Numéro 38

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DOSSIER

Sexualité et chansons de soldatsThierry Bouzard
Si les armées sont un monde essentiellement masculin, du moins dans leur organisation historique, elles ont toujours intégré des femmes, mais seulement récemment des combattantes. Moyen d’expression de la troupe, les chansons des soldats témoignent de l’importance de cette présence féminine hier, comme de la féminisation aujourd’hui.
Le viol de guerre, la guerre du violPhilippe Rousselot
Le viol de guerre est plus que le viol tel que le définit le Code pénal. Il est une violence sexuelle où se mêlent de manière systématique un surcroît de cruauté et une intention directrice imputable à d’autres que les violeurs eux-mêmes. Comment combattre ce fléau de manière efficace ?
La pin-up, érotisme et patriotisme américain durant la seconde guerre mondialeCamille Favre
Représentation féminine érotique populaire employée de manière massive durant la Seconde Guerre mondiale pour « remonter le moral des troupes » sur le front et soutenir l’effort de guerre du pays, symbole de légèreté et d’insouciance, la pin-up est en fait un instrument réfléchi de stratégie militaire.
Les représentations féminines dans la symbolique de la colonialeAntoine Champeaux et Éric Deroo
Lorsque l’on cherche à étudier la représentation de la femme dans les affiches, insignes et emblèmes de la coloniale, il apparaît que celle-ci est fort peu présente. Comment expliquer cette absence, alors même que les personnages féminins sont très présents au cinéma, dans la chanson et dans la littérature, qui portent l’imaginaire colonial et exotique du temps ?
WargasmeYann Andruétan
Sexe et violence forment un couple pervers. Il existe un érotisme de la violence comme une violence érotique, et les deux fascinent. L’érotisme de la violence s’exprime à travers l’excitation provoquée par les jeux, notamment vidéo, mais aussi dans l’usage de l’arme. La violence, elle, devient érotique quand elle est destinée à altérer sa dimension perverse.
Aumônier en opexNathalie Desplanque-Guillet
Aumônier aux armées, pasteure, Nathalie Desplanque-Guillet est partie à plusieurs reprises en opération extérieure. Sans responsabilité de commandement, présente auprès de tous, sa spécificité l’a placée en position d’accompagnatrice et d’observatrice, un véritable capteur d’ambiance. Elle livre ici ses observations du terrain et les réflexions qu’elle en tire.
Le chant des sirènesJean-Marie Dumon
Le marin évolue dans un univers particulier, clos, communautaire, hostile à l’intimité. Le sexe en mer se veut banni, inconciliable avec le nécessaire besoin de solidarité et de discipline. La gestion de la sexualité de son équipage est donc une préoccupation du commandement, que ce soit à bord ou en escale, hier comme aujourd’hui.
Viols et stratégieHervé Pierre
Arme de terreur du fort pour imposer sa domination, le viol est à ranger dans la catégorie des « crimes de guerre ». A contrario, ruse du plus faible pour frapper la source de puissance du plus fort, son instrumentalisation se développe de façon exponentielle pour autant que, via les médias, elle offre une arme de destruction massive bon marché.
Le bataillon sacré de Thèbes : « à la vie, à la mort »Xavier Darcos
« Si une armée pouvait n’être composée que d’amants et d’aimés, […] elle pourrait presque vaincre le monde entier. Car s’il est quelqu’un de qui l’amant ne voudrait pas être vu quittant son rang ou jetant ses armes, c’est celui qu’il aime », écrit Platon. Un mythe ?
Quand le djihadiste est une femmeGéraldine Casutt
Passives ? Dupées ? Victimes ? Si la problématique du djihadisme au féminin reste aujourd’hui difficile à appréhender, il faut cependant prendre garde à ne pas la réduire à une dimension émotionnelle qui serait déconnectée d’un ensemble de convictions indispensables à un tel engagement. État des lieux.
« Docteur, vous vous occuperez des filles »Patrick Clervoy
Au milieu des années 1980, Patrick Clervoy, jeune médecin fraîchement diplômé, prend son poste au camp Leclerc, à Bouar, en Centrafrique. Dès son arrivée, il apprend que l’une de ses missions est de s’occuper des « hôtesses ».
Le dernier bmcDaniel Weimann
Lorsqu’en 1967 le 2e rep quitte l’Algérie et s’installe à Calvi, il emporte dans ses bagages son bordel de campagne. Daniel Weimann, médecin au régiment de 1970 à 1974, raconte ici l’organisation du « pouf » et les mesures prophylactiques draconiennes mises en place pour les pensionnaires comme pour les légionnaires.
Le soldat et l’amourChristian Benoit
En temps de guerre, pressés de se prouver qu’ils sont toujours vivants en dépit des combats, les soldats s’unissent à des femmes seules, aux vies bouleversées, qu’ils rencontrent, mais aussi à des prostituées occasionnelles ou déclarées, pour des accouplements rapides et sans lendemain.
Et la vie de couple, bordel !André Thiéblemont
Dans nos sociétés occidentales, en trois ou quatre décennies, les pratiques sexuelles, les rapports entre les sexes et les comportements qui en découlent se sont radicalement modifiés. Le milieu militaire constitue un excellent observatoire : un regard comparatif entre hier et aujourd’hui sur les conditions de la sexualité du soldat en campagne, sur la situation du conjoint et sur les rapports au sein du couple peut donner la mesure de cette mutation.

