Pour un soldat moderne, la nuit est… verte. Un vert trahissant la technologie qui lui permet de combattre dans l’obscurité, que ce soit par l’intermédiaire d’intensificateurs de lumière, qui vont capter les photons résiduels et les amplifier en les multipliant, ou par celui de caméras infrarouges, ou caméras thermiques, qui vont capter les images en deçà du spectre visible et afficher une représentation de la réalité par des différenciations de température, la représentation visuelle de ces outils étant réalisée en différents tons de couleur verte.
Cette monochromie crée un environnement particulier, qui devient rapidement la marque de toute action nocturne, particulièrement peut-être pour le combattant embarqué, et plus encore en hélicoptère de combat, où le chef de mission alterne sans cesse entre une vue directe par intensification de lumière et une vue indirecte par l’intermédiaire d’un viseur thermique. À force, le cerveau répertorie toute une bibliothèque d’images qui lui permettent de faire le lien entre ce qu’il voit et la représentation habituelle de la réalité. Tel contraste de vert va recréer un relief, telle silhouette plus sombre ou plus claire sera vite reconnue comme un être humain évoluant dans un environnement plus froid, comme une forêt la nuit, ou plus chaud, comme une surface rocailleuse à la fin d’une journée ensoleillée.
En cela, la scène de l’assaut du compound de Ben Laden dans Zero Dark Thirty1 m’a toujours impressionné par son réalisme, parce qu’elle est en partie filmée au travers de systèmes d’intensification de lumière. On y retrouve ce décor monochrome vert, même si pour les besoins du film la clarté et la netteté des images sont bien meilleures que dans la réalité. Cette scène me renvoie toujours aux opérations que j’ai menées en Afghanistan, quand, à bord de mon hélicoptère, je sécurisais le même type d’actions conduites par nos forces spéciales. Tout y est : les éclats de lumière aveuglants parce que saturés par l’intensification, la matérialisation des lasers en autant de bâtons de lumière se promenant dans le décor, l’écrasement des reliefs à cause de la monochromie. Avec l’entraînement et l’expérience, cet environnement particulier devient peu à peu « normal », et on arrive à y évoluer et à y combattre comme de jour, même s’il entraîne certaines particularités.
Bien entendu, malgré les systèmes de vision nocturne actuels, la nuit provoque une baisse de la visibilité. Il demeure extrêmement compliqué de bien localiser ses subordonnés ou les unités voisines, car on ne peut, d’un seul coup d’œil, acquérir un aperçu du champ de bataille. Ce qui est déjà délicat lors d’un combat de jour devient donc quasi impossible de nuit. Lors des combats que l’aviation légère de l’armée de terre (alat) a menés en Libye, en réalisant des raids par nuit sans lune sur les positions des forces armées du colonel Kadhafi avec une escadrille d’une douzaine d’hélicoptères, chaque aéronef était dans l’impossibilité de voir les autres, qui opéraient pourtant dans le même terrain. Il était alors indispensable de planifier des itinéraires d’évolution minutés et des secteurs de combat précis. Chaque appareil décollait ainsi du porte-hélicoptères de la Marine à soixante secondes d’écart, obéissant aux injonctions des montres gps, et volait à une vitesse strictement définie afin qu’aucun ne rattrape le précédent sans le voir. Arrivés dans la zone des combats, une répartition des secteurs était opérée afin de permettre d’adapter la manœuvre aux positions ennemies sans augmenter le risque de collision. Cette absence de vision est donc, malgré les aides technologiques, un élément majeur dans l’adaptation du combat de nuit et une forte source de contraintes de planification.
Mais, paradoxalement, la nuit rend également le combat plus visible que le jour. Les tirs d’armes à feu et les explosions sont, de jour, très peu, voire non visibles. Même avec des balles ou des obus traçants, la luminosité diurne empêche souvent, si l’on n’est pas bien axé ou tout simplement pas attentif au bon secteur, de voir le tir. De nuit, avec des dispositifs de vision nocturne, il en est tout autrement. Les départs de coups se matérialisent tous par un vif éclat vert. Les explosions, vues à travers une caméra thermique, sont dignes des plus grosses scènes d’action d’Hollywood. Les balles et les obus traçants ainsi que les propulseurs de roquettes ou de missiles sont autant de grands traits verts qui zèbrent l’obscurité. Tout ce qui matérialise le combat et qui délivre la mort, très peu détectable de jour, devient visible.
