N°55 | Vaincre

John Christopher Barry

Entre force et consentement

De Gramsci à la « communication stratégique » américaine

Après leurs victoires sur les puissances de l’Axe en 1945, les États-Unis sont devenus hégémon à l’échelle du globe. À la fois empire pour la liberté (Jefferson) et empire tout court, ils se posent ainsi en gardiens et tuteurs de la liberté du monde2. Cet « exceptionnalisme » impérial américain renvoie à la question soulevée par La Boétie : comment l’Un règne sur le Multiple en articulant la coercition et l’acquiescement des dominés ? Servitude volontaire, mais aussi assentiment fondé sur la légitimité de la force de l’Un, lequel pourra exiger le sacrifice du grand nombre pour faire la guerre. Pour tout empire, les gouvernés sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, dans les territoires et États vassalisés. Les États-Unis, à l’ambition suzeraine mondiale depuis l’implosion de l’Union soviétique, n’y échappent pas. Si on en croit la formule de Gramsci selon laquelle une hégémonie est toujours « cuirassée de coercition »3, ils doivent manier coercition et consentement, couple à l’équilibre toujours fluctuant entre ces deux extrêmes selon les circonstances historiques, de façon différenciée ou convergente, à l’intérieur de leurs frontières, comme à l’extérieur.

Mais depuis 1945, les États-Unis n’ont plus gagné de guerres majeures (Corée, sans défaite ni victoire, Vietnam, Irak, Libye, Syrie…). Dernière défaite en date : l’Afghanistan (2001-2021). Le pays le plus riche et le plus puissant du monde y a dépensé deux mille milliards de dollars, et y a déployé sept cent soixante-quinze mille militaires en vingt ans, appuyé par une coalition de trente-quatre pays4 représentant les trois quarts des ressources militaires mondiales.

Pour Gramsci, quand, dans le cadre d’une guerre sociale et politique, la force ne parvient pas à imposer le consentement, il y a une « crise d’autorité », c’est-à-dire une crise hégémonique de la classe dirigeante ou de « l’État dans son ensemble »5. Selon lui, l’hégémonie durable d’un groupe social souverain devra toujours se fonder à la fois sur la force et sur le consentement, deux pôles indissociables dans un équilibre toujours mouvant selon les circonstances et les régimes politiques6. La coercition impliquant l’usage de la force ou la menace crédible d’y recourir ; le consentement nécessitant un leadership intellectuel et moral7. En termes wébériens : pas d’État sans le monopole de la force légitime. Cependant, un groupe social, ou un État, ne pourrait durablement exercer son hégémonie sur l’ensemble de la société sur la base unique de la force8. Cette domination ne serait alors que provisoire et fragile9. Un état de fait ténu que résumait Talleyrand (1754-1838) : « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus10. »

En dernière analyse, vaincre dans une guerre est une opération visant à détruire une souveraineté ennemie – la faire plier ou s’en emparer pour la remplacer –, afin d’exercer un pouvoir durable sur des hommes. La victoire sur le champ de bataille, aussi écrasante soit-elle, ne peut pas en soi trancher le différend qui a conduit au conflit. Les conditions imposées par le vainqueur doivent être acceptées et mises en œuvre par le gouvernement vaincu (et sa classe dirigeante), mais celui-ci doit être capable de les rendre acceptables pour son propre peuple.

En effet, gouverner ne saurait seulement signifier vouloir, dira le philosophe Bruno Bernardi, spécialiste de Rousseau. Cela implique qu’« une volonté commande à d’autres volontés et s’en fait obéir ». L’ambition d’un pouvoir constituant ne peut y échapper. « Penser le pouvoir politique comme pouvoir de commander, c’est inévitablement ramener la volonté au consentement. […] Toute décision politique s’adresse à des volontés et par là présuppose leur autonomie11. » Une difficulté récurrente pour toute politique impériale qui s’appuierait exclusivement sur la force. La corruption des élites indigènes par la puissance impériale peut être un recours quand le consentement des peuples fait défaut, mais cela aura aussi pour effet de fragiliser davantage la légitimité de leur pouvoir et celui du soutien impérial dont ils bénéficient. Cela sera l’une des causes de l’échec du nation building étatsunien de l’État afghan, miné par la corruption de sa classe dirigeante. Un narco-État prédateur de son propre peuple et qui a peiné à asseoir son autorité au-delà de Kaboul. La corruption et la fraude sont des armes tactiques et le symptôme mortifère d’un combat d’arrière-garde pour préserver le pouvoir. Elles sont l’expression, non pas du pouvoir, mais d’un échec du pouvoir et d’une politique.