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Numéro 37

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DOSSIER

Ces armes de destruction pas très mineuresPhilippe Chapleau
La guerre n’est pas un jeu, or des milliers d’enfants la font au sein d’institutions militaires, de groupes armés, de gangs mafieux ou d’organisations terroristes. Volontaires parfois, recrutés de force le plus souvent, ils constituent un défi tant tactique que stratégique que doivent relever les forces de sécurité.
À l’école de l’État islamique : les « lionceaux du califat »Wassim Nasr
Dès son implantation en Syrie, l’éducation et la formation des enfants et des adolescents furent une priorité pour l’État islamique. Il a ainsi mis en application une stratégie indispensable à son modèle de société, à sa pérennité et à celle de son idéologie.
Dans un camp de réfugiésMohammed Gartoum
L’Agence des Nations unies pour les réfugiés estime le nombre de personnes réfugiées dans le monde à vingt-trois millions et de personnes déplacées à soixante-cinq millions. Plus de la moitié d’entre elles ont moins de dix-huit ans. Mohammed Gartoum, psychiatre militaire marocain, rapporte ici son expérience auprès des enfants du camp de Zaatari, en Jordanie.
L’étrange destin de Saïd FerdiPatrick Clervoy
Entre dix et quinze ans, Saïd Ferdi fut chahuté entre fln et armée française, ses bourreaux devenant ses protecteurs. Or à aucun moment de son autobiographie publiée en 1981 il ne porte de jugement sur les protagonistes de son histoire : entré dans la guerre enfant, il y est resté avec son jugement d’enfant. Retour sur un étrange destin.
Des enfants-soldats à Sparte ?Françoise Ruzé
Longtemps les historiens, en s’appuyant sur les écrits de Plutarque, ont décrit un rapport obsessionnel à la guerre dans les pratiques éducatives spartiates, faisant des jeunes Lacédémoniens de véritables enfants-soldats. Une vision largement remise en cause aujourd’hui.
Enfant de troupe et enfant-soldatElrick Irastorza
Pour le général Irastorza, il convient de s’élever contre l’amalgame entre enfant de troupe et enfant-soldat que certains pourraient, par ignorance, être tentés de faire. Il montre ici, à travers le récit d’une partie de sa vie, qu’aucun parallèle n’est possible entre l’une et l’autre de ces conditions humaines.
Enfant de la guerre, enfant de troupe, homme de guerre ?Jean-René Bachelet
« Comme tous les pupilles de la nation, je suis un enfant de la guerre. » Ainsi commence ce récit. Après avoir été enfant de troupe dès dix ans, puis avoir passé cinquante ans sous l’uniforme, son auteur se demande si, « né de la guerre », il a été « élevé pour la guerre », ce qui l’aurait « voué à la guerre ». L’histoire d’une vie marquée par l’amour de la France et le culte de ses valeurs fondatrices.
« Ton père est toujours à côté de toi »Jean-Luc Cotard
Inflexions a rencontré un frère et une sœur, orphelins d’un officier mort en Indochine dans un camp de prisonniers. L’un semble très détaché du sujet, l’autre avide de détails sur la vie de ce père qu’elle n’a pas connu. Un article qui ne cherche pas à théoriser, mais expose par petites touches cette recherche du père.
1953 : prise d’armes aux InvalidesThierry Gineste
Le lieutenant Paul Gineste est mort le 11 janvier 1952 en Indochine. Son fils Thierry, alors qu’il était âgé d’à peine cinq ans, reçut en son nom les insignes de la Légion d’honneur des mains du général Monclar dans la cour d’honneur des Invalides. Aujourd’hui psychiatre reconnu, il revient sur sa douleur d’enfant, sur sa vie bouleversée, sur son deuil impossible.
« Papa est mort en Afghanistan »Nicolas Mingasson
Après avoir partagé pendant un an la vie d’une unité de combat engagée en Afghanistan, Nicolas Mingasson, photographe et grand reporter, a publié un recueil d’entretiens menés avec les parents, les épouses, les enfants, les frères d’armes et les chefs des soldats français morts là-bas. Il reprend ici ce travail pour tenter de cerner le deuil de l’enfant.