Cet état de fait a deux conséquences. La première est que les positions adverses se révèlent clairement dès lors qu’il y a ouverture du feu. Il m’est ainsi arrivé, pour pouvoir détecter un ennemi que l’on ne trouvait pas, de tirer des roquettes dans la direction supposée de sa position ; ses tirs en réaction ont révélé malgré lui le lieu où il se terrait. De même, j’ai eu l’occasion, sur plusieurs théâtres, de rejoindre une zone de combats et de pouvoir identifier immédiatement les positions amies et ennemies au sol, car elles étaient liées par de nombreux traits lumineux, des trajectoires directes ou en cloche résultant des échanges de tirs entre les deux parties. La seconde conséquence est moins positive. Car lorsque vous approchez d’une position ennemie que vous devez attaquer et qu’en partent d’innombrables traits lumineux qui cherchent à vous atteindre, vous regrettez d’un coup de les voir aussi bien ! Le danger est plus facilement méprisable lorsqu’il n’est que supposé. Dès lors qu’il se matérialise, se rendre au-devant de lui entraîne une réaction naturelle de refus corporel. Je me souviens très bien avoir volé vers une position ennemie armée de deux canons de 23 mm striant le ciel de pointillés lumineux et sentir mes orteils se rétracter dans mes chaussures. Inutile réaction d’un corps harnaché dans une machine l’emmenant au-devant d’un danger devenu visible par le croisement de la nuit et de la technologie…
Au-delà du sujet du combat, on peut dire que la nuit appartient, entre autres bien sûr, au militaire. Chaque soldat a le souvenir de nuits veillées dans un trou de combat, travaillées dans un centre opérations ou passées à marcher pour mériter un képi, une fourragère ou tout simplement pour s’aguerrir. Dès ses premières armes il doit la dompter, bien avant d’avoir à y combattre. Passer sept heures à marcher au lieu de dormir est une expérience toute particulière, offrant dans la lutte contre le sommeil et dans la monotonie des pas incessants l’occasion de réflexions profondes sur ses choix, ses capacités, ses rêves ; une sorte de catharsis de la vocation. On traverse les campagnes et les villages sans être vus, à l’heure où leurs habitants se reposent. On y vole, de temps en temps, un morceau d’intimité alors que des maisons éclairées offrent au marcheur nocturne la vision éphémère d’un foyer inconnu. Et cette habitude de braver la fatigue et le rythme physiologique naturel au gré des nuits d’instruction ou de celles d’exercices de préparation opérationnelle confère en mission une sorte de tendance au mépris envers le manque de sommeil. L’abandon total face à la nécessité des opérations génère un effacement de la prise en compte des conséquences du lendemain, en tout cas pour sa propre personne – on fait souvent plus attention au repos de ses subordonnés, de son chef ou de ses camarades qu’au sien.
Mais ces nuits, blanches cette fois, ont un coût. Même si l’enjeu du combat permet de puiser dans des ressources insoupçonnées – je me souviens d’une séquence intense en Afghanistan de trois jours continus avec deux nuits blanches d’affilée –, les capacités physiologiques du corps humain ont des limites et, à la longue, s’installe une forte perturbation du rythme naturel. La fatigue engendrée par le combat de nuit est difficilement récupérable tant la tension associée, à laquelle s’ajoute l’excitation nerveuse des dispositifs de vision nocturne qui agressent les yeux de luminosité, met du temps à s’apaiser. Plus précisément, ces nuits blanches se cumulent en une dette dont le taux d’intérêt est dramatiquement élevé ; le remboursement de cette dette en est d’autant plus long. Les veilleurs de nuit et autres métiers soumis à un rythme nocturne connaissent parfaitement le problème : le repos diurne n’est pas de la même qualité que celui qui obéit au rythme naturel de l’homme. Il faut alors parfois faire appel à des aides extérieures. En Libye, lors de l’opération Harmattan, certains équipages d’hélicoptères de combat prenaient, sous contrôle médical, des pilules de caféine la nuit et des cachets soporifiques le jour. J’ai toujours pensé que cela avait chez eux plus d’effet psychologique que physiologique, mais le fait est qu’ils arrivaient mieux ainsi à supporter les rythmes incessamment décalés, puisque les opérations obéissaient à l’éphéméride afin d’aligner les raids sur les périodes de nuit sans lune.