Ce divorce entre la suprématie militaire et l’impuissance stratégique et politique étatsuniennes sera ironiquement souligné par l’un des stratèges iconoclastes américains du xxe siècle, le colonel John Boyd, qui aimait à répéter à ses interlocuteurs : « Quand j’étais jeune officier, on m’a appris que si vous avez la supériorité aérienne, la supériorité terrestre et la supériorité maritime, vous gagnez. Eh bien, au Vietnam, nous avions la supériorité aérienne, la supériorité terrestre et la supériorité maritime, mais nous avons perdu. J’ai donc réalisé qu’il y avait quelque chose en plus12. » Ce maillon manquant, c’est la politique.

Selon le Pentagone, à la recherche d’une origine réflexive à ses problèmes, « depuis Sun Tzu, les dirigeants et les commandants militaires qui ont réussi ont compris […] l’importance de la persuasion pour décider quel côté finit par prévaloir dans un conflit13. […] Gagner des batailles et des engagements est important, mais seul peut ne pas être décisif. Façonner [shaping] les conditions civiles (de concert avec les organisations civiles, les autorités civiles et les forces multinationales) est tout aussi important pour le succès de la campagne »14.

Le rôle dévolu à la politique dans la résolution victorieuse d’une guerre sera donc désormais celui de l’information, ou « infosphère », qu’il s’agira de dominer pour persuader les populations d’accorder leur soutien aux « conditions favorables à l’avancement des intérêts, des politiques et des objectifs du gouvernement des États-Unis »15. Cependant, il ne suffira pas de recettes tactiques reposant sur des psyops et false flag operations16 pour « façonner » les conditions civiles.

Pour Gramsci, ce « point de contact entre le consensus et la force, entre la “société civile” et la “société politique” »17 est une collaboration entre deux composantes de l’État, compris « dans son sens organique le plus large »18, et nécessitant « une structure idéologique, […] c’est-à-dire l’organisation matérielle destinée à maintenir, défendre et développer le “front” théorique ou idéologique […] de la classe dirigeante »19. Tout groupe social dominant « se crée, en même temps, de façon organique, une ou plusieurs couches d’intellectuels qui lui apportent homogénéité et conscience de sa propre fonction, non seulement dans le domaine économique, mais également dans les domaines social et politique »20. Ces couches d’intellectuels « organiques » se répartiront dans « deux grands “étages” super-structuraux : celui que l’on peut appeler l’étage de la “société civile”, c’est-à-dire l’ensemble des organismes et acteurs dits vulgairement “privés”, et celui de la “société politique ou État”, qui correspondent l’un à la fonction d’“hégémonie” que le groupe dominant exerce sur toute la société, et l’autre à celle de “domination directe” ou de commandement qui s’exprime dans l’État et dans le gouvernement “juridique” »21 dans sa fonction coercitive.

L’État, pour s’assurer le consentement des gouvernés, s’appuie également sur des organisations de la société civile qui sont constituées par l’ensemble des organismes non étatiques qui élaborent ou diffusent les idéologies. Bien que la presse soit la partie la plus dynamique de cette structure, elle n’est pas la seule. « Tout ce qui influe ou peut influer directement ou indirectement sur l’opinion lui appartient », précise Gramsci22. Pour lui, la société civile se situe dans le complexe de la superstructure idéologique de la société. Ce façonnage de l’opinion publique par l’intermédiaire de toutes les formes de communication sociale (écoles, universités, religions, syndicats, journaux, revues, radios, cinéma…) est la manifestation exemplaire des relations permanentes entretenues par l’exécutif politique avec la société civile afin de favoriser un consensus autour de ses actes.

