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N°40 | Patrimoine et identité

Dominique Cambournac

Le patrimoine de l’armée de terre, réseau professionnel et enjeux

Deuxième acteur culturel de l’État après le ministère de la Culture, le ministère des Armées a hérité, conserve, et continue d’enrichir et de valoriser un patrimoine considérable, immatériel et matériel. Relèvent du patrimoine immatériel les valeurs du monde combattant, les comportements spécifiques dans l’univers militaire, le cérémonial, les us et coutumes, les fêtes et les célébrations, les chants et musiques, les traditions et les cultures d’armées, d’armes ou de spécialités, de subdivisions d’armes, de services et de grandes directions. Sans oublier l’histoire, dont l’étude et la connaissance restent le socle sur lequel s’appuie toute décision ou qui apporte, a minima, un éclairage toujours pertinent à ceux qui sont en charge de commander.

Plus facile à appréhender, le patrimoine matériel s’est constitué depuis les temps anciens dans les arsenaux royaux ou au travers des collections princières à vocation pédagogique – les « petits modèles » d’artillerie servant à l’éducation des princes – ou diplomatique – les maquettes de vaisseaux de guerre ou les « plans en relief » longtemps exposés au Palais du Louvre pour témoigner de la puissance du pays. Les collections se sont également constituées plus récemment avec la création des musées, qu’il s’agisse des trois grands établissements publics, musée de l’Armée1 (1905), musée de l’Air (1919) et musée de la Marine2 (1943), ou des collections propres aux armées et services : musée du Souvenir à Saint-Cyr (1912) ou musée du service de santé au Val-de-Grâce (1916).

Par ailleurs, dans l’armée de terre, les nécessités de l’instruction ont conduit à accumuler dans les écoles d’armes des collections techniques témoignant de l’évolution des systèmes – culasses de fusils ou de canons, trains de roulement du char –, qui ont permis la sauvegarde d’un patrimoine que la simple gestion comptable condamnait à l’élimination lors du retrait de ces matériels du service courant… Les musées ont également servi de conservatoire du patrimoine des régiments dissous.

Fruits de ces évolutions, seize musées créés à partir de 1962 dont trois reconnus musées de France sont ainsi gérés par l’armée de terre. Organisés en huit pôles muséaux, ils accueillent plus de deux cent mille visiteurs par an. Désormais, le grand public, comme les associations d’amis des musées autant que la générosité des particuliers permettent un enrichissement des collections.

Assurée par des passionnés jusqu’à la fin du xxe siècle, la gestion du patrimoine des armées s’est professionnalisée avec l’adoption de normes en vigueur au ministère de la Culture dans le cadre du protocole Défense-Culture (1994, actualisé depuis) et avec la volonté d’« ouvrir les musées vers la ville ». Dès 1993, l’état-major de l’armée de terre crée en son sein une Délégation au patrimoine historique et culturel (delpat) ; en 1995 est adopté le schéma directeur des musées de l’armée de terre, plusieurs fois amendé depuis, qui a déjà permis la rénovation et la mise aux normes de treize établissements. L’achèvement de ce premier cycle approchant, un nouveau schéma ambitieux est à l’étude pour permettre à ces musées de jouer un rôle majeur au sein de la société civile afin de faire connaître l’armée de terre et susciter ainsi des vocations indispensables à la pérennité de notre outil de défense. En 1996, dans le cadre des formations de seconde partie de carrière, un premier officier d’active rejoint l’École nationale du patrimoine pour acquérir la qualification de conservateur de musée. D’autres officiers sont orientés vers l’École du Louvre. Parallèlement, l’armée de terre recrute des officiers sous contrat, le plus souvent diplômés de l’École du Louvre ou de l’université. Entre 1997 et 2018, vingt-huit ont obtenu ces différentes qualifications avant d’être nommés conservateurs. Leurs collaborateurs bénéficient de stages au musée de l’Armée ou au sein d’établissements culturels de proximité, ou encore de sessions spécifiques régionales, leur permettant d’acquérir ou d’enrichir leur savoir-faire.

Les collections patrimoniales sont également le fruit d’une histoire guerrière avec la récupération des trophées sur les champs de bataille et la collecte des souvenirs des anciens pieusement conservés dans les musées, mais également dans les salles d’honneur des formations dont le général Boulanger, ministre de la Guerre (1886-1887), a encouragé la création ou le développement. Les salles d’honneur de l’armée de terre sont gérées par les officiers traditions du corps de troupe (otct), fonction créée en 1993. Organisés par les conservateurs de musée, des stages de formation réunissent régulièrement ces officiers par arme ou par subdivision d’arme.

Enfin, la chaîne des experts du patrimoine de l’armée de terre bénéficie également de l’expertise d’historiens, organisés eux aussi en un réseau animé par l’officier référent Histoire de l’armée de terre, adjoint Histoire du général commandant la delpat. Le dialogue permanent et les échanges réalisés à l’occasion des conseils scientifiques, des journées d’études ou des colloques, des publications, des réunions annuelles ou des séminaires des officiers conservateurs et historiens garantissent à l’armée de terre la mise en valeur de son patrimoine historique et culturel, matériel comme immatériel : outil de cohésion, comme de rayonnement, le patrimoine garde surtout la trace du sacrifice de nos anciens et témoigne de l’exemple qu’ils ont donné, matrice de l’idéal que chaque cadre et soldat s’engage à suivre. En ce sens, la collection de l’armée de terre contribue elle aussi à la fiabilité opérationnelle des forces.

1 Héritier du Conservatoire de l’artillerie (1683) et de son successeur, le musée de l’Artillerie, né en 1796 et installé aux Invalides en 1871, et du musée historique de l’Armée fondé en 1896.

2 Issu d’une collection offerte au roi Louis XV, installée au Louvre de 1752 à 1793 puis de 1827 à 1939.

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