Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°27 | L'honneur

Rémy Porte
1914
Une année qui a fait basculer le monde
Paris, Armand Colin, 2014
Rémy Porte, 1914, Armand Colin

Dans un livre de deux cent cinquante pages, l’auteur démontre que la Grande Guerre n’était pas inéluctable, même si son idée ne semblait pas faire aussi peur qu’à notre époque. Possédant particulièrement bien son sujet, il aborde la période précédant le conflit puis l’entrée en guerre en démontrant que ni l’ampleur ni la durée de celle-ci n’avaient réellement été anticipées, et que la responsabilité de son déclenchement n’était portée en propre par aucun pays. Bien écrit, cet ouvrage se lit aisément, même par un amateur non éclairé. Traitant d’aspects très variés, le sujet présente un intérêt évident en ce qu’il permet d’appréhender des données souvent oubliées, ou tronquées dans des analyses superficielles. Ainsi, le contexte européen (les alliances, les effets des guerres balkaniques, les ambitions coloniales) est bien retranscrit et met en perspective une société en plein essor économique confrontée à la crainte d’une guerre que tout le monde imagine et/ou veut courte. Au nombre des idées reçues, il remet en perspective les affrontements doctrinaux tant chez les militaires français (primauté de l’offensive à outrance sur la défensive) que chez les politiques (une armée « citoyenne » ou « populaire » contre une armée de conscription de trois ans) qui ont passé plus de temps à discuter les projets qu’à voter les crédits nécessaires… Il souligne aussi le rôle déterminant des chefs d’État, des monarques en particulier, qui n’ont pas su évaluer les risques à leur juste mesure et ont souvent agi sans connaître les postures de leurs alliés ou de leurs opposants potentiels. Enfin, il insiste avec pédagogie sur les plans initiaux et la confrontation des théories d’avant-guerre aux réalités du combat, puis la nécessité pour tous (les Français en premier lieu cependant) de repenser une stratégie et des modes d’action adaptés à une forme de bataille à laquelle personne ne voulait se résoudre. Au final, nous avons un document utile et bien conçu, malgré quelques répétitions (fondement de la pédagogie ! ?), qui permet de mieux appréhender les causes de la guerre dont la conclusion fut que les Allemands (battus) en étaient les seuls responsables…

Philippe Mignotte

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