On découvre également que toutes les nuits ne se ressemblent pas et qu’y combattre est bien différent selon les conditions de luminosité résiduelle. Bien entendu, les différents types de nuit sont très fortement liés au format de la Lune, ainsi qu’à la couverture nuageuse et aux éclairements artificiels de la zone de combat. Ces conditions variables créent un véritable panel gradué de types de nuit, d’une « nuit noire » (nuit sans lune, couverture nuageuse et environnement désertique sans aucune lumière artificielle) à une « nuit claire » où l’on n’a quasiment pas besoin de dispositif de vision nocturne (pleine lune et ciel complètement dégagé).
Chacun des cinq types de nuit de ce panel est plus ou moins adapté à la mission que l’on souhaite réaliser. Si la Lune est l’amie de la jeune recrue en marche de nuit, elle est honnie de l’unité en infiltration en territoire ennemi ! Parfois même, la pleine lune, qui offre une très grande visibilité, entraîne des prises de risque supplémentaires, au-delà du risque d’être vu par l’ennemi, car elle donne l’illusion d’y voir suffisamment pour agir comme en plein jour. En vol tactique, très proche du sol, elle donne au pilote la tentation de voler uniquement à vue et de cesser ses contrôles aux instruments. Or, dans le cas où une hauteur de vol précise est déterminée afin de créer une séparation de sécurité avec un autre aéronef, cela peut avoir de très graves conséquences.
J’ai le souvenir d’une telle nuit en Afghanistan, durant laquelle une énorme lune éclairait une nuit sans nuage. Je commandais une patrouille de deux hélicoptères Tigre et je surveillais le déplacement d’une unité des forces spéciales dans une vallée. J’avais fixé une hauteur « plafond » à mon pilote et une hauteur « plancher » à l’autre appareil, afin de nous permettre d’évoluer sans contrainte. Alors que j’observais par la fenêtre de mon cockpit, j’ai vu l’ombre d’un Tigre projetée au sol. J’ai eu le temps de m’extasier devant la beauté de ce spectacle avant de me rendre compte que cette ombre était celle d’un Tigre évoluant dans le sens inverse du mien, et qu’elle n’était donc pas celle de mon aéronef. En relevant la tête, j’ai vu le second appareil en face du mien, sur une trajectoire conflictuelle. J’ai eu le temps de prendre les commandes et de procéder à une manœuvre d’évitement, avant de copieusement invectiver les deux pilotes qui, se sentant à l’aise par une nuit aussi claire, en avaient oublié de contrôler leur altitude de vol.
Ce cas très particulier de la « nuit claire » est heureusement très rare. Le risque reste bien plus élevé lors des « nuits noires ». Certes protectrices par l’invisibilité qu’elles procurent face à l’ennemi, elles sont trompeuses par l’écrasement des reliefs qu’elles génèrent, sans parler de la cécité associée. En Libye, lors des infiltrations en vol tactique en plein désert pour rejoindre les zones de combat, mon pilote respectait strictement une hauteur de cent pieds par rapport au sol. La nuit était si noire qu’il ne voyait rien devant lui malgré ses dispositifs d’intensification de lumière. Seule ma caméra thermique permettait de détecter les lignes électriques, et il devait me faire aveuglément confiance quand je lui disais de monter puis de redescendre une fois l’obstacle passé. Lors d’une de ces infiltrations, notre sonde de hauteur par rapport au sol s’est mise à sonner, indiquant que la hauteur minimale que nous lui avions indiquée avait été franchie. Nous respections pourtant une altitude constante. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : nous survolions le début d’un relief de terrain. Mon pilote a tout de suite actionné les commandes pour faire monter l’appareil. Juste à temps : les roues du Tigre ont touché le sommet de la colline, ébranlant légèrement l’aéronef, mais heureusement sans dommage. Les « nuits noires » demeurent l’environnement le plus complexe et le plus dangereux dans lequel on puisse combattre, avec des risques très élevés liés à l’environnement qui s’ajoutent à ceux du combat. L’abordage de deux hélicoptères qui, dans la nuit du 25 novembre 2019 au Mali, a entraîné la mort de treize valeureux soldats en est un terrible exemple.
