Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°12 | Le corps guerrier

Patrick Godart

Le guerrier et la danseuse Étoile

Corps et culture guerrière paraissent, au IIIe millénaire comme à l’aube des temps, unis par le même caractère indissociable. Outre le vocabulaire qui emploie le terme « corps » dans nombre d’expressions (corps d’armée, corps de garde, chef de corps, corps statutaire…), attestant la cohésion sociale d’éléments humains, le corps tient une place tout à fait particulière dans la cosmogonie militaire. Cette place s’appuie sur le lien spécifique existant entre corps physique, corps symbolique et corps social.

Dans la société occidentale contemporaine, le corps a un pouvoir autonome comme sujet de réflexion. Le thème du corps est particulièrement présent dans les domaines de recherche culturels ou scientifiques. Il entre dans les champs de la médecine, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’ethnologie, de la philosophie, des arts, de la littérature, de la théologie, des techniques de communication… Mais cette présence permanente masque mal la longue histoire de sa sémantique dans les cultures humaines.

L’objet de ces lignes est une tentative visant à dégager les particularités sociales du corps du guerrier, en s’efforçant de s’affranchir de ce que le mot « corps » recèle, c’est-à-dire « tout un passé sédimenté d’interrogations, de représentations, de polémiques, d’exactions, d’impositions physiques et symboliques commises au nom d’une définition de ce qu’il est ou devrait être »1.

  • Une entité physique mesurable, normée, qualifiée, étalonnée

Le corps guerrier est issu des facteurs structurels de la société qui l’a vu naître : selon le pays d’origine du soldat ou, à l’intérieur de ce pays, selon le groupe social, ce corps sera différent, inégal. C’est un constat banal que celui d’observer les différences corporelles entre des soldats occidentaux, africains ou asiatiques. En France, le commandement déplore depuis quelques années une baisse de la qualité physique des recrues. Ces jeunes adultes, issus d’une société où l’effort physique a disparu, sont effectivement moins performants physiquement que les fils de paysans du siècle dernier qui, dès leur adolescence, se forgeaient une robustesse physique au fil des travaux saisonniers auxquels ils participaient. Cette inégalité originelle dépasse les frontières, isole des groupes ethniques plus ou moins aptes physiquement à être guerriers. Elle est issue des interférences entre culture et nature, et aboutit inexorablement à la notion de sélection des plus physiquement aptes.

Le corps du guerrier est donc avant tout un corps sélectionné. Le passage initial par un filtre physique a pour principal but d’éliminer les inaptes et de faire entrer le corps dans une norme physique qui débouche sur un emploi opérationnel et en interdit d’autres. Le fameux sigycop2 résume lui seul à ce processus de normalisation3. Puis, tout au long de sa carrière, l’aptitude physique du soldat est régulièrement et méticuleusement scrutée et analysée, tant par les médecins afin de détecter d’éventuelles anomalies que par le commandement pour contrôler la valeur physique et l’aptitude au combat. Cette mise aux normes est très rigoureuse. Au final, le corps guerrier est mesuré, étalonné, normalisé. Il ne doit être ni trop petit ni trop grand ni trop maigre ni trop gros ; il doit s’adapter à l’emploi.

  • Un corps ne donne pas un guerrier

Discipline inventée par Charles Le Brun et Johann Kaspar Lavater, la physiognomonie consiste à juger la personne d’après son aspect physique. Elle associe le caractère aux traits du visage et du corps, et postule que l’apparence physique trahit en fait la véritable identité d’un individu. Le corps révélerait donc l’identité guerrière.

Les xviie et xixe siècles ont offert par ce biais le substrat à bien des œuvres littéraires : Schiller, Goethe, Diderot, Staël, Stendhal, Vigny, Dumas, mais surtout Balzac et sa Comédie humaine. Hélas, cet usage des « types » physiques a débouché sur l’anthropométrie et ses dérives inacceptables lors de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi sur les avatars que sont la chiromancie pour les lignes de la main ou la métoposcopie pour la lecture des traits du visage, et, enfin, sur les techniques d’identification digitales numériques ou criminologiques comme le bertillonnage. On voit bien les limites scientifiques, mais surtout idéologiques, d’une science fondée sur les apparences.

Cependant, force est de constater que certains guerriers ont la « gueule de l’emploi », même si celle-ci est soigneusement entretenue (barbe des sapeurs de la Légion, barbe de trois jours des forces spéciales…). L’erreur serait bien sûr de considérer que la « gueule » fait l’emploi, alors que, selon toute vraisemblance, c’est l’emploi qui fabrique la « gueule ». En effet, le corps porte sur lui l’appartenance socioculturelle et ses bigarrures.

  • Le support des disparités morales et sociales

Le corps serait conforme à l’ordre social, aux valeurs morales. Le prestige du rang ou de l’intellect irait de pair avec l’éclat de la beauté. Cette bipolarité est très nette dans le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, où la beauté physique n’est qu’une illusion momentanée obtenue par un truchement aussi amoral que la personnalité du héros, dévoilée par la révélation brutale du physique laid et avili représenté sur le portrait.