Pour les autorités politico-militaires américaines, comme en écho à Gramsci, « façonner les conditions civiles »23 passe par un partenariat entre l’État et la société civile, réunis autour d’une action concertée qu’ils appelleront de la « communication stratégique », et qui sera une composante essentielle de la stratégie militaire et de la « diplomatie publique » (public diplomacy). La visée hégémonique de ce partenariat – coercition et consentement – est résumée par le Pentagone dans son Commander’s Handbook for Strategic Communication et son Field Manual (fm) 3.0 Operations.

« La communication stratégique doit être au cœur des efforts du gouvernement américain pour informer et influencer les auditoires clés à l’appui des intérêts, des politiques et des objectifs nationaux des États-Unis24. […] La communication stratégique est axée sur les efforts du gouvernement des États-Unis […] pour créer, renforcer ou préserver […] les objectifs du gouvernement des États-Unis grâce à l’exploitation de programmes, plans d’action, thèmes, messages et produits en recourant de façon synchronisée à tous les instruments du pouvoir de la nation [national power]25. »

Selon le Pentagone, les éléments civils et étatiques composant ce national power sont l’armée, les forces de l’ordre, l’économie, la finance, la diplomatie, le renseignement et l’information26. Pour mener une stratégie efficace, elles devront être intégrées et former un tout harmonieux (seamless integration)27. À l’instar de Gramsci et de son analyse d’un « front idéologique » structurant par le biais des « intellectuels organiques »28, des efforts conjoints de l’appareil d’État et de la société civile, la communication stratégique étatsunienne devient le point de contact entre l’État, son appareil militaire et la société civile. On retrouvera ici les deux fonctions qu’occupent les intellectuels organiques américains, notamment les néoconservateurs, comme hauts fonctionnaires dans l’appareil d’État (National Security State) et comme vecteur idéologique dans la société civile à travers les think tanks, les médias et les universités. Le but idéologique : façonner l’opinion avec « tous les instruments » de la puissance américaine, à l’échelle nationale, mais aussi internationale, comme le souligne la Maison Blanche en 201029. La communication stratégique se voit en effet pour double mission de forger le consentement à l’usage de la force, non seulement à l’intérieur de la société américaine mais aussi à l’extérieur, c’est-à-dire à la défense de ses intérêts dans le monde entier.

En 2000, un document officiel du Pentagone souligne qu’« étant donné la nature globale de leurs intérêts et obligations, les États-Unis doivent maintenir […] la capacité de projeter leur puissance dans le monde entier pour assurer leur full-spectrum dominance »30. Ce concept clé de l’ambition militaire américaine, avec la puissance capacitaire qui va avec, se définira comme une « domination du spectre complet », c’est-à-dire la capacité et la liberté de mener et de dominer tous les adversaires dans tous les milieux, « espace, mer, terre, air et information »31. Et afin de maîtriser ce dernier milieu (l’information), le concours du département de la Défense à la diplomatie publique sera considéré comme « un rôle militaire clé dans le soutien du programme de communication stratégique du gouvernement américain »32.

Dans National Security Strategy (2010), la Maison Blanche explique que « les communications stratégiques efficaces sont essentielles […] au soutien de nos objectifs politiques [et] au maintien de notre légitimité mondiale »33. Au plan opérationnel, les commandants devront donc intégrer « la supériorité informationnelle dans la stratégie de la full-spectrum dominance dans les opérations militaires afin d’imposer leur volonté à l’environnement opérationnel. » Il est entendu que l’« information » doit être prise dans un sens large, c’est-à-dire comme tout ce qui concourt à donner sens et légitimation aux actions des acteurs d’un conflit.

