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N°17 | Hommes et femmes, frères d’armes ?

Nicolas Fourmond

La mixité dans un régiment de transmissions

Le film Potiche de François Ozon met en avant l’épouse d’un chef d’entreprise qui, à la suite d’un problème de santé de celui-ci, prend la tête de la société familiale. Cette femme voit alors son statut évoluer : d’ornement – il s’agit tout de même de Catherine Deneuve ! –, elle devient femme d’action, reprend en main la production de parapluies, innove et, en fin de compte, ringardise son mari qui tentait vainement de freiner le déclin de l’entreprise. Celui-ci, arrogant et supérieur, perd sa place de pater familias pour prendre celle de prince consort. La potiche est devenue la dea ex machina, celle par qui peut s’inscrire la réussite de la société familiale. Ainsi cette femme a trouvé sa place. De la même manière, sommes-nous capables, dans un régiment d’appui, d’intégrer les femmes afin de développer la capacité opérationnelle de l’unité ?

Les femmes militaires occupent au sein de notre institution des rôles subalternes et la réussite de quelques cas particuliers ne doit pas cacher le petit nombre de celles affectées à des postes opérationnels et de commandement. Devant la course d’obstacles qui les attend, beaucoup abandonnent la partie. Dans le même temps, il semble toujours étrange pour une partie de la population de voir une femme en treillis commander à des hommes, partir en opération extérieure, laisser son mari et ses enfants en métropole pendant qu’elle affronte seule les dangers en Afghanistan ou ailleurs.

Depuis quelques années, la féminisation des régiments s’est accrue d’une façon importante. Au 40e régiment de transmissions (40e rt), ce taux atteint 15 %, ce qui représente une partie substantielle du personnel pouvant être projeté en opération extérieure. Majors de promotion, excellentes sportives au caractère affirmé, certaines de ces femmes possèdent des qualités telles qu’il serait inimaginable de se priver de leurs compétences dans nombre de domaines requérant une haute technicité, un moral d’acier, voire une certaine résistance physique ou psychique. Ainsi, comme les hommes, les femmes peuvent être d’excellents éléments, mais aussi, comme les hommes, des soldats de bon niveau, corrects et même médiocres ou mauvais. Certaines désertent, manquent de maturité, de fougue. Bref, elles semblent être des soldats comme les autres. Mais force est de constater que le vivier qu’elles représentent reste en grande partie inexploité et sa gestion aléatoire.

Le rôle du chef de corps est d’employer chacun au mieux de ses compétences et de ses capacités. Le caractère féminin d’un personnel est une donnée parmi d’autres ni l’unique ni la plus importante. Profondément tourné vers l’emploi, un régiment de transmissions se doit d’assurer un appui efficace aux opérations. Par conséquent, son chef ne prend en considération que les éléments nécessaires au succès de la mission. Toute autre attitude serait non seulement inefficace mais dangereuse.

  • Un contexte propice

Le 40e rt est un régiment de transmissions et d’appui au commandement (rtac) dont le taux de féminisation est de 15 %. Donc un régiment composé d’hommes à hauteur de 85 %. Sa spécificité est que l’on y trouve des femmes en situation de commandement aux postes de commandant d’unité, de chef de section et de chef de service (le chef du bureau opérations instruction est une femme ; il s’agit même de la première chef de boi dans un régiment embrigadé). Certaines occupent également des fonctions spécifiques demandant une haute technicité. En cas de conflit, et quel que soit le théâtre, celles-ci seront projetées sans que quiconque se pose la question de la dangerosité, de la localisation ou de la durée de l’intervention.

Le 40e rt est une unité d’appui opérationnel. Composé de six compagnies de manœuvre, d’une compagnie de commandement et de logistique (ccl), et d’une compagnie d’administration et de soutien (cas), il est en cours de transformation depuis le 1er janvier 2011. Comme l’ensemble des régiments de l’armée de terre, il doit mutualiser son soutien général au sein d’une base de défense, en l’occurrence celle de Metz. Ainsi, à l’été 2011, il perdra sa cas composée à 33 % de personnels féminins. Embrigadé au sein de la brigade de transmissions et d’appui au commandement (btac) sous les ordres du commandement des forces terrestres (cft), le 40e rt met en œuvre les moyens sic (systèmes d’information et de commandement) et l’appui au commandement, c’est-à-dire toute l’infrastructure nécessaire au déploiement d’un poste de commandement (pc) au profit des états-majors en exercice et en opération.