La corrélation entre caractères physiques et moraux est traditionnelle : « La beauté est un appui préférable à toutes les lettres de recommandation » (Aristote) ; « La naissance, la beauté, la bonne façon, le raisonnement, le courage, l’instruction, la douceur, la jeunesse, la libéralité et autres qualités semblables ne sont-elles pas comme les épices et le sel, qui assaisonnent un homme ? » (Shakespeare, Troïlus et Cressida). Outre la caricature manichéenne donnée par les familles Duquesnoy et Groseille dans le film La vie est un long fleuve tranquille d’Étienne Chatiliez, l’imaginaire social fourmille d’exemples de cette connexité entre le bien, le bon et le beau.

Cette relation d’euphonie entre la beauté, la bonté et l’intelligence s’exprime très souvent à propos du guerrier : l’officier est « beau », voire très beau4. Cette sémiologie est tout aussi exacte dans la fiction que dans la réalité, et les exemples sont innombrables : l’empereur Alexandre le Grand, le tsar généralissime de Guerre et Paix5, le Cid, Ivanhoé, d’Artagnan, Siegfried et tant d’autres. À l’opposé, le guerrier de piètre valeur morale ou de bas niveau intellectuel est présenté sous l’apparence physique de l’affreux, du rustre ou du répugnant. C’est le cas de l’ennemi mais aussi des chefs militaires amoraux (Attila, les généraux dictateurs…) ou de piètre valeur (Don Quichotte, le sergent Garcia de Zorro).

  • Instrument ou machine de guerre ?

Le propre du corps du guerrier est de devoir s’adapter aux contraintes extrêmes et aux sollicitations poussées auxquelles le métier des armes l’expose. Cet environnement professionnel le soumet à des exigences variées qui le forment et le déforment. La construction musculaire, le bodybuilding dans son sens le plus littéral sont évidents chez le sportif. Or il faut bien convenir qu’il en est de même chez le guerrier. Ainsi, par exemple, se constituent par la pratique professionnelle des masses musculaires spécifiques et des capacités corporelles d’endurance caractéristiques. Elles servent au fantassin à évoluer en milieu hostile pendant de longues périodes d’engagement opérationnel, à sauter en parachute, à franchir des cols ou à survivre dans la jungle. De même, la pratique bâtit les muscles cervicaux du pilote de chasse, lui permettant d’encaisser les accélérations, ou structure l’horloge biologique interne du marin, autorisant la vie selon le rythme des quarts. Certes le corps du guerrier ne se transforme pas toujours de façon aussi spectaculaire et étonnante que celui du sportif, mais ce processus est bel et bien présent.

Ce corps façonné s’apparente beaucoup à celui du travailleur manuel ou du sportif. Il est « travaillé » assidûment par la pratique routinière, régulière, par la répétition, au sens de l’acteur qui apprend et répète la gestuelle de son rôle. Il a incorporé tout au long de sa formation puis de sa pratique une praxis spécifique, un ensemble de savoir-faire distinctifs qui englobe nombre de signes procédant de ce que le langage courant nomme la « seconde nature » d’une personne : ses gestes, ses mouvements, sa façon de se tenir, de prendre les objets, de les manipuler, d’utiliser son corps, en somme de lui donner une habileté, un savoir faire, qui permet de rendre certains gestes et mouvements non pas réflexes mais quasi naturels. C’est un sens pratique que Maurice Merleau-Ponty nomme « intelligence du corps », indépendante de la conscience, de la conceptualisation et du langage6.

Quand ce corps les exécute, ils paraissent évidents, naturels, alors que, pour le commun, ces gestes sont complexes, l’acte demeure gauche et la réalisation impossible avec la même dextérité. La praxis, c’est cela. C’est le corps devenu tellement formé, imbibé par la pratique, que le geste devient gracieux, précis, sûr, efficace, admirable. Au travailleur elle fera gagner temps et productivité, au sportif le centième de seconde permettant la victoire, au guerrier l’instant de réflexion qui lui sauvera ou lui ôtera la vie.

Le chef militaire va donc rechercher avec opiniâtreté, parce que la vie des hommes en dépend, que cette praxis soit la plus aboutie possible, car elle garantit l’efficacité opérationnelle de la mission et révèle la performance militaire. Le but est, pour citer L. Wacquant, que l’individu devienne « une machine intelligente, créatrice et capable de s’autoréguler tout en innovant à l’intérieur d’un registre fixe et relativement limité de mouvements en fonction du moment »7.

