Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°27 | L'honneur

Ariane Beauvillard et Laurent Bihl
La Grande Guerre au petit écran
Lormont, Le Bord de l'Eau, 2014
Ariane Beauvillard et Laurent Bihl, La Grande Guerre au petit écran, Le Bord de l'Eau

Alors que les célébrations du centenaire de la Grande Guerre commencent et qu’un débat récurrent persiste sur la « mise en scène » de la guerre par l’audiovisuel, cette étude nous propose la première analyse (presque) d’ensemble de la production télévisée des quarante dernières années. Pas moins de soixante-dix films ou épisodes de séries ont en effet évoqué à la télévision la période 1914-1918 : « La reconstitution de la Première Guerre mondiale par les fictions télévisées, comme sa commémoration le 11 novembre nous disent beaucoup des obsessions de chaque époque, du sens que l’on donne à la guerre (du combat pour un idéal républicain à l’idée de guerre vaine), à la mort (du sacrifice des héros patriotes à la tranchée boueuse, inhumaine, à la mort gratuite) et à ses conséquences (de la gloire du vainqueur au pacifisme européen). » Cette étude de synthèse présente donc l’ensemble de la programmation télévisuelle consacrée à la Grande Guerre depuis 1960. Une production qui a bien changé, accompagnant quand elle ne les anticipe pas les évolutions sociales. Il apparaît, par exemple, que les émissions sont de moins en moins centrées sur le front et que les représentations de l’arrière sont largement majoritaires. Mais au sein même de chaque ensemble, les sous-catégories évoluent et fluctuent. Les auteurs ont donc divisé leur ouvrage en une douzaine de chapitres thématiques, qui abordent les représentations de la guerre elle-même, du 11 novembre et permettent d’effectuer un focus sur quelques productions emblématiques : « Les images du front », « La guerre vue de loin », « Les femmes dans la guerre », « La guerre dans les airs », « La blessure », « Désobéissance, refus et fusillés », « La vision des grands hommes », « L’utilisation des archives dans la fiction » (« Elle dévoile une nouvelle fois le statut accordé à l’image, celle d’un document infaillible, qu’il n’est pas nécessaire de questionner et qui sert d’illustration synthétique »), « La programmation des 11 novembre des années 1960 à nos jours, une mémoire qui flanche », « Le 11 novembre et l’information », « La parole des anciens combattants », « La vision du grand homme » et « Information et commémoration », chapitre réalisé sur la base d’entretiens avec trois responsables de chaînes (bfm, France 3 et France 2). Enfin, les auteurs s’intéressent plus particulièrement à trois productions célèbres et se demandent en conclusion si l’on peut « Rire du 11 novembre ? » en évoquant les émissions d’humour ou de caricature type Les Guignols de l’info, mais ne retrouvent que peu d’exemples : « Finalement, sans qu’il n’y paraisse, le dézinguage systématique des corps constitués ou des symboles les plus intouchables de la nation aura notablement épargné la Première Guerre mondiale. » Un texte agréable à lire, bien documenté et qui permet de poursuivre en les structurant ses propres réflexions.

PTE

1914 | Rémy Porte
Charles de Gautlle | Le Fil de l’épée et autres éc...