Combattre de nuit est peut-être finalement l’un des savoir-faire les plus complexes pour une unité militaire. Cette expertise nécessite un entraînement régulier, car ce n’est qu’en se frottant à cet environnement particulier que l’on arrive à le dompter. Dans l’alat, l’objectif recherché est un volume d’entraînement de nuit correspondant au tiers du volume d’entraînement total. Ce n’est qu’ainsi qu’il est possible d’être capable de projeter une escadrille d’hélicoptères dans un combat de nuit, quelles que soient les conditions. Sans cela, la nuit reprend le dessus et redevient une menace plus grande que l’ennemi.
Pourtant, malgré le danger qu’elle représente, la nuit est souvent d’une beauté incroyable. Que ce soit dans le désert malien, sur un plateau afghan ou sur le pont d’un porte-hélicoptères en Méditerranée, je me suis souvent arrêté, les yeux levés vers un ciel que l’on ne connaît plus dans nos pays urbanisés. On y voit avec une telle intensité la Voie lactée déchirer le ciel en deux que l’on comprend que nos ancêtres, inspirés par un tel spectacle, aient pu imaginer toutes les mythologies. Cette beauté est si captivante qu’elle appelle à la contemplation et à la méditation. En retour de mission, cette contemplation efface pour un temps la fatigue et les tensions. La nuit redonne alors, plutôt que le souvenir des dangers frôlés dans un environnement réduit par la monochromie verte, la conscience de toute la splendeur de l’immensité qui nous entoure. Par son immuable présence, elle nous questionne sur la vacuité de nos combats, même si nous savons très bien que nous y replongerons corps et âme dès l’aube levée. 
1Film de Kathryn Bigelow de 2012 (sorti en France le 23 janvier 2013), qui a obtenu l’Oscar du meilleur film en 2013.
For modern soldiers, nighttime is... green. At night, the military uses image intensifiers, which capture residual photons and amplify them by way of multiplication, or infrared or thermal cameras, which capture images below the visible spectrum and display a depiction of reality based on temperature differentiation. These tools, which enable soldiers to fight in the dark, deliver a visual representation of the world in different shades of green.
Thus, this monochromatic environment quickly becomes the hallmark of all nocturnal action. This proves particularly true for military crewmembers, especially aircrew aboard combat helicopters: the mission leader constantly switches between a direct view, through image intensifiers, and an indirect view through a thermal scope. Over time, the brain builds up an entire library of images, enabling it to link what it perceives in night vision to its usual representation of reality. A given contrast of greens will indicate the contours of a landscape, whereas a darker or lighter silhouette will quickly be recognized as a human being in a cold environment, such as a forest at night, or a warm one, like a rocky surface at the end of a sunny day.
In this respect, I have always been impressed by the sheer realism of the scene in Zero Dark Thirty1 showing the assault on Bin Laden’s compound. This is partly due to it being filmed through light intensification systems. The green monochrome backdrop is accurate, although the clarity and sharpness of the images are much better than in real life, for the purpose of the movie. This scene always reminds me of the operations I carried out in Afghanistan: from my helicopter, I was tasked with monitoring our Special Forces while they carried out similar missions. It’s all there in the movie; blinding flashes of light saturated by the intensifiers, lasers materializing as beams of light gliding across the scenery and contours being flattened due to the monochromatic view. With training and experience, this peculiar environment gradually becomes “normal” and one is able to move around and fight in it as if it were daylight – even if this does come with its share of quirks.
Despite modern night vision systems, visibility remains lower at night. Pinpointing the location of one’s subordinates or neighboring units remains extremely complex, as it is impossible to get an overview of the battlefield at a single glance. Maneuvers that are tricky in daytime combat become virtually impossible at night. When the French land army’s light aviation (ALAT) fought in Libya, a squadron of a dozen helicopters was sent to raid the positions of Colonel Gaddafi’s armed forces on a moonless night. Each aircraft was unable to see the others, despite them operating in the same space. Thus, it became essential to plan time-based itineraries and precise areas of combat. Each aircraft took off from the Navy helicopter carrier sixty seconds apart, guided by GPS watches and flying at a strictly defined speed to ensure that it would not catch up with the previous aircraft without seeing it. The combat zone itself was divided into sectors, allowing maneuvers to target enemy positions without increasing the risk of collision. Despite our technology, the lack of visibility remains a major factor in night combat, as well as a considerable hurdle in terms of planning.