  • Le corps, outil de performances

Le corps du militaire est un corps de performances. Si celles des grands sportifs s’expriment dans les stades, celles des soldats s’affirment dans l’engagement opérationnel, sa violence et ses fulgurances. Par rapprochement sémantique, si l’ouvrier performant fait corps avec sa machine, l’athlète avec la piste de course, le guerrier fait bien sûr « corps » avec son arme. On le lui enseigne dès ses premiers jours de formation. L’arme se moule et se coule dans la structure corporelle, jusqu’au tir, alignant vision, posture et geste déclencheur ; tout exige qu’elle devienne le prolongement du corps. Le langage courant l’a d’ailleurs bien figuré dans l’expression de « bras armé ».

Cette conception de l’homme machine remonte à Descartes, qui expose que le sujet pensant évacue le corps, source d’erreurs, trompé qu’il est par les sens. Pour lui, le corps est un objet qui relève de la mécanique, dirigé par l’intellect de nature divine : « Comme une horloge composée de masses et de contrepoids, je considère le corps de l’homme » (Méditation sixième).

  • Outil de travail et arme principale

Cette approche fournit probablement l’explication du caractère exacerbé que prend le rapport du soldat à son corps8. Ce corps du guerrier doit servir, au sens de servir la patrie, mais aussi comme outil, c’est-à-dire comme instrument principal de l’activité guerrière. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel instrument puisqu’ici le corps se fait arme, a le pouvoir de vie et de mort, contrairement au sportif auquel on ne demande que des performances physiques. En ce sens, les corps à corps des hoplites ou des poilus ne sont guère différents. Le corps du soldat, et l’acier qui le prolonge, constitue l’arme décisive jetée dans cette bataille reposant sur le contact physique.

Le corps du guerrier est aussi son instrument de survie. Loin de la sécurité relative de la vie civile, soumis à la cruauté de la guerre, s’il est une arme offensive, il est bien davantage la seule arme défensive absolue du soldat, sa planche de survie. Cette défense corporelle s’exprime de la façon la plus animale. Le corps permet la fuite qui sauve, le repli à l’abri, il porte et héberge les fonctions vitales ; dans sa globalité fonctionnelle, il protège le guerrier. Toute atteinte à son intégrité désarme (au propre comme au figuré) celui-ci et menace son existence même. Le soldat blessé, ou handicapé temporairement, ne peut plus combattre, non pas tant car il est moins capable d’exercer sa fonction agressive, mais surtout car il ne peut plus accomplir cette fonction défensive essentielle pour sa vie, primordiale pour la construction psychologique de la victoire. Si, comme le disait déjà Corneille, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », la réciproque est tout aussi vraie : vaincre avec le péril de n’avoir plus la possibilité de pouvoir se défendre à cause d’un corps altéré ou débilité n’offre ni triomphe ni gloire.

  • Un corps façonné par la société militaire

Cette position consacrant la prédominance de l’acquis rejette la vision naturaliste de Jean-Jacques Rousseau pour qui le corps est, par définition, l’expression de l’inné, de l’état de « nature » de l’homme. Il faut bien reconnaître que si le corps est l’instrument des gestes quotidiens qui peuvent, pour certains, ressortir d’un « inné » essentiellement physiologique ou anatomique, il est surtout l’agent de nombreuses interférences interhumaines et l’exécutant de l’ensemble de la gestuelle spécifique d’une activité professionnelle, dont les codes sont acquis par la socialisation.

Le corps du guerrier intériorise la culture militaire qui l’a façonnée et l’exprime à son tour par un langage corporel qui lui est propre. Ainsi, en deçà de la praxis dédiée aux gestes professionnels, naît un habitus corporel se manifestant sous la forme d’un ensemble de signes permettant de reconnaître le guerrier.

Si, en médecine, le vocable habitus désigne l’apparence générale du corps comme le reflet de l’état de santé d’un individu, pour le propos, il se définit par l’apparence générale du corps comme reflet de l’appartenance sociale, guerrière, de l’individu. Cet habitus se distingue nettement des apparences du corps et des langages qu’il véhicule : habillement, marques sur le corps (cicatrices, tatouages), puisqu’il s’exprime autrement. En effet, au-delà de la nature innée du corps biologique, se révèle par les gestes les plus routiniers un savoir-être témoignant de cette « seconde nature » issue de la construction culturelle.

L’exemple de la danseuse étoile est à cet égard très intéressant. Son corps (musculaire) est certes modelé, façonné comme l’est celui du sportif ; elle possède une praxis (gestes professionnels) qui s’exprime dans le ballet. Mais ce qui est en jeu ici, ce n’est pas ce corps-là. C’est celui qui s’exprime par les moindres faits et gestes, y compris, et surtout, les plus banals, forme complexe de socialité qui exsude l’appartenance à la collectivité très restreinte des professionnels de la danse. C’est une strate supérieure de la construction sociale du corps, au-delà de l’organe, qui se révèle dans les fonctionnalités corporelles. Les gestes, les attitudes, les expressions, la démarche, le port de tête, le regard, tout devient expression du langage culturel de la danse chez la danseuse étoile et du langage militaire chez le guerrier.