Chaque compagnie possède l’ensemble des compétences permettant de mener sa mission en autonomie. Évidemment, au regard de la gestion des carrières (les transmetteurs effectuent de nombreux stages afin de se tenir à jour des évolutions techniques) et des indisponibilités (couples endogames avec enfants, congés maladies, inaptitudes temporaires ou définitives), il est difficile de produire des entités totalement homogènes pour les missions. Par conséquent, tout détachement projeté comporte du personnel d’au moins deux compagnies, soit, chaque année, de 20 à 30 % des effectifs. Il est en mesure d’armer des unités proterre1 ou des détachements pour le Liban, la Côte d’Ivoire ou l’Afghanistan notamment. Il participe également, sous les ordres de l’état-major de la btac, à des exercices dont la durée cumulée atteint dix à douze semaines dans un camp de Champagne ou à l’étranger – si la durée d’une manœuvre est de deux à trois semaines pour un état-major, le transmetteur, lui, restera plus longtemps pour préparer les moyens puis les démonter.

Ces éléments sont importants pour comprendre le contexte dans lequel les soldats agissent et les contraintes liées en termes de vie sociale, d’éducation des enfants... Une armée d’engagés est composée, jusqu’aux plus bas échelons, d’hommes et de femmes qui vivent à un rythme relativement élevé et qui, en même temps, doivent construire leur vie personnelle. L’image de l’appelé corvéable à merci pendant neuf mois est définitivement dépassé. Il s’agit aujourd’hui de gérer de façon cohérente la ressource humaine en prenant en compte la vie familiale.

La localisation du régiment revêt une importance primordiale. En effet, celui-ci est composé de nombreux jeunes soldats qui, à un moment ou à un autre, vont s’installer en couple ou fonder une famille. Or l’institution veut les conserver en son sein pendant au moins onze ans. Il lui faudra donc gérer non seulement leur évolution professionnelle, mais être attentif à leur épanouissement et prendre en compte des éléments aussi divers que les crèches, la scolarisation des enfants, leurs études techniques ou supérieures, les congés de maternité, les congés parentaux, les aménagements d’horaires, les maladies des enfants. Un régiment doit gérer chaque année des absences qui représentent plusieurs milliers de jours. Dans ce contexte, il est évident que, plus l’unité sera installée dans un tissu urbain porteur pour les familles, mieux seront prises en compte les contraintes et donc plus il sera possible de préserver les effectifs. La fidélisation des soldats est à ce prix.

Le 40e rt se situe en Moselle, sur les communes de Thionville et d’Hettange-Grande, à proximité des frontières luxembourgeoise et allemande, un bassin d’emplois important, même si la Lorraine est durement touchée par la crise économique. Les conjoints sont susceptibles d’y trouver un poste dans le privé ou dans la fonction publique. Les crèches sont cependant peu nombreuses et leurs horaires inadaptés à la condition militaire. Malgré cela, bien des facilités sont offertes par les villes alentours ; écoles et universités notamment sont nombreuses et de bon niveau. C’est dans ce contexte que vivent les hommes et les femmes du 40e rt : un contexte favorable à l’épanouissement professionnel et familial.

  • La mixité au sein du 40e RT

Le 40e rt est un régiment majoritairement composé d’hommes. Par conséquent tous les éléments qui suivent ne préjugent pas de ce que serait une unité disposant d’une plus forte minorité de femmes, voire constituée essentiellement d’éléments féminins.

  • Éléments statistiques

Le nombre de femmes au régiment est de cent quarante-six pour neuf cent quatre-vingt-dix-huit personnels : cinq officiers, cinquante-cinq sous-officiers et quatre-vingt-six militaires du rang. La moyenne d’âge par catégorie est de trente-trois ans pour les officiers, vingt-huit pour les sous-officiers et vingt-sept ans pour les evat2. Trente-cinq d’entre elles sont mariées avec un militaire dont trente et un appartenant également au régiment. Seize congés de maternité ont été accordés en 2010. En moyenne, elles ont effectué deux missions extérieures. Ce chiffre s’explique par la jeunesse du personnel sous-officier et evat, ainsi que par l’ancienneté de service.

Les officiers femmes sont peu nombreuses et quatre sur cinq sont mariées. La plus jeune est célibataire et a intégré l’armée sous contrat il y a moins d’un an. Le temps moyen de service est de treize ans et ce personnel a effectué deux opérations extérieures (le maximum étant de cinq pour l’un). La moyenne d’âge relativement élevée par rapport aux autres catégories (trente-trois ans) explique en partie le décalage entre cette catégorie et les autres. Cependant, le vivier des officiers est trop restreint pour tirer des conclusions.