Paradoxically, night also renders combat more visible than in daytime. During the day, gunfire and explosions are barely visible, if at all. Even with tracer bullets or shells, daylight often makes it impossible to track a shot if you’re not quite focused, or simply not paying attention to the right area. At night, things are quite different thanks to night vision devices. Each shot takes on the form of a bright green flash. When viewed through a thermal camera, explosions are worthy of Hollywood’s most impressive action scenes. Bullets and tracer shells, as well as rocket and missile thrusters, all become large green lines that rip through the darkness. While hardly detectable by day, the manifestations of combat – and of death being delivered – become visible by night.
The consequences of this state of affairs are twofold. The first is that the enemy’s position becomes clear as soon as the first shot is fired. In order to detect an elusive enemy, for example, I sometimes fired rockets towards their supposed location; the enemy instinctively fired back, thereby revealing their position. Similarly, on several occasions, I have arrived in combat zones and immediately been able to identify friendly and enemy positions on the ground, as they were joined together by numerous beams of light – either straight or bell-shaped – resulting from shots being exchanged between the two sides. The second consequence isn’t quite as positive. When you’re approaching an enemy position for an attack and countless streaks of light are coming at you, you suddenly wish couldn’t see them so well! Danger is easier to overlook when it’s merely presumed. As soon as it materializes, flying towards it gives rise to a natural bodily reaction: avoidance. I clearly remember flying towards an enemy position that was armed with two 23mm cannons, which were streaking the sky with dots of light, and feeling my toes clench up in my shoes. This was the futile reaction of a body, one that was lashed to a machine, flying towards a source of danger made visible by a combination of darkness and technology.
Beyond the realm of combat, one could say that night belongs – among other things, of course – to the soldier. Every soldier has memories of nights spent in a defensive fighting position, working at an operations center or marching to earn a commendation, a ribbon, or simply to toughen up. From the moment they take up arms, soldiers must tame the night, long before they are brought to fight in its midst. Walking for seven hours instead of sleeping is a rather unique experience; amid the struggle against sleep and the monotony of incessant steps, it provides an opportunity to reflect deeply upon one’s choices, abilities and dreams. In other words, it is a kind of vocational catharsis. Unseen, we cross the countryside and villages while the locals are asleep. From time to time, we catch a glimpse of privacy, when a light in a window offers us nightwalkers a fleeting view of an unfamiliar home. This habit of defying fatigue and natural physiological rhythms – developed during training nights or operational exercises – confers a kind of contempt towards sleep deprivation during missions. This total relinquishment of fatigue in the face of operational necessity leads one to ignore the consequences that await the following day, at least for oneself; one often pays more attention to the rest and recuperation of one’s subordinates, one’s leader or one’s comrades than to one’s own.
Nevertheless, these sleepless nights come at a cost. Even if the stakes of combat allow us to draw upon unsuspected resources – I remember a truly intense exchange in Afghanistan that lasted three continuous days, with two sleepless nights in a row – the physiological capabilities of the human body do have their limits. In the long run, one’s natural rhythms become seriously disrupted. The fatigue generated by night combat is difficult to recover from, as the resulting tension, combined with the nervous strain of night vision devices zapping one’s eyes with bright light, takes time to subside. More to the point, these sleepless nights add up to a form of debt, one that comes with a dramatically high interest rate. Thus, repaying this debt is all the more time-consuming. Night watchmen and other occupations with a nocturnal schedule are perfectly aware of this problem: daytime rest doesn’t have quite the same quality as our natural nocturnal sleep. In some cases, we have to call upon outside help. In Libya, during Operation Harmattan, some combat helicopter crews took caffeine pills at night and sleeping pills during the day, under medical supervision. I have always thought that this treatment had more of a psychological than a physiological effect. Yet, the fact of the matter is that they were better able to cope with their incessantly shifting schedule – since operations followed the ephemeris in order to plan raids on moonless nights.