Cet habitus du guerrier est très original. Au temps de la conscription, il était si net qu’il faisait immanquablement reconnaître le « bidasse » parmi un groupe de jeunes gens. Aujourd’hui, il constitue une sorte de carte d’identité sociale, porteuse d’un pouvoir fort de conviction, voire de dissuasion. C’est ce que le langage courant militaire nomme la « tenue » (au sens de savoir-être) et le comportement qui se doivent d’être exemplaires : « Une âme guerrière est maîtresse du corps qu’elle anime » (Bossuet, Oraison funèbre de Louis de Bourbon). Si le commandement insiste tant sur cet aspect, c’est qu’il en connaît le pouvoir social et les effets dévastateurs quand il n’est pas respecté. Une grande part du prestige guerrier de certaines forces, outre leurs faits d’armes avérés, repose, on le sait bien, sur cet habitus guerrier construit autour d’une tenue vestimentaire irréprochable, d’un corps entretenu, maîtrisé, performant, d’un comportement social irréprochable…

Cet habitus et l’ensemble de la gestuelle qui s’y attache résultent d’un long apprentissage, mais ils apparaissent comme d’essence naturelle. Pour le guerrier comme pour la danseuse étoile, ils reposent sur la précision, la rigueur, la justesse, l’efficacité, la cohérence… Au final, chez eux deux, le corps cristallise l’expression d’un langage social donné, vise performance et excellence, agit comme marqueur très puissant de l’appartenance au groupe social.

Pour parcourir le cheminement qui le mènera d’un état naturel à un langage culturel, la formation de ce corps « social » est indispensable. Elle n’est possible que par la conformité à des savoirs et à des valeurs culturelles9.

Un des premiers processus est celui que Michel Foucault nommait la « microphysique du pouvoir » ou « le biopouvoir »10. Pour lui, outre l’école et l’hôpital, la formation de ce corps passe par le système militaire. La société militaire, l’organisation sociale des « guerriers » produit en effet des normes corporelles, exerce une surveillance continue et systématique sur les corps, et, plus loin encore, supervise les exercices physiques ainsi que les instructions militaires. Cet assujettissement11 se retrouve dans les alignements, dans les aspects esthétiques de l’uniforme et de l’ordre serré, mais également dans toutes les formes de discipline imposées au corps (physiques, vestimentaires, gestuelles, d’expression orale.). Ainsi, dans le corps social militaire, à chaque corps guerrier est assignée (affectée) une place définie où celui-ci est soumis à un contrôle incessant. La discipline du corps est une discipline d’intériorisation de la contrainte. Le corps « marche au pas, en cadence », il est imprégné de rigueur et de droiture physique et morale.

Le corps du soldat est droit (pas seulement par le garde-à-vous), regarde loin et, ce faisant, affiche la droiture morale et la vision « juste » des choses. Il s’agit donc pleinement d’un processus de contrainte et de mise aux normes visant à la maîtrise des corps, donc des esprits, et garantissant la cohésion nécessaire au combat. Tous les grands rites militaires ont cette fonction d’acquisition des valeurs collectives indispensables « pour le bien du service, l’exécution des règlements militaires, l’observation des lois et le succès des armes de la France »12.

Preuve en est donnée par les efforts de démilitarisation du corps dès que celui-ci quitte l’environnement militaire, afin de le rendre « soluble » dans la société générale lors des permissions, des quartiers libres ou du retour définitif à la vie civile. Cette démilitarisation a très souvent un caractère ostentatoire, forcé ou feint quand il s’agit d’une activité de détente « sur ordre », les codes corporels et sociaux sous-jacents sont si puissants qu’ils parviennent à émerger à tout moment lors de ces activités qui visent à sortir le guerrier de son environnement professionnel alors qu’elles le maintiennent en fait sous une même contrainte corporelle. Tenue, gestes, langage sont peut-être davantage contrôlés et observés hors service, car les risques de dérapage y sont plus grands et que les personnalités se révèlent alors plus facilement.

Ce constat d’un façonnage systématisé du corps par un système social fut l’un des arguments étayant la vision sociopolitique de Karl Marx, pour qui les conditions de travail font et défont les corps dans le même processus d’aliénation que celui qu’il décrit pour le prolétaire dans la société industrielle. Selon cette même rhétorique, le corps du militaire devient outil du « travail » guerrier mais en est aussi le produit : il a une finalité utilitaire pour cette même société (militaire) qui l’a façonné.

