Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°40 | Patrimoine et identité

Michel Goya
Les Vainqueurs
Comment la France a gagné la Grande Guerre
Paris, Tallandier, 2018
Michel Goya, Les Vainqueurs, Tallandier

Michel Goya s’inscrit d’emblée en faux contre le discours ambiant visant à dire que la Première Guerre mondiale a été remportée grâce aux Américains. Il ne nie pas que ceux-ci ont eu un rôle dans la victoire, notamment d’un point de vue économique, mais il explique que la victoire militaire est essentiellement le fruit d’une réussite française. Cela est vrai du point de vue du comportement des soldats, de la capacité de leurs chefs à tirer rapidement des enseignements des opérations, mais aussi de l’inventivité de la société française dans son ensemble. Malgré la bravoure des Marines du Bois Belleau, la toute jeune armée américaine n’est pas encore ce qu’elle sera au printemps 1945. Sans oublier qu’elle était en grande partie équipée par l’armée française.

Le plan de l’ouvrage est simple : décrire la situation et les choix qui s’offrent aux belligérants, puis les nouveaux moyens de combat de part et d’autre avec une description simple de la grande transformation de l’armée française, ensuite les batailles successives au cours desquelles les Français jouent toujours le rôle principal, et enfin la prise d’ascendant et les perspectives, qui soulignent en creux que la paix a été perdue par les politiques. Alors que les Allemands auraient pu remporter la victoire en 1917, les Français fournissent le principal effort sur le front occidental, tant du point de vue numérique que technique. Michel Goya explique de façon très claire et très simple l’enchaînement des batailles, leurs conséquences, et en particulier les leçons qui en sont tirées de part et d’autre. À lire ce livre, on comprend combien la solidité du soldat français, malgré les alertes de 1917, a permis au haut-commandement de réfléchir, de faire face et de prendre l’avantage sur les Allemands dont l’économie était exsangue, mais surtout dont le haut-commandement n’avait pas de vision globale, tant les actions maritimes n’étaient coordonnées ni avec les offensives terrestres ni avec les activités diplomatiques. On aurait pu craindre une description technique de tous les événements de 1918, mais ce livre ne tombe pas dans l’écueil. Il s’agit d’une remarquable et limpide synthèse pédagogique du déroulement de l’année 1918. Michel Goya insiste particulièrement sur l’importance majeure du front balkanique, trop souvent oublié lorsqu’on parle de cette période, alors que c’est lui qui donne, à la surprise générale, le coup de grâce aux empires centraux.

Après ces éloges mérités tant ce livre est d’accès facile, tant l’on perçoit la maîtrise parfaite du sujet, il convient d’émettre un bémol qui est commun à l’ensemble des historiens de cette période : on ne parle pas assez de l’importance du génie dans la mobilité des forces sans laquelle les bascules de divisions n’auraient pu s’effectuer. Sans les sapeurs du 5e génie, pas de voie logistique de rocade. Sans les sapeurs télégraphistes du 8e génie, pas d’acheminement rapide des ordres. Sans les compagnies d’engins Mascart Dessoliers, qui contribuent à l’enfouissement des deuxièmes lignes, pas de protection satisfaisante. Rien sur le pontage qui manque pour franchir les coupures et dont l’absence a peut-être influé sur la décision en 1936 de ne pas s’engager pour contrer la remilitarisation de la Ruhr. Il en est de même pour le train des équipages, qui se motorise sous l’impulsion de visionnaires comme le colonel Doumenc. Un second bémol : dans l’avant-propos Michel Goya, nous allèche avec les histoires de son grand-père ; on aurait aimé qu’il parle plus du soldat, ne serait-ce qu’un tout petit peu, ce qu’il a, il est vrai, beaucoup évoqué dans d’autres ouvrages. Mais ces bémols n’enlèvent rien ni à la qualité pédagogique de l’exposé ni à sa rigueur scientifique. Il fait indéniablement partie des livres de référence sur la période pour la précision et la limpidité de son exposé, pour l’exemple didactique qu’il donne, sans oublier le soupçon d’impertinence de l’introduction sans laquelle le vieux marsouin bougon qui écrit des livres ne serait plus lui-même.


Le Soldat méconnu | Bénédicte Chéron
Nicolas Pontic | Koursk