Débordant le champ strictement opérationnel, le Pentagone recadre l’importance de l’information dans les guerres contemporaines en soulignant son enjeu stratégique : « Dans les conflits modernes, l’information est devenue aussi importante que l’action létale pour déterminer l’issue des opérations. […] Toutes les parties à un conflit l’utilisent pour transmettre leur message à divers publics : forces ennemies, adversaires et populations neutres et amicales. […] Les luttes du xxie siècle se produisent dans un environnement opérationnel de communications instantanées. Les systèmes d’information sont partout, l’exposition aux médias d’information et d’opinion est omniprésente [et] peut avoir des implications stratégiques immédiates. À tous les niveaux du gouvernement des États-Unis et de sa communication stratégique, grâce à des capacités conjointes [gouvernementales et non gouvernementales, militaires et non militaires], l’information façonne l’environnement opérationnel. C’est un facteur critique, et parfois décisif, dans les campagnes militaires34. »

En s’appuyant à la fois sur l’État et sur les acteurs de la société civile ayant une portée mondiale (gafam, agences de presse comme ap et Reuters, télévision, Hollywood), les États-Unis mènent une « guerre de perception » grâce à leur domination de l’infosphère (infrastructure matérielle et idéologique), dernier volet du spectre pour assurer une full-spectrum dominance sur les opinions américaine et mondiale. Pour parfaire le dispositif, les réseaux sociaux seront, sur les sujets sensibles, orientés par des algorithmes qui bloqueront ces sujets, une fonction de contrôle35 confiée aux plateformes numériques privées (Google, YouTube, Facebook, Twitter), qui gèrent aussi les réseaux à l’échelle planétaire. Les liens organiques de ces sociétés avec l’État remontent à l’origine d’Internet et du Web quand la cia et la nasa, par le biais de la Defense Advanced Research Projects Agency (darpa) et de la National Science Foundation (nsf), financèrent la recherche informatique au sein des universités comme Stanford et les sociétés privées comme Google36.

Pour le Commander’s Handbook for Strategic Communication and Communication Strategy, « la bataille du récit est une véritable bataille cognitive menée dans l’environnement de l’information, tout comme la guerre traditionnelle est menée dans les domaines physiques (air, terre, mer, espace et cyberespace). […] En gagnant la bataille du récit, le récit de l’ennemi devient non seulement sans attrait pour ses partisans et ses soutiens, mais sans objet [irrelevant] »37.

Cette ambition (contrôler ce qu’il se passe sur le terrain, mais également ce que les gens pensent de ce qu’il se passe sur le terrain) ressemble à ce qu’écrit Gramsci, alors enfermé dans les geôles de Mussolini, sur l’hégémonie qu’une classe dominante, même libérale, ambitionne d’exercer sur la société : « Qu’une seule forme dominante modèle l’opinion publique, et donc la volonté politique nationale, et que les voix dissidentes soient transformées en poussière individuelle et inorganique [désorganisée]38. » En quelque sorte, qu’une pensée dissonante soit rendue irrelevant, pour reprendre le terme employé par le Pentagone.

George Orwell, dans une version de sa préface à Animal Farm (1945) restée inédite jusqu’en 1972, décrivait lui aussi l’efficacité que l’hégémonie d’une classe dominante peut exercer sur la liberté d’expression : « Les idées impopulaires peuvent être réduites au silence et les faits gênants gardés dans l’ombre, sans qu’il soit nécessaire de les interdire officiellement. […] Pour ce qui est des quotidiens, c’est facile à comprendre. La presse britannique est extrêmement centralisée et la plupart des journaux sont détenus par des hommes riches qui ont toutes les raisons d’être malhonnêtes sur certains sujets importants. Mais le même type de censure voilée s’exerce également sur les livres et sur les périodiques, ainsi que sur les pièces de théâtre, les films et la radio. Il existe à tout moment une orthodoxie, un ensemble d’idées que l’on suppose que tous les gens bien-pensants accepteront sans poser de questions. Il n’est pas exactement interdit de dire ceci ou cela, mais il n’est pas “correct” de le dire. […] Quiconque conteste l’orthodoxie dominante se voit réduit au silence avec une efficacité surprenante39. »

Ce spectre des opinions publiques « acceptables » sera communément appelé aux États-Unis « fenêtre d’Overton » (Overton window), concept introduit dans les années 1990 par le lobbyiste, juriste et politologue Joseph P. Overton, vice-président du think tank conservateur Mackinac Center for Public Policy. Il s’agit d’identifier les idées qui définissent l’éventail d’acceptabilité des théories et sujets politiques dans le discours public.