Au-delà de cette vision politique datée, il est intéressant de s’étendre sur le modelage du corps par l’activité professionnelle. Outre la pratique, comparable à celle de l’entraînement du sportif, de séquences physiques destinées à créer des possibles ou à accroître une performance donnée, il existe indubitablement une dimension de répétition, de contrainte, d’effort, de courage, de persévérance, de prise de risque, d’improvisation parfois (comme chez la danseuse étoile !), mais avant tout d’habitude et de routine. Ces procès réitérés sont aussi connus pour sécuriser l’individu. Ils expliquent peut-être la façon dont le « faire corps avec la machine » du militaire se traduit aussi par un fort sentiment de sécurité, de confiance et de propriété dans « son » cockpit, « son » poste dans le blindé ou « son » siège à la passerelle et même « sa » place dans le groupe de combat, ce dernier étant ici conçu comme système d’arme et non comme groupe social. Ce registre permet également de comprendre pourquoi, si souvent, le corps « guerrier » privé de son environnement militaire s’aliène lors de son retour à la vie civile, s’épuise, se vide et se dénature, voire meurt symboliquement quand arrive la retraite.

D’autres mécanismes coexistent pour ce modelage : incorporation, incarnation, intextuation. Celui de l’incorporation est bien connu grâce aux travaux de Pierre Bourdieu13 – on notera la métonymie avec l’incorporation des jeunes recrues dans les forces. Il s’agit de l’insertion dans le corps de savoirs corporels appartenant à un groupe social donné. L’enjeu du propos est d’envisager ici comment la société militaire incorpore dans un corps « civil » les éléments qui en feront un corps « guerrier », et cela au-delà des signifiants externes que sont par exemple l’habillement, les modes de communication ou les concepts voisins que sont assimilation et acculturation.

La danse classique a donné l’un des substrats sur lesquels cette théorie s’est développée. L’incorporation n’est pas assimilation de conduites corporelles, elle est modification des dynamiques du corps par des savoirs corporels qui lui sont imposés, puis « naturalisés ». Il est patent qu’une telle action menée sur un corps qui n’aurait aucune disposition naturelle serait vouée à l’échec. Mais sur le terreau normé et sélectionné d’un petit rat d’opéra ou d’une jeune recrue au sigycop favorable, la greffe prend. Bientôt, la pratique et la répétition de ces nouveaux savoirs vont se révéler « naturels ». La réussite finale de l’entreprise passe par la collectivisation du processus et par une formation pédagogique exigeant l’engagement total du corps de l’individu. Ainsi une âme professionnelle est donnée au corps ; on est « engagé corps et âme ».

Enfin, les processus d’incarnation et d’intextuation sont l’expression du pouvoir de la société sur le corps. La norme sociale s’inscrit dans le corps et sur la peau (y compris par le texte inscrit sur la peau14), mais évidemment davantage au travers du langage verbal et de l’écriture (geste s’il en est), dans la corporalité individuelle15.

Ce marquage social du corps, structurant la différence entre « nous » et « eux », est pratiqué dans de très nombreuses sociétés tribales ou ancestrales sous forme de peintures, de scarifications, de tatouages, de mutilations ou de contraintes corporelles (colliers birmans, petits pieds chinois…). Le marquage social du guerrier est tout aussi flagrant, même s’il est moins exubérant que dans ces sociétés et s’il utilise d’autres moyens.

  • Les extensions du corps guerrier

Le panorama du corps instrument serait incomplet si l’on n’évoquait tous les extenseurs donnés à cet appareil et les capteurs qui amplifient ou suppléent les capacités sensorielles et corporelles reçues de la nature.

Le guerrier d’aujourd’hui n’est plus ce combattant primitif nu ne faisant confiance qu’à ses sens pour évoluer dans le combat qu’il s’apprêtait à vivre. Outre son équipement vestimentaire, il est désormais bardé de nombreux senseurs étendant ses capacités de perception. En sus de flots d’informations diverses, l’écran, omniprésent, lui permet de visualiser la terre entière, l’oreillette lui autorise le contact permanent avec ses chefs, amplifie les signaux sonores, la vision nocturne lui est acquise… Tous ces extenseurs de capacités corporelles, et on ne parlera volontairement pas ici des exosquelettes ou autres technologies amplifiant la productivité musculaire, modifient complètement le rapport du guerrier avec son environnement. Si jadis un parallèle pouvait être fait avec le chasseur qui ressent et flaire le terrain comme l’animal qu’il traque, aujourd’hui il faut constater que la technique tend à supplanter le ressenti sensoriel et corporel dans l’appréciation de la situation guerrière. Le guerrier se trouve dans une situation bien étrange, à la fois isolé de ses plus proches camarades, de son groupe de combat, mais en relation étroite avec sa hiérarchie et les états-majors opérationnels qui le téléguident. Cette tendance atomise le groupe de combat, sur-responsabilise le combattant devenu simple agent de mise en œuvre d’une technologie complexe le reliant à des centres de décisions abstraits, dénature le corps cantonné au rôle de porteur de technologies embarquées, scotomisant dangereusement la réalité.

À l’opposé de cette tendance techniciste, on assiste à un retour aux valeurs « fondamentales » et à la « rusticité », non pas tant pour accroître la performance brute au combat, mais plutôt pour rendre au corps du guerrier ses capacités vitales, émiettées au profit de la machine.

