terrain. Ses combattants sont organisés en petits pôles de résistance et ils font de la défense ferme, jusqu’au-boutiste. Parfois, ils se retrouvent face à un char ou à un hélicoptère, mais ils ne se rendent pas. Ils sont décidés à mourir en combattant.

Le deuxième constat est qu’ils essayent d’utiliser des engins explosifs improvisés (eei) mais que ceux-ci sont bien moins performants que ceux qui existent en Afghanistan. La plupart du temps, ils ne fonctionnent pas ou mal. L’un d’eux sera tout de même à l’origine de la destruction d’un char de combat, de la mort d’un de nos soldats et de graves blessures de ses compagnons d’équipage. Notre ennemi n’a pas le niveau d’expertise des combattants d’Aqmi en Afghanistan.

Le troisième constat est qu’il utilise assez mal son armement. Il déclenche en effet souvent ses tirs alors qu’il est encore trop éloigné de ses cibles, perdant ainsi tout effet de surprise, ce qui permet aux forces de la brigade Serval de bien utiliser leurs appuis pour détruire l’obstacle et poursuivre leur route.

Le quatrième constat est qu’il n’utilise pas son armement de gros calibre, du type du canon de 122 mm que nos forces vont retrouver avec un stock de munitions, pas plus que les missiles sol-air de type sa 7 qu’il possède pourtant en excellent état de marche.

Alors que notre ennemi subit désormais de lourdes pertes, je comprends que je n’ai pas affaire à des combattants aussi bien formés et bien organisés que nous ne nous l’étions imaginé. Nous allons de découverte en découverte : les stocks de munitions abandonnés comprennent toujours deux catégories, les munitions de 7,62 mm pour les armes individuelles sont parfaitement rangées alors que toutes les autres sont disposées sans ordre ; ils n’avaient donc pas l’intention de les utiliser. Nous découvrons aussi que des enfants soldats sont intégrés dans leurs rangs et que plusieurs mouvances se mélangent (présence de Boko Haram). Et que si les principaux chefs donnent bien l’ordre de mourir sur place, ils préfèrent se retirer avant d’être localisés. Notre ennemi, mon ennemi, a un visage qui s’affine de jour en jour.

La conquête des autres vallées nous réserve encore quelques surprises. Nos adversaires décident de ne plus tenir les positions et s’enfuient désormais un peu avant l’arrivée de nos forces. Les dernières vallées sont même abandonnées bien avant nos mouvements. Aqmi a perdu son sanctuaire désormais totalement sous le contrôle de Serval. Il a d’ailleurs repris sa forme traditionnelle, organisé en petits groupes actifs pendant que d’autres ont revêtu l’habit de berger pour échapper à nos soldats.

Tout s’est passé en quelques semaines. Nous avions imaginé les forces et les faiblesses d’un ennemi théorique. Puis nous sommes allés à sa rencontre sans avoir le temps de bien nous préparer à ce qui nous attendait vraiment. Il s’est sans doute adapté à nous alors que nous faisions la même chose à son encontre. La différence majeure est que nous n’avons pas changé notre mission. Nous avons adapté le rythme, nous avons réagi aux surprises de son absence quand nous pensions le trouver ou de sa présence massive quand tout indiquait qu’il n’était pas là. Lui, en revanche, a subi en permanence, parfois en nous infligeant des revers, mais qui resteront toujours ponctuels. Contraint de stopper sa progression vers Bamako, il a ensuite reflué vers le nord, sans doute surpris alors de nous voir arriver si vite dans son camp retranché des Adrars des Ifoghas. Il a ensuite essayé de résister avant de comprendre qu’il ne pouvait pas lutter contre notre supériorité militaire.

De notre côté, nous n’avons jamais perdu le fil. Nous avons parfois été contrariés par notre difficulté à le rattraper, ou par les coups qu’il a été capable de nous asséner. Nous avons découvert petit à petit à qui nous avions affaire. Parfois impressionnés par ses capacités dans une phase de l’opération, nous avons finalement compris qu’il n’était pas de taille à nous résister franchement. Il aura eu plusieurs visages. Son image aura évolué au fur et à mesure de notre progression vers le nord, mais nous aurons fini par bien le cerner, ce qui nous aura permis de le détruire partiellement, avant qu’il ne décide de se retirer du front.

Ainsi, l’ennemi, cet ennemi, notre ennemi, quel qu’il soit et où qu’il soit, doit toujours être considéré comme étant plus ou moins différent de ce que nous imaginons de lui. Nous le découvrons en avançant à sa rencontre, et nous devons en permanence cerner ses forces et ses faiblesses qui peuvent évoluer. Outre notre supériorité technologique, nous disposons alors d’une force certaine et indiscutable : celle de développer une véritable faculté d’adaptation qui nous mène, in fine, à la victoire.

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