Les sous-officiers présentent des situations contrastées. En général, ils suivent le mouvement de la société et se répartissent donc entre les différents types d’union (11 % sont mariés, 14,5 % vivent en concubinage, 5,5 % sont pacsés). Cependant, la jeunesse de ce corps (en moyenne vingt-huit ans et huit ans de service) induit un nombre élevé de célibataires (67,3 %). En revanche, les divorcés (1,8 %) sont en nombre réduit pour les mêmes raisons : jeunesse du corps et préférence pour des relations moins contraignantes. 30 % des sous-officiers femmes travaillent dans des filières hors sic, qui est le cœur de métier du 40e rt. Elles sont donc réparties dans des emplois administratifs (ressources humaines, gestion, finances).

Les evat sont dans la même situation que les sous-officiers et pour les mêmes raisons (19,7 % sont mariés, 12,8 % vivent en concubinage, 4,7 % sont pacsés, 68,6 % sont célibataires, 2,4 % séparés ou divorcés).Avec un âge moyen de vingt-sept ans, pour cinq ans et demi de service, ce groupe est en cours de formation. 63 % sont employés hors du domaine de spécialité sic et se répartissent dans les métiers administratifs ou liés à la restauration.

  • Analyse des chiffres

Par catégorie, les femmes remplissent les objectifs fixés par le chef d’état-major de l’armée de terre (cemat) en termes de longévité dans l’institution, bien que la durée de service des evat soit relativement courte quoiqu’en progression constante. Les taux les plus importants se situent au niveau des premiers (54,65 %) et des deuxièmes contrats (30,23 %). Les explications sont les suivantes :

  • de plus en plus de femmes considèrent qu’il leur est possible d’envisager une carrière au sein de l’institution militaire, un mouvement relativement nouveau et lent ;
  • rapidement, les jeunes engagées prennent conscience de la difficulté à concilier vie maritale et exercice du métier des armes. Le premier enfant est souvent un signe précurseur à un non-renouvellement de contrat. Entre trente et trente-cinq ans, donc à la fin du deuxième contrat, beaucoup renoncent à poursuivre une carrière au sein de l’institution ;
  • la carrière d’une femme dépend du soutien de son conjoint. Ce dernier doit en effet en partie « adapter » sa propre carrière, civile ou militaire, afin de lui permettre de progresser ou de partir en opération. La famille est un facteur essentiel de la fidélisation, c’est pourquoi sa prise en compte est indispensable ;
  • la politique volontariste de promotion sociale initiée dans l’armée de terre trouve un écho favorable au sein du personnel féminin : sur les onze personnes inscrites au concours des oaea, six sont des femmes. Plus volontaires, ayant généralement une maturité plus grande, disposant d’un niveau scolaire en moyenne supérieur à celui des garçons, les femmes du régiment ont, pour beaucoup d’entre elles, une idée relativement claire de leur avenir. Plus accrocheuses et persévérantes, elles se voient généralement confier des postes de confiance. Cependant, appartenant souvent à des filières excédentaires (ressources humaines ou gestion), les evat féminines accèdent plus difficilement au corps des sous-officiers.

Si les femmes sont nombreuses à passer les différents concours qui leur sont proposés, force est de constater que les seules chefs de section féminins sont des officiers. En effet, avec huit compagnies et quarante et un chefs de section, nous ne trouvons qu’une femme (lieutenant emia) à ce poste dans les compagnies de transmissions. Le vivier de sous-officiers féminins pour ces emplois est de fait restreint : un major, trois adjudants-chefs et sept adjudants.

  • La discipline

Les femmes totalisent vingt-quatre jours d’arrêt en 2010 contre quatre cent trente-six pour les hommes et uniquement chez les evat, avec un maximum de quatorze jours. Il n’y a donc pas de problèmes de discipline avec ce groupe. Un seul cas de drogue a été soumis à sanction en deux ans, alors que pour les hommes nous traitons une quinzaine d’affaires par an. En ce qui concerne l’alcool ou les comportements déplacés, le nombre de sanctions est anecdotique.

Les rapports hommes/femmes ont évolué et « globalement » dans le bon sens. Certes, des attitudes inappropriées subsistent et il est impératif que le commandement garde un œil attentif sur cette question. Le milieu militaire reste viril et peut paraître encore sexiste. Le rôle du chef de corps est alors de faire prendre conscience à toute la chaîne hiérarchique de la nécessité d’être intransigeant sur cette question. La mise en place d’un « officier mixité » permet de produire un lien clair, connu et rassurant pour ceux et celles qui seraient victimes de discrimination. En fin de compte, il devient normal de travailler au sein de détachements mixtes et force est de constater que sur ce sujet l’écart est insignifiant avec la société civile.