  • Dématérialisation et rematérialisation

En parallèle des progrès de l’intelligence artificielle, le corps évolue vers le virtuel, l’immatériel, se résume à un maillon d’une chaîne numérique (drones, navires à faible équipage, nouvelle artillerie entièrement automatisée et numérisée, système Félin). Cette vision prométhéenne de la guerre donne l’intelligence aux machines et aux robots, et prive de son corps le guerrier réduit à un index déclenchant un clic de souris ordonné par une autorité invisible. Le corps devient machine, système d’arme.

Il n’est dès lors pas surprenant que le corps du guerrier soit l’objet de toutes les attentions ainsi que l’enjeu de cycles de formation et d’entraînement très rigoureux et normés. De même son équipement et les extenseurs de capacités physiques font l’objet de programmes de développement débouchant sur la réalisation de matériels individuels de plus en plus nombreux, sophistiqués, complexes et lourds malgré leur miniaturisation.

Cependant, le corps redevient dans le même temps le cœur de la réalité guerrière : blessures et décès sont le lot des nouvelles formes de conflictualités. La performance physique devient vitale. Elle est imposée par les nouveaux modes d’action opérationnelle, mais surtout par la charge, en croissance exponentielle, constituée par les nouveaux équipements imposés au guerrier contemporain (quarante kilos pour les omlt16).

Ceci explique que le corps du soldat soit soumis à un entraînement douloureux, proche du martyre lors de certaines séances d’aguerrissement, exercé à la surveillance du poids, de l’alimentation, rompu à l’hygiène de vie en général, au fait des questions de santé afin d’éviter les blessures d’entraînement qui handicaperaient trop gravement, et surtout lui ôteraient le statut de guerrier si elles devaient perdurer. Il s’agit bien, comme pour la danseuse étoile, de gérer le « capital corps » et de trouver l’équilibre entre l’excès de préparation, situation trop consommatrice d’énergie qui détourne de la finalité opérationnelle, et le défaut de préparation qui accroît les risques de défaillances corporelles lors de l’engagement.

Cette place du corps chez le guerrier est dès lors éminemment paradoxale. S’il semble être à bien des égards un des pivots, voire le pivot de l’activité, donc à ce titre magnifié, exalté, préparé, entretenu et amélioré, il est également martyrisé et parfois méprisé. L’expression de ce mépris prend le plus souvent le visage de la douleur revendiquée comme la marque d’un obstacle à dépasser, à franchir, comme l’attestation objective d’un travail musculaire bien effectué, ou encore comme objet de rédemption.

La tendance à rechercher le corps guerrier idéal, dont l’iconographie hollywoodienne donne hélas trop de stéréotypes dévastateurs, entraîne en fait une mortification incessante du guerrier fréquemment exacerbée dans les premières périodes de formation au combat, ou durant les stages de survie, connus pour jouer en permanence avec les limites physiques du corps.

Cette exploitation forcenée du corps, adossée au pouvoir qu’il confère, génère des comportements de recherche artificielle de l’accroissement de la performance. La fréquentation de plus en plus assidue des salles de musculation procède pour l’essentiel de cette logique funeste. On notera au passage l’évolution des sports militaires. Traditionnellement, ils mettaient en œuvre une certaine puissance physique, mais surtout une praxis détenue par des « maîtres » et un habitus militaire fort. C’était l’époque où escrime, équitation et tir marquaient encore l’appartenance sociale du guerrier, souvent issu de l’aristocratie. La tenue était soignée, l’activité (on ne disait pas sport) pratiquée en salle d’armes ou au manège, avec une étiquette toute militaire. Aujourd’hui, la course à pied, les sports collectifs comme le rugby ou le football et la musculation, bien sûr, témoignent à n’en pas douter de la démocratisation des armées, de la fin d’un modèle élitiste et probablement d’une volonté intense de lien avec la nation par des confrontations sportives désormais partagées. Ce corps guerrier, normé, suréquipé, réintégré par la masse musculaire et l’effort physique rédempteur se veut aussi affirmation d’un pouvoir.

  • Le corps est instrument et enjeu de pouvoir

Il est habituel que le corps exprime la performance guerrière. L’endurance physique, les qualités musculaires, la morphologie, tout devient, au travers du corps physique, de sa praxis et de son habitus, expression symbolique de cette puissance combattante. Ce n’est pas pour rien que les mannequins militaires présentés dans les cours européennes du xviie siècle étaient surdimensionnés pour impressionner l’ennemi potentiel, ou que Fréderic Ier de Prusse n’enrôlait dans la Postdamer Riesengarde que des soldats de six pouces prussiens (1,88 mètre) minimum17.

