N°49 | La route

Christine Le Bozec
Révolution et Religion
Paris, Passés Composés, 2021
Christine  Le Bozec, Révolution et Religion, Passés Composés

Peu de pays au monde ont eu des relations aussi conflictuelles que la France avec la religion. Cet ouvrage très original met en exergue les violences des révolutionnaires de 1789, qui n’avaient de cesse de faire disparaître totalement l’influence du catholicisme sur l’État. Entre 1792 et 1801, lois et décrets mettent à bas la hiérarchie et la culture catholiques : ventes des biens de l’Église, bannissement des moines, des nonnes, exécution des évêques, des curés et des vicaires réfractaires, et obligation pour le reste du clergé (le quart) d’adopter la Constitution voulue par la république. Une grande partie des religieux s’exilera à Rome. Cette agressivité vécue comme soudaine couvait en fait depuis le divorce entre le haut clergé, détesté pour ses excès et ses relations privilégiées avec la noblesse, et le bas clergé, qui avait fait corps avec le tiers-état. Pendant dix ans, devant un peuple plutôt indifférent à ces exclusions et à ces débats enflammés au sein de la Convention, les décisions les plus radicales, voire les plus absurdes, de la déchristianisation, comme l’adoption d’un nouveau calendrier, la suppression du dimanche au profit de la décade, l’interdiction du port des vêtements religieux en dehors des messes, la prestation de serment à la République plutôt qu’à Rome, le culte de l’Être suprême, en un mot la « républicanisation » totale ou la laïcisation de la religion vont faire disparaître toute référence au catholicisme. Le Vatican tentera de s’opposer à ces décisions avant de céder. Un personnage comme Boissy d’Anglas, protestant, émerge de cette foire d’empoigne par son intelligence et sa modération, qui évitera les pires excès en rétablissant la liberté de conscience. Quand Bonaparte prend le pouvoir, il agira avec un certain génie pour maintenir la soumission des catholiques à sa personne, se réservant le droit de nommer évêques et archevêques tout en donnant l’impression de tempérance et d’ouverture d’esprit. Ce qui lui vaudra l’adhésion du peuple, lassé de ces combats idéologiques qui le privaient de ses ancestrales traditions populaires. Le culte de l’Être suprême disparaîtra aussi vite qu’il était apparu. Cet ouvrage passionnant sur la Révolution française révèle en creux l’une des sources possibles de la passion française pour la laïcité.


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