  • Le niveau physique

La constitution physique des femmes est en moyenne moins adaptée que celle des hommes, mais cette différence se réduit dans le temps et est moins discriminante avec l’accession aux grades supérieurs (moins de port de charges ou de travaux physiques). De fait, le personnel féminin ne peut pas toujours s’acquitter des mêmes tâches que ses homologues masculins, en particulier celles requérant une certaine force physique. Les stations sic sont souvent composées de deux militaires et le port des unités collectives peut s’avérer trop difficile pour deux femmes au niveau physique moyen. Ainsi, cette incapacité, pour certaines, constitue de fait un handicap pour ces unités à la féminisation relativement élevée.

En opération extérieure, les unités d’appui sont désormais impliquées dans les actions de haute intensité, soit directement (prise à partie des convois logistiques), soit indirectement (attaques au mortier) ; c’est pourquoi la rusticité et l’endurance sont développées au régiment. Dans ce cadre, les femmes font souvent preuve de belles qualités d’opiniâtreté et de volonté.

  • Les opérations

Le 40e rt effectue tous les types de missions dévolues aux unités de la btac, qu’il s’agisse des missions proterre ou des projections en opération.

Les missions proterre nécessitent la création d’unités de circonstance en mesure d’être projetées soit dans un domcom soit sur un théâtre d’opérations. Chaque régiment prépare son unité afin qu’elle soit la plus performante possible. Pour sa part, le bataillon qui accueille la compagnie au centre d’entraînement commandos attend d’elle rigueur, discipline et une excellente condition physique. Les femmes projetées dans ce type de missions sont peu nombreuses, mais d’une très grande qualité. En 2010, le 42e rt a constitué une proterre pour une mission à Mayotte dont le commandant d’unité était une femme, mais qui, sur l’ensemble du personnel (cent dix-sept soldats), ne comptait que trois femmes dont une seule en section de combat.

Le 40e rt arme du personnel au profit des opérations extérieures. Dans ce cadre, les femmes participent à ces actions sans aucune restriction : à aucun moment le sexe n’entre en jeu dans l’élaboration des détachements. En effet, quel que soit l’individu, le travail du transmetteur est le même. Il est impensable de faire l’impasse sur l’armement d’un poste au prétexte que seule une femme dispose des compétences requises. Les sous-officiers maîtrisant le tce 621 (système de chiffrement otan) sont rares, il y en a deux au régiment, dont une femme : on ne peut se priver d’elle. De plus, les transmetteurs peuvent servir de renfort dans le cadre de missions de circonstance ou programmées (convois). Tout soldat est capable d’armer une 12,7 (mitrailleuse) sur un véhicule de l’avant blindé (vab). Le combat comme le tir font partie de la formation initiale puis complémentaire du combattant. En période de préparation avant une projection, l’ensemble des fondamentaux est revu, retravaillé.

Enfin, les femmes peuvent jouer un rôle essentiel hors de leur domaine de spécialité. Dans le cadre des opérations de contrôle de zone, par exemple, il peut être important de disposer de personnels féminins, en particulier lorsqu’il s’avère nécessaire de fouiller les autochtones de sexe féminin. Un Afghan n’acceptera jamais que sa femme ou sa fille soit touchée par un homme. Un chef de section du 28e rt a tenu ce rôle à plusieurs reprises lors de son mandat en 2009.

  • Vers une « normalisation » de la présence des femmes

La mixité n’est pas un problème au 40e rt. La conscience collective doit intégrer cette réalité, d’autant plus que la mixité est un fait qui devrait se renforcer dans les années à venir.

  • Une chance pour améliorer les résultats du régiment ?

Le programme pisa (Programme for International Student Assessment), organisé par l’ocde, vise à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres. La dernière étude date de 2009. Les résultats montrent qu’en France, les femmes obtiennent cinq cent quinze points sur six cents et les hommes quatre cent soixante-quinze. Le différentiel est donc de 9 %.

Ce pourcentage n’est pas anodin. Devant cette potentialité intellectuelle supérieure de la femme, le régiment pourrait adapter son fonctionnement. Si les femmes sont plus véloces intellectuellement que les hommes et qu’elles sont de plus en plus nombreuses en régiment, il serait alors possible de raccourcir les temps de formation, voire de posséder du matériel et des procédures plus complexes qu’elles maîtriseraient plus facilement et, en fin de compte, augmenter la capacité opérationnelle globale de l’unité.