Comme le sportif, le soldat d’aujourd’hui recherche l’amélioration de la performance. Outre la réalité opérationnelle, qui fait porter au fantassin un équipement exigeant de lui une réelle prouesse physique, les concours et autres compétitions militaires mêlant à la fois compétitivité physique et capacités militaires pures (tir, topographie, franchissement d’obstacles…) sont là pour témoigner de l’importance symbolique d’une force militaire qui est également « force » physique, et de l’aura de prestige militaire, et non sportif, qui découle d’une victoire dans ce type de compétition.

Dans cette prise de pouvoir du corps entrent naturellement toutes les ritualisations sociales qui expriment la suprématie physique. L’uniforme en est le prototype, mais également toute une panoplie d’accessoires, de marques et de signes divers, qui contribuent à l’expression de cette puissance corporelle guerrière. Loin de l’anecdote, la place manque ici pour développer, par exemple, la place du poil chez le guerrier (et chez la guerrière !) comme expression corporelle sociale, code d’appartenance à un groupe et affichage d’un pouvoir proportionné à la présence ou à l’absence de tel attribut pileux, de sa longueur, de son arrangement et de sa coexistence avec d’autres marques corporelles. L’histoire de Samson et Dalila illustre à merveille cet ancrage symbolique.

Dans le champ social de l’expression du pouvoir par le corps entre bien sûr la complexe question de la féminisation des armées. Quoi de plus simple, en effet, que de dénier la capacité guerrière des femmes au nom de motifs physiques. « C’est trop lourd, trop physique », « elles ne tiendront pas », « elles sont trop faibles » sont des poncifs tellement rebattus. On comprendra que ce sujet à lui seul exige d’autres développements.

De même manque l’espace pour une analyse des rites corporels guerriers dans les relations sociales quotidiennes internes ou publiques. L’exemple le plus trivial en est le contact interpersonnel symbolisé par le salut, si différent dans son expression et, ce qui compte ici, sa gestuelle, entre soldats et entre civils. Les rites corporels de la toilette, de la douche, du sommeil, des soins au corps avant ou après ses sollicitations appartiennent à ce passionnant champ d’exploration du corps guerrier qui ne sera pas développé ici.

Enfin, comment évoquer les rapports de pouvoir qu’entretient le corps sans mentionner, très brièvement, le pouvoir sexuel ? Le corps guerrier est depuis toujours instrument et enjeu de ce pouvoir. Éros et Thanatos sont connus pour leurs rapports ambivalents, et le corps masculin a longtemps porté l’emblème d’une domination sexiste. Dans la guerre du passé, le corps est enjeu de pouvoir quand il s’agit de celui des femmes violées, acte aggravant et consacrant la défaite des vaincus. Il est instrument quand le corps masculin des lices victorieuses sert à ces crimes. Le corps détruit, anéanti, blessé ou nié est enjeu de pouvoir dans tous les génocides évidemment, mais également par le mécanisme du prisonnier qui soustrait des corps guerriers au champ de bataille. Il n’est pas surprenant que la nudité et l’asexuation réelle ou symbolique des corps vaincus, prisonniers ou dominés soient si souvent utilisées comme expression de cette prise de pouvoir.

Sur un mode plus léger, l’imaginaire social regorge d’exemples mettant en scène les rapports entre puissance sexuelle et guerrière. Dans les expressions salaces des chansons paillardes (« Prendre à la hussarde ») et de leur univers, le corps du guerrier est synonyme de grande puissance sexuelle. Instrument sexuel, il a été magnifié par la culture, depuis les sculptures grecques jusqu’à la chanson Mon Légionnaire de Marie Dubas18. Le cinéma et la littérature ont offert nombre de personnages de guerriers dont la puissance au combat n’avait d’égale que le magnétisme érotique qu’ils dégageaient. Cette métaphore sexuelle du corps guerrier s’exprime encore par les nombreuses transgressions dont il fait l’objet : mode « kaki », usage répandu de la tenue de combat ou d’accessoires apparentés chez les adolescents, accoutrement militaire de chanteurs tels ceux du groupe Village People.

  • Quel corps pour le guerrier de demain ?

L’individualisme, ou au contraire les tentatives holistes des pseudo tribus19 qui émergent dans nos sociétés mondialisées, le retour de la violence20 comme fait social, la confrontation continue à des « corps » différents, le corps marchandisé des publicitaires, la symbolique édulcorée et politiquement correcte d’un imaginaire dont le sens est véhiculé par des superproductions nord-américaines sont quelques exemples des facteurs qui viennent s’entrechoquer dans les processus sociaux agissant sur le corps du guerrier.

Il n’est pas à douter que la tension relative entre dématérialisation numérique et reprise en possession du corps ne s’exprime avec moins de profondeur dans le corps social militaire que dans la société civile. Il semble convenable de scruter désormais avec une attention accrue la prise en compte du corps dans les grandes structures sociales rectrices de sens : l’école, les associations sportives, les groupes politiques ou culturels et les médias. Ces lieux recèlent les clés des transformations que devra mettre en œuvre l’institution militaire afin que le corps du soldat demeure un corps guerrier. 