Né de père allemandFrancis Boulouart
Francis est né le 23 janvier 1943. Sa mère, Georgette, est une jeune habitante de Calais. Son père, Willi, est… un soldat de la Wehrmacht, qui occupe alors la ville. Francis est un « fils de Boche ». Récit d’une quête d’identité.
Le patriotisme dans l’école en France de 1870 à 1939Entretien avec Olivier Loubes
Contrairement à ce que laissent entendre des discours trop souvent simplistes, si l’école des années 1870-1939 a bien façonné un sentiment citoyen républicain chez les Français, qui débouche sur l’obligation naturelle de prendre les armes, elle s’est toujours refusé à former des soldats.
Qu’est-ce que la guerre ? Mots d’enfants
Pour Inflexions, des enfants d’une classe de CE2 et d’une classe de CM2 ont répondu à la question : « Qu’est-ce que la guerre ? »
Au risque de la transmissionYann Andruétan
En intégrant dans notre récit personnel des enseignements qui vont bien au-delà des injonctions, des savoirs, des rites, des cultures, nous intégrons une longue chaîne de transmission qui fait de nous des héritiers. Or transmettre n’est pas un acte évident et simple. Pour un militaire, c’est se préparer à l’improbable.
Tout chef a été un enfantÉmilien Frey
Souvent premières victimes des heurts des combats, certains enfants souhaitent pourtant embrasser le métier des armes. Quels sont les ressorts de ces histoires individuelles qui entraînent le futur adulte à faire ce choix lourd de sens et à tout mettre en œuvre pour devenir un chef ?
Images du royaume de la mortAvigdor Arikha, 1942-1943
Déporté, Avigdor Arikha, âgé de douze ans, a secrètement dessiné l’horreur qui l’entourait. Une œuvre qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’art. Inflexions publie aujourd’hui certains de ces dessins.
Bara, du héros de papier à l’enfant exemplaireJean-Clément Martin
Parmi les symboles que la IIIe République invoque, après 1870, pour légitimer le nouveau régime, le jeune Bara, tué durant la guerre de Vendée, occupe une place importante. Comment rendre compte des vies réelle et imaginaire de cet enfant, soldat et martyr pour les uns, voleur de chevaux et imposteur pour les autres ?
Dessiner la guerre
Durant toute la Grande Guerre, les écoliers de Montmartre ont, en classe, dessiné la guerre au quotidien. Inflexions présente quelques-unes de leurs œuvres.
L’image des enfants dans les cartes postales de la grande guerreMichaël Bourlet
En 1914-1918, les enfants s’imposent comme l’un des grands enjeux de la guerre et l’un des instruments de la mobilisation générale. Leur image est abondamment exploitée par la propagande, notamment par le biais des très populaires cartes postales.
L’enfant et les sortilèges de la guerreYann Andruétan et Aurélie Éon
Faut-il laisser les enfants jouer à la guerre ? Entre ce qui apparaît comme un passage obligé et le souhait d’épargner aux plus jeunes l’exposition à la violence, il est difficile de trancher. Or interroger la place de celle-ci chez les enfants revient en fait à examiner son origine et la place qu’elle tient dans notre culture.
Enfance et violenceFrédérique Gignoux-Froment et Jokthan Guivarch
De prime abord, la guerre semble être la forme de violence la plus extrême à laquelle un enfant peut être exposé, avec des conséquences majeures sur son développement psychique. Néanmoins, moins visibles, les violences quotidiennes, au sein des foyers ou dans les écoles sont une autre voie du traumatisme psychique.
Le scoutisme ou l’espérance d’un monde meilleurPierre-Henri Bertin
« Les outils de la guerre peuvent devenir, auprès de la jeunesse, les outils de la paix et du développement humain, moral et spirituel », disait Baden-Powell. En mettant au centre de son projet le développement individuel des jeunes par les jeunes, avec comme clé de voûte la confiance et le sens de l’engagement, le scoutisme est d’une grande modernité et d’une actualité évidente.