  • La féminisation des unités sic est inéluctable

Le nombre de femmes au 40e rt n’a cessé de progresser depuis la professionnalisation du régiment dans les années 1995. Ce flux entrant s’est accompagné en interne d’un flux en provenance des sections de manœuvre (la raison d’être de l’unité) vers les groupes administratifs de compagnie et les services du régiment. Chez les sous-officiers, nous comptons plus de 70 % du personnel féminin dans le cœur de métier, chez les evat, la proportion est inverse : 63 % des femmes n’ont pas un eip sic. Pour cette population, la pénibilité du travail alliée à un niveau d’études supérieur aux hommes induit la recherche de « niches de compétences », secrétaires ou fourriers par exemple. La gestion par eip a réduit les mouvements, mais ils existent toujours. Un effet concret de ce flux est qu’aucun des candidats aux oaea n’est employé dans une section de manœuvre.

Cette augmentation continue du nombre de femmes au sein du 40e rt devrait être freinée par l’embasement. En effet, la cas disparaissant, la proportion de femmes pourrait descendre à hauteur de 11 % du personnel (les services les plus féminisés sont le cercle, les finances et la direction des ressources humaines). Le régiment se recentrant sur le cœur de métier et ne disposant plus de l’ensemble des postes d’environnement, nous verrons dans les prochaines années s’il est toujours aussi attractif pour la gent féminine.

  • S’adapter à une véritable armée mixte

Les régiments de l’armée de terre fonctionnent toujours comme si la totalité du personnel était de sexe masculin et les évolutions sont lentes sous prétexte de la réalisation de la mission opérationnelle qui, de fait, est fondamentale.

Aujourd’hui, le matériel est pensé en termes de capacité masculine. L’ergonomie des moyens n’est pas étudiée pour le service du personnel féminin : les groupes électrogènes sont lourds (trente à soixante kilos) et doivent être manutentionnés à bras ferme. Il est à noter que dans les anciennes stations de transmissions, un palan permettait une dépose à terre aisée. Il existe aujourd’hui des moyens beaucoup plus performants et moins lourds. Ayons le courage d’adapter nos expressions des besoins à une armée où les femmes, sans être majoritaires, pourraient représenter jusqu’à 20 à 25 % des effectifs. Les matériels doivent désormais être pensés comme devant être utilisés par des hommes et par des femmes ; il faut redéfinir leur taille, leur poids, la force physique nécessaire à leur utilisation... afin de construire des équipements en conformité avec ceux qui s’en servent tout en refusant un service moindre.

L’augmentation du nombre de femmes au sein du régiment induit une disponibilité différente au regard du statut de la femme dans notre société. En effet, le personnel féminin du 40e rt est jeune (vingt-sept ans) et, au sein de la population française, l’âge du premier enfant est de plus en plus tardif (trente ans). Dans le même temps, les mères célibataires sont de plus en plus nombreuses et le régiment connaît une dizaine de cas dont la plupart chez les evat. Dans ce cadre et afin de conserver une maîtrise du personnel, il est nécessaire de mettre en place des moyens de garde d’enfants, voire sans doute, un jour, d’internat. Un sous-officier radio est en effet susceptible de partir en opération une fois par an.

Un régiment armé à hauteur de 15 % de femmes se commande donc de la même façon qu’un régiment disposant de moins de ressources féminines. Cependant, il doit, sur certains sujets, établir un rapport différent à sa population afin de prendre en compte des éléments que l’institution découvre timidement depuis une dizaine d’années. Il est un fait que la féminisation induit de nouvelles missions pour le commandement et, surtout, imposera dans l’avenir la prise en compte plus complète de l’environnement global du soldat.

En tout état de cause, le 40e rt n’est pas moins opérationnel qu’une unité disposant de moins de femmes. Le serait-il plus avec une population féminine plus importante ? Il est impossible de le dire.

Les changements se feront au rythme des impératifs et de l’augmentation du nombre de femmes, et uniquement si cela s’avère nécessaire. Cependant, inscrivant notre action en opération extérieure dans un cadre interallié, les évolutions et les prises en compte existant au sein de l’otan irrigueront aussi l’armée de terre. Il existe déjà au sein de l’état-major des armées un personnel en charge de cette réflexion 

1 Une compagnie proterre est constituée à partir d’une unité élémentaire des forces terrestres, en dehors de son domaine de spécialité. Elle a pour vocation à être engagée sur le territoire national ou dans une zone d’opérations en tant qu’unité de combat sans moyens spécifiques.

2 Engagé volontaire de l’armée de terre, c’est-à-dire militaire du rang.

Être mère et opérationnelle... | M.-D. Colas
A. Delahaye | Une simple question de chiffre...