Aujourd’hui, à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, l’utilisation du politically correct pour fustiger les paroles dissonantes et légitimer la censure sera une arme idéologique très efficace des classes dirigeantes ; substituer dans le débat public les questions sur les rapports de pouvoir et de classe par des problématiques sociétales racialisées, ethnicisées, de genre, ou d’éthique et de morale individuelles40… La censure des discours déviants sera alors promue comme une mesure de salubrité publique. Un passage d’Orwell garde toute son actualité bien que, marqué par les tout débuts de la guerre froide, il visait alors la société totalitaire soviétique : « Il existe aujourd’hui une tendance répandue à affirmer que l’on ne peut défendre la démocratie que par des méthodes totalitaires. Si on aime la démocratie, l’argument court que l’on doit écraser ses ennemis par tous les moyens. Et qui sont ses ennemis ? Il apparaît toujours que ce ne sont pas seulement ceux qui l’attaquent ouvertement et consciemment, mais aussi ceux qui la mettent “objectivement” en danger en répandant des doctrines erronées. En d’autres termes, la défense de la démocratie implique la destruction de toute indépendance de pensée41. »

La domination unipolaire militaire et politique dont l’Amérique a bénéficié après l’implosion de l’Union soviétique en 1991 semble prendre fin. Le 3 novembre 2021, au Forum sur la sécurité d’Aspen, le chef d’état-major des armées américaines, le général Milley, déclarait que nous entrions « dans un monde tripolaire avec les États-Unis, la Russie et la Chine comme grandes puissances »42, reconnaissant de fait la fin du monde unipolaire autour de l’hyperpuissance américaine. Face à un monde qui leur échappe, militairement, économiquement et politiquement, les États-Unis s’appuient de plus en plus sur leur maîtrise du monde virtuel de l’information et du récit étroitement façonné, qui donne sens au cours des choses et des événements. Leur domination dans la communication sous toutes ses formes devient la clé de leur hégémonie dans la guerre de perception (Infowar43). Et la perception de leur toute-puissance devient plus importante que leur puissance effective.

Cette toute puissance reposerait-elle plus que sur une manipulation spectaculaire de ses effets sur le monde, plutôt que sur sa capacité effective à maîtriser celui-ci ? Serions-nous en train d’assister à l’épilogue du siècle américain triomphalement annoncé à la fin de la Seconde Guerre mondiale ?


1Conseiller principal et chef adjoint de cabinet du président George W. Bush.

2J. C. Barry, « États-Unis : fièvre obsidionale et agressivité messianique », Inflexions n° 11, 2009, pp. 137-150.

3A. Gramsci, Cahiers de prison, tome 2, cahier 6, § 88, Paris, Gallimard, p. 83.

4otan, Australie, Nouvelle-Zélande et Japon.

5A. Gramsci, Cahiers de prison, tome 3, Paris, Gallimard, p. 400.

6Pour Gramsci, c’est l’équilibre relatif entre la force et le consentement qui distinguait le système des États capitalistes occidentaux de celui de la Russie tsariste. Pour le régime libéral en Occident, « l’exercice “normal” de l’hégémonie sur le terrain, devenu classique du régime parlementaire, est caractérisé par la combinaison de la force et du consentement […] sans que la force l’emporte par trop sur le consentement, voire en cherchant à obtenir que la force apparaisse appuyée sur le consentement de la majorité, tel que l’expriment les prétendus organes de l’opinion publique (journaux et associations) ». Cahiers de prison, tome 3, cahier 13, p. 434.

7A. Gramsci, Quaderni del carcere, vol. 3, quaderno 19 § 24, Turin, Einaudi Editore, 1977, p. 2010.

8A. Gramsci, Cahiers de prison, tome 2, cahier 6, § 88, p. 83.

9Voir l’argument de Rousseau sur la vulnérabilité « Du droit du plus fort » dans Du contrat social, livre I, chapitre 3.

10Ch.-M. de Talleyrand, Mots, propos, aphorismes, Paris, Éditions Horay, 2016, p. 85.