Such experiences also teach us that not all nights are the same, and that combat can be radically different depending on the residual light conditions. These different types of night are, of course, very closely linked to the size of the moon, as well as to the presence of clouds and artificial lighting in the combat zone. These variables create a clearly graded range of night types, spanning from a “dark night” (i.e. a moonless sky, clouds and a desert-like environment with no artificial light whatsoever) to a “bright night” (i.e. a full moon and completely clear skies) where night vision devices become virtually unnecessary.
This range includes five types of night, each of which is more or less suited to different types of mission. While the moon may seem friendly to a young recruit on a nighttime march, it can be the unmaking of a unit trying to infiltrate enemy territory! Sometimes, even a full moon, which offers excellent visibility, entails additional threats, beyond the risk of being seen by the enemy: it gives one the illusion of seeing clearly enough to be able to act as if in broad daylight. During tactical flights close to the ground, pilots may be tempted to fly solely by sight and to stop using their enhanced flight vision systems. However, if a precise flight height has been set to ensure safe separation between the aircraft, such temptations may have very dire consequences.
I remember one such night in Afghanistan, when a huge moon lit up a cloudless night. I was commanding a patrol of two Tiger combat helicopters, which were monitoring the movement of a Special Forces unit through a valley. I had set a “ceiling” height for my pilot and a “floor” height for the other aircraft, thereby allowing us to move without constraint. As I looked out of my cockpit window, I saw the shadow of a Tiger cast on the ground. As I marveled at the beauty of this sight, I soon realized that the Tiger’s shadow was moving in the opposite direction to mine; I wasn’t looking at my aircraft’s shadow at all. When I looked up, I saw the second aircraft opposite mine, on a direct collision course. I had just enough time to grab the controls and carry out an evasive maneuver, before firmly scolding the two pilots; on such a clear night, they had felt at ease and forgotten to check their altitude.
Fortunately, “clear nights” like those are very rare. That being said, “dark nights” carry a much higher risk. Despite offering protection by making one invisible to the enemy, they are also deceptive, as they tend to flatten our perception of the terrain, not to mention the blinding lack of light. This reminds me of tactical infiltration flights to reach combat zones in the middle of the Libyan Desert. My pilot had to stick to a strict height of one hundred feet above the ground. The night was so incredibly dark that he couldn’t see anything in front of him, despite his night vision devices. We relied on my thermal camera to detect power lines; the pilot had to trust me blindly when I told him to go up and back down once he’d passed an obstacle. During one of these infiltration flights, our ground proximity warning system started beeping, indicating that we were below the minimum height we had set, despite us maintaining a constant altitude. This could only mean one thing: we were starting to fly over higher terrain. My pilot immediately started to bring the aircraft upwards… and did so just in time: our Tiger’s wheels brushed the top of the hill, slightly shaking the aircraft, but fortunately not causing any damage. “Dark nights” remain the most complex and dangerous fighting environment, due to extremely high environment-related risks being compounded by the dangers of regular combat. A terrible example of this was the collision between two helicopters in Mali on the night of November 25, 2019, which resulted in the death of thirteen brave soldiers.
Fighting at night is perhaps one of the most complex skills a military unit can acquire. This type of expertise requires regular training, as one can only master this unusual environment by coming to grips with it. In the ALAT, we aim to dedicate one third of our total training time to night training. Only then can we confidently send a helicopter squadron into a night combat situation, regardless of the conditions. Otherwise, the night takes over and becomes a greater threat than the enemy.
Yet, despite the danger it entails, night often has an incredible beauty to it. Be it in the Malian desert, on an Afghan plateau or on the deck of a helicopter carrier in the Mediterranean, I’ve often stopped and looked up at a sky, one of which we – in our urbanized countries – are no longer aware. When one witnesses the Milky Way tearing the sky in two with such clarity, it becomes easy to grasp how our ancestors drew inspiration from such a spectacle, leading them to create all of the world’s mythologies. The night’s beauty is so captivating that it calls for contemplation and meditation, one that temporarily erases fatigue and tension upon returning from a mission. Rather than reminding us of imminent dangers in an environment reduced to a green monochrome hue, the night shows us the full splendor of the immensity that surrounds us. With its unwavering presence, it brings the emptiness of our battles into question… nevertheless, we are well aware that we’ll be going back into the fray, body and soul, as soon as dawn breaks. 
1Kathryn Bigelow’s 2012 film, which won an Oscar in 2013.