Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°29 | Résister

Jean Pouget
Le Manifeste du camp n° 1
Le calvaire des officiers français prisonniers du Vietminh
Paris, Tallandier, 2014
Jean Pouget, Le Manifeste du camp n° 1, Tallandier

Ce livre de quatre cent soixante pages est-il un roman ou un document ? C’est apparemment les deux et l’auteur a choisi ce style hybride afin d’évoquer avec force et humanisme le calvaire des officiers français prisonniers du Vietminh en 1950. S’il est des choses que l’on peut imaginer, il est en effet difficile de se représenter la réalité des faits lorsqu’il s’agit de souffrance physique ou morale appliquée à des êtres impersonnels. S’appuyant sur les témoignages des rescapés du camp de prisonniers de Na Leng qu’il rejoignit après la chute de Dien Bien Phu, soit quatre années après l’arrivée des premiers, Jean Pouget donne à son témoignage une intensité et une humanité qui nous font entrer dans le récit avec les tripes et le cœur. Ses descriptions de la vie familiale et des événements antérieurs à leur captivité donnent à ces officiers français une humanité et rappellent à ceux qui l’auraient oublié qu’un soldat est aussi un mari, un père… De prime abord, cet exercice paraît illusoire ou inutile, car il apporte au milieu du récit de faits graves et poignants un aspect « eau de rose » un peu décalé. Il crée en fait un pathos qui fait la force de ce récit. Les tortures morales, les sévices physiques ne sont pas appliqués à des soudards ou à des mercenaires, mais bien à des êtres humains qu’il nous rend presque intimes.

Sous-alimenter délibérément des hommes, leur faire subir des épreuves physiques qui les mènent à la limite de leur résistance dans un climat inhospitalier est, à n’en pas douter, de la torture. Même si le but n’est que de les amener à reconnaître une vérité doctrinaire, l’état physique des prisonniers ne peut permettre d’en douter. Le processus « scientifique » suivi par le commissaire politique ne l’empêche pas de se venger par jalousie d’un jeune officier qui a trouvé une âme sœur dans le village. L’objectif de retourner ces officiers français justifie tous les moyens jusqu’à leur dénier leur humanité, leur honneur ou les envoyer à la mort. Est-ce pour cela qu’ils signeront un manifeste de la paix ? Non, ils le feront sur l’ordre du plus opposé à cet acte, du plus têtu dans ses résolutions, qui finira par en mourir mais prendra la décision d’éviter cette fin à ceux sur lesquels il possède un ascendant moral et une responsabilité.

Il se trouvera bien toujours quelqu’un pour dire que ce n’est qu’un roman qui exagère les faits, ou un Boudarel pour dire qu’il ne s’agissait que d’idéologie… Un homonyme, lieutenant à Dien Bien Phu, m’a certifié que le contenu de ce livre reflétait l’exacte vérité et correspondait à ce qu’il m’avait effectivement expliqué avec pudeur et retenue, à ce qu’il avait vécu en tant que prisonnier. Quand je le recroiserai, je ne pourrai m’empêcher de regarder différemment cet homme énergique et décidé…

Philippe Mignotte

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