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Numéro 36

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DOSSIER

Le nœud gordienJean-René Bachelet
Quel sens peut avoir l’engagement militaire quand la « survie de la nation » n’est plus en jeu ? En 1999, un document intitulé « L’exercice du métier des armes dans l’armée de terre. Fondements et principes », a cherché à apporter une réponse. Aujourd’hui que l’ennemi a ressurgi au cœur de nos sociétés, les principes énoncés voici bientôt deux décennies sont-ils pour autant invalidés ?
Société héroïque et société posthéroïque : quel sens pour l’action ?Monique Castillo
On peut parler de société « posthéroïque » de deux manières : la première caractérise un pacifisme qui croit révolu le temps des guerres, la seconde regarde la course à l’innovation technologique comme ce qui peut libérer l’homme de la condition humaine. La réalité militaire contraint de poser, par-delà l’estimation de sa performance, la question du sens de l’action.
Rationalité éthique et maîtrise de la violence arméeArmel Huet
Les évolutions et les circonstances des guerres ne peuvent que modifier l’action militaire, constamment sommée de s’adapter. En revanche, elles ne changent en rien l’exigence éthique de la maîtrise de la violence qu’elle doit y inscrire et sans laquelle elle perd sa contribution à la construction de la société et de la paix.
La finalité de la guerre est-elle la paix ?
Plaidoyer pour la politiqueJohn Christopher Barry
Aujourd’hui les guerres ne sont plus des affrontements entre deux armées permanentes dans un duel de puissance de feu, mais des conflits de revendication du monopole de la violence légitime. La politique, source et cause des conflits armés, serait-elle le seul recours contre la guerre de tous contre tous ?
Légitimité et légalité de l’action militaireMarc Guillaume
S’interroger sur le sens de l’action militaire impose de déterminer ce qui peut la justifier. Or il serait inconséquent de se contenter du seul renvoi à la légitimité. La réflexion doit, en la matière, fondamentalement renvoyer à la légalité de cette action, tant au plan international qu’au plan interne.
De l’épée à l’outil : l’armée, communauté ou instrument ?Philippe Vial
Parler d’« outil » militaire ou de défense relève aujourd’hui du cliché. La réification de l’armée accueille pourtant aussi l’exaltation du soldat-citoyen, qui conduit à faire de la France une épée. Un hiatus qui oblige à relativiser l’évidence de cette image et à s’interroger sur les enjeux de son omniprésence actuelle.
Quel sens pour l’action militaire un siècle après 1917 ?Benoît Durieux
Les hécatombes de la Grande Guerre ont conduit à une tentative de mettre fin à la guerre en la rendant injustifiable, impensable et inutilisable. Ce qui a rendu difficile de penser le sens de l’action militaire. Aujourd’hui, la tentation est de la rendre indiscernable, accroissant le risque de l’affranchir de toute limite. Il nous faut nous interroger sur notre responsabilité dans ce processus.
Paix-Guerre : le monde selon André BeaufreHervé Pierre
« Ce n’est plus la paix et pas encore la guerre telle que nous l’envisageons, mais un état intermédiaire que nous appellerons la paix-guerre », écrit André Beaufre en 1939. Un concept qui envisage paix et guerre non plus comme une alternative mais dans un rapport de modulation, et qui pourrait bien être celui qui caractérise notre époque.
La nouvelle donneEntretien avec Didier Castres
Face à un contexte géostatégique nouveau caractérisé par la conjugaison de la mondialisation, de la révolution numérique et de la disparition de l’ordre bipolaire issu de la guerre froide, comment nourrir et structurer les réflexions politico-militaires ?
Des estafettes au digitalOlivier Kempf
Le sens de l’action n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire, pour de multiples raisons parmi lesquelles le facteur technique joue un rôle indubitable. À l’heure du cyber, du numérique et du digital, en attendant les intelligences artificielles, qu’en est-il de la responsabilité du chef et de sa qualité à prendre les décisions ? Il est déjà temps de s’interroger.
Le rempart fissuréBrice Erbland
Aujourd’hui, menace terroriste oblige, le soldat qui part en opération extérieure peut avoir peur pour sa famille, en danger à tout instant sur le territoire national. Que devient alors son sens de l’engagement intrinsèquement fondé sur la protection des siens ? Le rempart national que représentent nos forces armées peut-il se fissurer ?
Vaincre l’hydre de MossoulSébastien Burette
Le terrorisme islamiste incarné par l’EI est aujourd’hui une menace de premier ordre, tant intérieure qu’extérieure. L’élargissement du combat au champ de bataille immatériel est indispensable pour remporter une victoire décisive. Grâce à leurs capacités propres et au modèle social qu’elles incarnent, les forces armées pourraient y contribuer activement.
Combattre et développerRémy Rioux
Depuis une dizaine d’années, les crises internationales connaissent plus de métastases violentes que de résolutions pacifiques. Confrontés à cette profonde mutation, soldats et spécialistes du développement doivent se rapprocher. Car le sens de l’engagement militaire et de l’engagement des acteurs du développement convergent autour d’un défi commun : gagner la paix.
Pourquoi s’engage-t-on ?Thierry Marchand
L’armée de terre évalue chaque année trente mille jeunes Français et en recrute environ quinze mille. Derrière chaque candidature se cache un champ de motivations complexes qui peut nous en apprendre sur le sens de l’engagement individuel et, par là, sur la perception collective que cette jeune génération se fait de l’emploi de la force armée.
Le rôle du chef : donner du sensÉmilien Frey
Dans la rudesse des heurts, dans la douleur de la mort, la conscience ébranlée du soldat recherche invariablement la direction salvatrice à suivre, un cap, un espoir auquel se raccrocher. Le rôle du chef est là : être celui qui parvient à donner du sens quand tout semble en être dépourvu.
Affronter la guerre d’aujourd’hui sans perdre son humanitéPhilippe Barbarin
Dans un article personnel et spirituel, le cardinal-archevêque de Lyon loue l’importance d’une préparation morale aux métiers de la guerre, car dans ce lieu de l’expérience de la violence, les gens d’armes doivent fortifier des remparts intérieurs indispensables à la sauvegarde de leur humanité. Il présente aussi, ce que signifie la paix dans la religion chrétienne.