1 Christine Detrez, La Construction sociale du corps, Paris, Le Seuil, « Points », 2002, p. 223.

2 Les données recueillies au cours d’un examen médical effectué dans l’optique de l’appréciation ou de la détermination d’une aptitude sont exprimées par la formule dite « profil médical ». Ce profil est défini par sept sigles (ou rubriques) auxquels peuvent être attribués un certain nombre de coefficients. Ces sigles correspondent à la ceinture scapulaire et aux membres supérieurs (S), à la ceinture pelvienne et aux membres inférieurs (I), à l’état général (G), aux yeux et à la vision (Y), au sens chromatique (C), aux oreilles et à l’audition (O), et au psychisme (P). L’attribution du coefficient 1 (sigycop 1111111) traduit l’aptitude à tous les emplois des armées, même les plus pénibles, les plus contraignants et les plus stressants. Un chiffre 5 ou 6 pour une des lettres signifie le plus souvent l’inaptitude à servir.

3 Des processus de sélection et de normalisation existent dans la majorité des sociétés traditionnelles, où les jeunes adolescents sont soumis à toute une série d’épreuves physiques destinées à choisir ceux qui sont capables d’actions guerrières : capacité à surmonter une douleur provoquée, aptitude à la chasse… En cas de succès, un rite de passage consacre l’entrée du jeune dans le monde des adultes guerriers et reproducteurs, elle-même souvent inscrite sur le corps du guerrier par des peintures, des tatouages, des scarifications, ou la circoncision.

4 Il suffit de lire les biographies des grands chefs militaires pour constater à quel point leur beauté corporelle est idéalisée et soutient les grandes vertus morales, intellectuelles, donc guerrières, qu’ils incarnent.

5 « Le jeune et bel empereur, en uniforme de garde à cheval, avec son visage agréable, sa voix si douce et bien timbrée, ses traits rayonnants de beauté, de jeunesse, de bonheur. […] On ne désirait qu’une chose : marcher à l’ennemi sous son commandement, car avec lui on était sûr de la victoire, et après la revue, l’assurance de vaincre était plus forte qu’après deux victoires remportées » (Léon Tolstoï, Guerre et Paix, livre II, chp. VIII).

6 Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945.

7 L. Wacquart, « Corps et âmes. Notes ethnographiques d’un apprenti boxeur », Actes de recherche en sciences sociales80, 1989.

8 La notion de corps instrument a été développée par Marcel Mauss, en particulier dans une communication présentée en 1934 à la Société de psychologie où il déclare : « Le premier et le plus naturel instrument de l’homme, ou plus exactement le premier et le plus naturel objet technique et, en même temps moyen technique de l’homme, c’est son corps. » Cf. Marcel Mauss, « Techniques du corps », Sociologie et anthropologie, Paris, puf, 1973.

9 Il est amusant ici de s’autoriser une courte digression sur l’expression française de « corps constitués » omniprésente dans tous les discours officiels. La fabrication d’un corps social donné (statutaire, diplomatique, professoral, préfectoral…) exige des normes intellectuelles et culturelles mais implique également la constitution d’un corps physique avec une praxis et un habitus donnés, marqueurs autorisant l’identification sociale des membres de ces corps constitués.

10 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.

11 « Le corps ne devient force utile que s’il est à la fois corps productif et corps assujetti » (Michel Foucault, Surveiller et punir, p. 160).

12 Philippe Masson, L’Homme en guerre. 1901-2001, Monaco, Éditions du Rocher, 1997, pp. 127-143.

13 Pierre Bourdieu, Le Sens pratique, Paris, Éditions de Minuit, 1980.

14 Une forme d’intextuation caricaturale existe dans la chanson Mon Légionnaire. Le signifiant social est écrit sur le corps : « Son cou portait “pas vu, pas pris”. Sur son cœur on lisait “Personne”. Sur son bras droit un mot : ”Raisonne”. »

15 La figure du scribe accroupi est à cet égard un raccourci exemplaire. Le corps a ici incorporé (et révèle) le statut social de celui qui écrit.

16 Operational Mentoring Liaison Teams, en mission en Afghanistan.

17 Ralf Fuhrmans, Die Langen Kerls. Die preussische Riesengarde, 1675-1713, Berlin, Zughaus Verlag, 2007.

18 Les paroles de cette chanson, écrite en 1936, sont de Raymond Asso, lui-même ancien légionnaire, auteur également du Fanion de la Légion, textes où le corps du guerrier est omniprésent.

19 Michel Maffesoli, Le Temps des tribus. Le déclin de l’individualisme dans les sociétés postmodernes, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988.

20 Michel Maffesoli, La Part du diable, Paris, Flammarion, 2002, et Essai sur la violence banale et fondatrice, Paris, cnrs éditions, 2009.

Plus qu’un corps | J.-C. Quentel
P.-J. Givre | « Dresser » les corps