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N°42 | Guerre et cinéma

Emmanuelle Flament-Guelfucci

De l’usage des fonds de l’ECPAD

L’Établissement de communication et de production audiovisuelle du ministère de la Défense (ecpad) est un centre de production audiovisuelle et de conservation des archives photographiques et cinématographiques militaires1. L’enrichissement de ses collections est le fruit de trois grandes sources : la production de l’établissement et des services qui l’ont précédé, celle du ministère des Armées ainsi que les dons des particuliers, associations et entreprises en lien avec l’histoire militaire de la France.

Les archives organiques existent depuis 1915, date de la création de la Section cinématographique (sca) puis de la Section photographique de l’armée (spa). Dès l’origine, les opérateurs – cameramen et photographes – fonctionnent en binômes, avec pour mission de produire des images destinées à la fois à être diffusées et à être archivées, afin de répondre à un besoin de propagande, de documentation et de mémoire du conflit. Mais il n’est pas rare que les réalisations actuelles comprennent des réutilisations d’images d’archives, créant ainsi une nouvelle archive « hybride ».

À une période plus récente, les collections se sont enrichies des images issues de l’activité des différentes entités du ministère des Armées, soit aujourd’hui deux cents services versants. Depuis 20012, l’ecpad est en effet compétent pour recueillir et conserver les archives audiovisuelles de l’ensemble des entités du ministère progressivement dotées de moyens de réalisation, en particulier depuis l’arrivée de la vidéo analogique puis numérique. L’établissement a ainsi reçu des fonds importants comme ceux du Service d’information et de relations publiques de l’armée de terre (sirpat), des groupes images de la marine nationale, de la gendarmerie, de l’armée de l’air ou d’autres institutions comme la Direction générale de l’armement (dga), le Centre national des sports, le Centre de conférences de l’École militaire, le Centre d’instruction navale de Saint-Mandrier, le Centre d’expériences aériennes militaires de la base aérienne 118 ou l’École polytechnique. Avec le passage à l’armée de métier, plus de quarante unités restructurées ont versé leurs archives audiovisuelles. Les images produites par l’ecpad et par les entités du ministère des Armées sont des archives publiques régies par les dispositions du code du patrimoine3.

Les archives privées constituent une source complémentaire non négligeable. L’établissement développe depuis plusieurs décennies une politique d’accueil des dons afin de compléter ses collections. Ciblée sur les images relatives aux armées françaises et à l’histoire militaire de la France, la collecte permet de couvrir des périodes chronologiques moins représentées dans les fonds, comme l’entre-deux-guerres, et de recueillir des contenus issus de sources non officielles, les films d’amateurs, plus libres et plus humains, mais non dénués de partis pris.

Les différentes typologies des images animées ouvrent un vaste champ d’interprétation de leur contenu. Pour un même événement, les fonds organiques de l’ecpad comprennent les épreuves de tournage, autrement appelées les « rushes », et les produits montés, fruits de la sélection d’images destinées à être diffusées. Ils comprennent également des photographies, pour les raisons évoquées ci-dessus. Il y a donc une grande différence entre la matière brute, issue de la captations, et les éléments que l’institution a choisi de diffuser, et cette différence est potentiellement riche d’enseignements4.

Le contenu et le sens d’une image animée sont indissociables du contexte dans lequel cette image a été produite. Pour la lire et l’interpréter, il faut tenir compte de l’évolution des techniques, des conditions de captation sur un terrain d’opérations, voire des pannes de matériel. Avec leurs lourdes caméras posées sur trépied, le plus souvent loin des avant-postes, les opérateurs de la Première Guerre mondiale n’ont pas filmé les combats de la même manière que leurs successeurs pendant la guerre d’Indochine, également au cœur d’un conflit, mais munis d’un matériel beaucoup plus mobile5. Aujourd’hui, avec les caméras GoPro, 360, les drones, de nouveaux types d’images foisonnent…

  • Des usages de plus en plus variés
    et ouverts à la création artistique

L’usage institutionnel, militaire et politique est la raison d’être des différents services cinématographiques des armées qui se sont succédé. Dès l’origine, les images sont produites par les opérateurs militaires pour les besoins de la communication des armées qui, pleinement conscientes de leur puissance et de leur sensibilité potentielle, en organisent et en contrôlent la diffusion, en particulier pendant les conflits. Ainsi, à partir de 1917, un film d’actualités, les Annales de la guerre, présente toutes les semaines aux soldats et au monde civil plusieurs sujets militaires, politiques, internationaux ou artistiques6. Pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est le Journal de guerre qui délivre des actualités hebdomadaires. Sa production est soumise à une double validation (ou censure), militaire (grand quartier général-gqg) et politique (Commissariat général à l’information de Jean Giraudoux)7. Pendant la guerre d’Indochine, de grands noms comme Pierre Schoendoerffer sont derrière la caméra aux côtés des combattants8, mais ils n’ont pas la maîtrise de leurs pellicules qui, expédiées par avion à Paris, sont montées, sonorisées et, après validation, mises à la disposition de la presse9. La guerre d’Algérie est également l’occasion pour les autorités de développer des actions de propagande afin de légitimer par la communication l’action de la France10.

1 Sur l’établissement et son histoire, voir S. Denis et X. Sené (dir.), Images d’armées. Un siècle de cinéma et de photographie militaire 1915-2015, Paris, cnrs Éditions/ministère de la Défense, 2015.

2 Décret n° 2001-347 du 18 avril 2001 portant statut de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle du ministère de la Défense.

3 Article L211-4 : « Les archives publiques sont […] les documents qui procèdent de l’activité de l’État, des collectivités territoriales, des établissements publics et des autres personnes morales de droit public. »

4 S’agissant de la Première Guerre mondiale, le delta entre production et diffusion n’est pas forcément si important : seules 8 % des photographies ont été censurées. Cf. H. Guillot (dir.), Images interdites de la Grande Guerre, Rennes/Paris, Presses universitaires de Rennes/ecpad, 2014.

5 Cf. L. Véray, « Fiction et “non-fiction” dans les films sur la Grande Guerre, de 1914 à 1928. La bataille des images », 1895 : revue d’histoire du cinéma n° 28, 1995, pp. 238-255.

6 L. Véray, Les Films d’actualités français de la Grande Guerre, Paris, afrhc/sirpa, 1995.

7 St. Launey, « Pellicules en uniforme. Le cinéma au service des forces armées françaises, septembre 1919-juin 1940 », thèse de doctorat, université Paris-I, 2017.

8 B. Chéron, Pierre Schoendoerffer. Un cinéma entre fiction et histoire, Paris, cnrs Éditions, 2015.

9 P. Pinoteau, « Propagande cinématographique et décolonisation : l’exemple français (1949-1958) », Vingtième siècle. Revue d’histoire n° 80, 2003/4, pp. 55-69.

10 S. Denis, Le Cinéma et la guerre d’Algérie. La propagande à l’écran (1945-1962), Paris, Nouveau Monde Éditions, 2009.

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