11B. Bernardi, Qu’est-ce qu’une décision politique ?, Paris, Vrin, 2003, p. 7 et p. 126.

12Cité dans D. Vandergriff, 4th generation FM 2009 et Manning the Future Legions of the United States. Finding and Developing Tomorrow’s Centurions, Praeger Security International, 2008, p. 25.

13Ibid

14Ibid

15fm 3.0 Operations, Washington, Department of Defense, février 2008.

16Guerre psychologique et attentats menés sous faux drapeaux.

17Cahiers de prison, tome 2, cahier 7, § 83, pp. 228-229.

18Ibid., tome 2, cahier 6, § 87, p. 82.

19Ibid., tome 1, cahier 3, § 49, p. 297.

20Ibid., tome 3, cahier 12, § 1, p. 309.

21Ibid., tome 3, cahier 12, § 1, pp. 314-315.

22Ibid., tome 1, cahier 3, § 49, p. 297. Gramsci se distingue ici par une autre définition de la société civile que celle communément utilisée par la tradition libérale et marxiste, qui la situe dans l’infrastructure de la société.

23Ibid.

24Op. cit., Commander’s Handbook for Strategic Communication Message to the Joint Warfighter, September 2008.

25Field Manual n° 3.0 Operations, 27 février 2008.

26The National Defense Strategy, Sharpening the American Military’s Competitive Edge, Department of Defense, 2018.

27Ibid.

28Gramsci, Cahiers de prison, tome 3, cahier 12, p. 309.

29« Une communication stratégique efficace est essentielle pour maintenir notre légitimité mondiale et soutenir […] nos objectifs politiques », 27 mai 2010, White House, Washington DC.

30Joint Vision 2020, Chairman of the Joint Chiefs of Staff: Government Printing Office, juin 2000. En 2008, le président Obama dira la même chose avec d’autres mots : « Pour garantir la prospérité chez nous et la paix à l’étranger, nous partageons tous cette conviction que nous devons conserver la plus puissante armée sur la planète. »

31Ibid.

32“Information Superiority and Full-Spectrum Operations”, fm 3.0 Operations, 28 février 2008.

3327 mai 2010, White House, Washington DC.

34fm 3.0 Operations

35Depuis son achat par Elon Musk, certaines archives de Twitter ont été rendues publiques. Elles ont révélé que des officiels de la Maison Blanche intervenaient régulièrement pour faire censurer certains comptes et tweets. On peut supposer que d’autres plateformes ont reçu des demandes d’intervention semblables.

36Voir, “Google’s true origin partly lies in cia and nsa research grants for mass surveillance”, by J. Nesbit, former director of legislative and public affairs, National Science Foundation, Quartz, 8 décembre 2017. https://qz.com/1145669/googles-true-origin-partly-lies-in-cia-and-nsa-research-grants-for-mass-surveillance

37Commander’s Handbook for Strategic Communication and Communication Strategy (Ver. 3.0), 24 juin 2010.

38Gramsci, Cahiers de prison, tome 2, cahier 7, § 83, pp. 228-229. Traduction modifiée par moi d’après Quaderni del carcere, Milan, Giulio Einaudi editore, 1975, pp. 914-915.

39Proposed preface to Animal Farm, first published in the Times Literary Supplement on 15 September 1972 with an introduction by Sir Bernard Crick (traduction J. C. Barry).

40Pour une analyse de cette nouvelle « idéologie », voir J. Friedman, pc Worlds, Political Correctness and Rising Elites at the End of Hegemon, Berghahn Books, 2019.

41Op. cit., G. Orwell, Proposed preface to Animal Farm.

42Aspen Security Forum Discussion, avec Lester Holt (nbc) et le général Mark Milley, 3 novembre 2021, https://youtu.be/vSBN5xBC1L4

43La conception réductrice de la politique comme science de la manipulation (shaping) des espaces de combat et des esprits trouvera l’une de ses expressions théoriques dans la nouvelle théorie de l’otan intitulée Cognitive Warfare et son usage du nudging par le biais du Big Data, qui ciblera également la population américaine.

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