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Numéro 35

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DOSSIER

À Thomas/Denzel, ce soldat mort au combat qui était mon fils
Marie-Christine Jaillet
Thomas, membre du cpa 10, engagé dans l’opération Barkhane, est mort au combat au Mali, dans le massif du Tigharghar, le 29 octobre 2014. Sa mère, chercheuse de profession, porte témoignage ici pour la première fois de la façon dont ce décès a bouleversé sa vie.
La mort d’aujourd’hui est inédite, presque inhumaineDamien Le Gay
Rien ne s’arrête plus quand une personne vient à mourir. Pire : le transport des cadavres est désormais considéré comme une nuisance. Cette manière « moderne » de mourir remet en cause le programme de l’humanisme. Si nous n’aménageons plus un moment de répit partagé face à la tragédie de notre finitude inéluctable, ne remettons-nous pas en cause l’affirmation de notre liberté ?
La mort au front : vérité de la vie ?Monique Castillo
La mort au front nie la mort en s’exténuant elle-même dans une ultime élévation à une vie plus haute. La bravoure guerrière atteint alors un sommet indépassable : la conversion de la vie charnelle en pure énergie. Savons-nous encore lire ce qu’Ernst Jünger et Pierre Teilhard de Chardin ont révélé de leur expérience du front pendant la Grande Guerre ?
En poèmesThierry Marchand
Blaise Cendrars écrivait : « Le métier d’homme de guerre est une chose abominable et pleine de cicatrices, comme la poésie. »
Voir sa finÉvelyne Desbois
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Français connaissent une exceptionnelle période de paix sur leur territoire, à peine troublée par le souvenir des poilus encore présent dans les mémoires familiales. Disparaît ainsi la connaissance, même fragmentaire et floue, de la guerre. D’où la nécessité d’un retour sur le terrain des combats, là où l’individu vit sous la constante menace de sa mort imminente.
Le vol du frelonHervé Pierre
Le vol du frelon est pour Maurice Genevoix ce bourdonnement macabre qui suit sa vie durant le soldat qui a « sauvé sa peau », mais a vu, en face, le néant de la mort. À partir d’une décoction d’expériences opérationnelles, quelques traits caractéristiques qui encadrent la question du syndrome post traumatique.
Le soldat, la violence et la mortJean-René Bachelet
Avec la professionnalisation et l’engagement de l’armée loin du territoire national se révélait la spécificité du métier des armes : un rapport singulier avec la mort, non pas tant la mort à laquelle le soldat est exposé que celle qu’il peut être conduit à donner. Rédigé voici bientôt vingt ans, le texte reproduit ici est au cœur du sujet de ce numéro et n’a pas pris une ride.
Le coût de la vie. L’évitement du risque et le transfert de la mort
Michel Goya
Le risque de mourir est un phénomène incompressible. Plus on le réduit pour ses soldats, plus on le transfère aux autres, ennemis, alliés et même civils. Ce qui peut engendrer en retour une inefficacité stratégique et des situations absurdes où les soldats de deux camps ne se combattent plus directement et finissent par faire prendre plus de risques aux civils qu’à eux-mêmes.
Afghanistan : rencontre avec la mort à GwanAudrey Ferraro
