Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°42 | Guerre et cinéma

Pierre Laborie
Penser l’événement
1940-1945
Paris, Gallimard, 2019
Pierre Laborie, Penser l’événement, Gallimard

Pierre Laborie, historien des « années sombres », était trop peu et trop mal connu. Le mal sera réparé par ce Penser l’événement, un recueil posthume d’articles, dont beaucoup d’inédits, édité par Cécile Vast et Jean-Marie Guillon. Avec lui, on approche mieux ces années-là et l’on entretient la double nécessité de les comprendre et la volonté d’en transmettre le souvenir. Laborie avait levé le voile dans son premier travail, Résistants, vichyssois et autres (Éditions du cnrs, 1980), où éclatait toute la richesse d’une histoire tenue alors pour trop locale et quasiment négligeable. Car son département du Lot passé au peigne fin montrait bien sûr le cheminement croisé du pétainisme et de la Résistance après 1940, puis « l’insurrection nationale » face à la Das Reich en 1944. Mais surtout, il mettait à sa vraie place l’histoire des « autres », ce mélange instable d’opinion dite publique et de comportements dits privés, familiaux ou locaux ; cette temporalité chaotique vécue aux couleurs d’une France anonyme, quotidienne, attentiste, ambivalente, mais aussi, ô surprise, ravivée dès 1943 par la montée sociale et morale d’un « non-consentement » de moins en moins aveugle et silencieux, que seul Laborie osait et savait déjà mesurer. D’autres livres ont ensuite élargi cet horizon lotois, notamment L’Opinion française sous Vichy (Le Seuil, 2001) et Le Chagrin et le Venin. Occupation. Résistance. Idées reçues (Bayard, 2011). Pierre Laborie y a éclairci pas à pas les mots qui hantaient alors tant de Françaises et de Français : peuple et mort, peur et futur, défaite et résistance, haine et épuration. Il a scruté ce pays éclaté et vert-de-grisé, tournant la page Pétain en 1943 et puisant dans ses dernières forces vives pour attendre, piétiné, douloureux et bancal, une délivrance qui viendra, tout en un, des Alliés, de l’homme du 18-Juin et du maquis du coin. Une description au scalpel et sans idées reçues du village français occupé, avec ses salauds et ses Justes, ses persécutés et ses calfeutrés, ses profiteurs et ses patriotes ; avec, surtout, un « non-consentement » qui a suinté de toutes parts et peu à peu gagné massivement l’opinion. On retrouve la somme du travail de Pierre Laborie dans ce Penser l’événement plein de vérités mieux établies et de légendes mises à l’os, parsemé de méditations sur la part de l’historien et celle des enjeux mémoriels dans la connaissance vraie de ce temps de guerre inouï, à l’étrangeté monstrueuse. Ses amis viennent aussi de publier, à l’initiative corrézienne de Gilbert Beaubatie, Pierre Laborie. Hommages et témoignages (Brive, Mille Sources, 2019).


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