20 janvier 2012 : un membre de l’armée nationale afghane ouvre le feu sur des soldats français à l’intérieur de la base de Gwan. L’auteur a recueilli de nombreux témoignages de ces soldats et médecins confrontés à la mort de leurs camarades dont elle livre ici quelques extraits.
La malédiction de CaïnPatrick Clervoy
Tuer un camarade, un frère d’armes, est sans doute l’un des pires tourments émotionnels auxquels un homme puisse être confronté. À partir du récit de cas concrets, l’auteur s’interroge sur l’action du « psy » et affirme que la malédiction n’est pas la règle.
Le dégoûtYann Andruétan
De retour du feu, nombre de soldats ne supportent plus la violence et sont désormais incapables de tuer, victimes d’un état de stress post traumatique. Et si le trauma était un mécanisme de sauvegarde de l’espèce ?
Honorer les mortsPhilippe Pasteau
Immenses tableaux d’honneur, les monuments aux morts énumèrent les noms de ceux déclarés « morts pour la France » et s’élèvent en dernier rempart contre l’oubli. Après la Grande Guerre, l’universalité de l’hommage est inédite, puisque ce dernier s’étend jusqu’au niveau communal tandis que corporations, associations et organismes religieux l’amplifient.
La figure du soldat tué au combat dans les discours du 11 novembre
Brice Erbland
De la cérémonie du 11 novembre 1920, durant laquelle le Soldat inconnu fut amené à l’Arc de Triomphe, jusqu’au plus récent anniversaire de l’Armistice en novembre 2016, les chefs d’État successifs ont prononcé des discours de commémoration dans lesquels le soldat mort pour la France tient une place variable, marque du rapport de la société et des politiques avec celui-ci.
Je me souviensSteve Jourdain
Comment le Canada honore-t-il ses enfants morts au combat ? Explications et témoignage d’un lieutenant-colonel du Royal 22e Régiment, qui a perdu des hommes en Afghanistan.
Comment comprendre la commémoration de combats sacrificiels ?
André Thiéblemont
Sidi Brahim, Camerone, Bazeilles. Pourquoi des chefs d’exception ont-ils choisi ces combats perdus plutôt que des victoires pour magnifier et symboliser l’âme du chasseur, du légionnaire et du marsouin ? Et comment comprendre la transformation récente de ces commémorations en spectaculaires et gigantesques liturgies, célébrant le sacrifice du soldat comme une eucharistie ?
Jardins de pierre : le deuil du soldatYann Andruétan
Jardins de pierre n’est ni le meilleur film de Coppola ni le plus grand film de guerre. Mais il aborde des thématiques fortes dans un contexte jusqu’alors inédit. C’est un film de guerre sans combat ni héros ; un film sur le deuil et les rites qui l’accompagnent ; un film qui interroge sur la façon dont une nation traite dans l’espace public la mort de ceux qui ont choisi de la servir.
Le ballet des mortsBéatrix Pau
Répondant au désir d’un grand nombre de familles endeuillées par la Grande Guerre, la République française démobilisa les soldats « morts pour la France ». Dans les années 1920, des milliers de corps parcoururent donc le territoire national, métropole et colonies, avant de trouver leur dernière demeure et y être honorés avec faste par leurs proches et l’ensemble de la communauté en deuil.

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A compter du 1er mai, la distribution d’Inflexions est assurée par la société Pollen/Difpop. Achat au numéro et abonnement sont désormais possibles via l’adresse mail : abonnement@pollen-diffusion.com

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