N°57 | La norme

Stéphane Faudais

Les cent gardes étaient-ils des « potiches chinoises » ?

Lorsque l’on observe de près la vie militaire sous le Second Empire, l’armée française, au quartier comme au combat, ainsi que la cohorte étonnante des dix-neuf maréchaux créés par Louis-Napoléon Bonaparte prince-président, puis Napoléon III, à laquelle on a fait porter, à tort, la responsabilité de la défaite de 1870, on ne peut qu’admirer le lustre et le faste qui sont déployés. Une élégance en adéquation avec cette fête impériale souvent réduite à une série de réceptions et de bals, à des défilés de tenues et d’uniformes rutilants – le maréchal Niel se plaignait souvent de porter de « trop lourds kilos d’or » sur lui – et à un protocole guindé en décalage avec la modernité du siècle. Ce n’est pas juste, car tout cela participe d’une politique de rayonnement à l’international extrêmement efficace. La France du Second Empire gagne et elle le fait savoir, sur tous les plans : militaire, économique, diplomatique, artistique.

Dans ce cadre, étudier les Cent Gardes revient à embrasser un autre sujet, plus politique : la question de la survie de la dynastie des Bonaparte ou des « napoléonides ». Car cet escadron, que Napoléon III a voulu être une garde impériale prestigieuse, est chargé de la sécurité et du service d’honneur impériaux. Au centre du dispositif, l’empereur en 1852, Eugénie en 1853, puis le prince impérial en 1856. La famille impériale est l’objet de toutes les attentions. Une famille que l’on qualifierait aujourd’hui d’élargie, car les frasques amoureuses du souverain sont nombreuses. Il faut alors aussi le protéger contre lui-même. Souvent raillé, cet escadron a toutefois occupé une place très particulière dans la guerre de 1870.

Avant de l’évoquer, quelques mots sur un triple dispositif de sécurité, de protection mais aussi de parade. Le 14 janvier 1858, le couple impérial se rend à l’Opéra, alors situé au numéro 12 de la rue Le Peletier, à Paris. Haut lieu de la vie mondaine, cette Académie impériale de musique, ainsi appelée depuis 1852, est l’endroit où il est bon d’être vu. Ce soir-là, les souverains doivent assister à un concert exceptionnel donné pour le chanteur d’opéra Massol, qui prend sa retraite. Lorsque le carrosse arrive à hauteur du bâtiment, trois explosions retentissent. On relève soixante-seize impacts sur la voiture impériale, qui a été soufflée et renversée. Napoléon III et Eugénie sont indemnes, car leur véhicule a été véritablement « blindé », c’est-à-dire protégé par des plaques de fer placées sur le plancher et sur les parois. Cent cinquante-six personnes sont blessées, dont le général Roguet ; huit meurent. Malgré l’attentat, le couple impérial assiste à la représentation et quitte le théâtre à minuit. Le message est politique : la dynastie n’a peur de rien.

La sécurité de Napoléon III devient très vite une préoccupation. Car cet attentat est le troisième perpétré contre un souverain français en quelques années, après celui de la rue Saint-Nicaise contre le Premier Consul en 1800, et celui de Fieschi contre Louis-Philippe en 1835. Il suscite d’ailleurs un intérêt tout scientifique de la part de l’empereur et de son aide de camp, Adolphe Niel : Eugénie pousse des cris d’orfraie lorsqu’elle découvre les deux hommes tentant de démonter, dans le cabinet de travail des Tuileries, une des grenades qui n’avaient pas explosé. Mais c’est un drame étranger qui provoque un net renforcement du dispositif de sécurité permanent autour de Napoléon III : le seizième président des États-Unis, Abraham Lincoln, est assassiné le 14 avril 1865 alors qu’il assistait à la représentation de la pièce de Tom Taylor, Our American Cousin, au théâtre Ford de Washington, en compagnie de son épouse et de deux invités.

Xavier Mauduit, dans son excellent ouvrage Le Ministère du faste, résume le contexte : « La propagation des rumeurs accentue les craintes dont les grands thèmes sont le soulèvement ouvrier et le complot contre l’empereur. » Les informations collectées par les préfets font régulièrement état de menaces et d’injures formulées avec plus ou moins de sérieux ; dans les salons parisiens et lors des bals, on évoque à loisir des bruits d’attentats déjoués ou à venir. Cependant, toutes les agressions, en particulier les plus insolites, ne sont pas portées à la connaissance de la presse, pour peu que ce fût lors d’une escapade nocturne, comme le relate le comte Horace de Viel Castel dans ses Mémoires : « L’empereur sortait à trois heures du matin de chez Madame de Castiglione, il était incognito dans son petit coupé, sans domestique et conduit par un cocher de confiance. Au moment où les chevaux quittaient l’hôtel de la comtesse, trois hommes se précipitèrent à leur tête en cherchant à les arrêter. Le cocher les a vigoureusement fouettés, ils ont bondi et renversé un des assaillants, puis ils ont pu entraîner sans accident l’empereur jusqu’aux Tuileries. »

Pour parer les menaces, potentielles ou avérées, en public ou dans l’intimité, c’est un très solide dispositif, organisé en cercles concentriques, qui est mis en place autour de Napoléon III, non pas à son arrivée sur le trône, mais bien avant, lors de la présidence. Et ce sont des policiers et des militaires qui prennent en charge ces cercles. C’est tout d’abord le Commissaire aux résidences impériales, François Barlet, qui est chargé d’assurer la protection rapprochée de l’empereur dans sa vie publique, familiale et intime, les deux dernières étant volontairement très cloisonnées. Puis un décret du 1er juin 1854 instaure la fonction d’Inspecteur général de police des résidences impériales. Lointain ancêtre du Groupement de sécurité de la présidence de la République ou du Service de protection des hautes personnalités, le service est composé d’une trentaine de policiers, avec à sa tête Louis-Alphonse Hyrvoix (parfois orthographié Yrvoix).

Le cercle suivant est celui dont a la charge l’escadron des Cent Gardes. Lorsqu’en décembre 1852 l’empire est rétabli, la Garde impériale est recréée dans la foulée. Un symbole, mais aussi un message politique. Car si elle allie cérémonial et combat, puisqu’elle protège l’empereur avec ses gendarmes d’élite, elle est surtout tactiquement le va-tout qui emporte la victoire lorsque, selon l’expression consacrée, on « donne la Garde ». Elle a une vraie utilité sur le terrain ; elle a fait ses preuves au combat ; elle possède le prestige des objets patinés par le temps, la sueur et le sang.

Dans une sorte de « en même temps » français et britannique, royaliste et bonapartiste, mais qui symbolise finalement et parfaitement la continuité du faste de la cour de France, voire de la fonction même de souverain, Napoléon III décrète, le 24 mars 1854, la formation de l’escadron des Cent Gardes à cheval. Souvenons-nous que Louis-Napoléon Bonaparte a été exilé en Grande-Bretagne jusqu’en 1848. Il a été subjugué par la Garde royale britannique et par le flegme en service de cette dernière, qui n’est alors pas une tradition française. Et il garde un souvenir presque romantique des Cent Suisses qui veillent traditionnellement sur le roi de France. Son organisation et ses missions s’inspirent d’autres exemples : Garde consulaire, Horse Guards et Royal Life Guards britanniques, ou encore Chevaliers-gardes russes.

Ce nouveau corps d’élite, bien distinct de la Garde, est chargé d’assurer la protection de l’empereur et celle de sa famille, mais aussi de fournir le service d’honneur et de sécurité à l’intérieur des palais. On comprend ici que les rivalités entre les militaires et les policiers d’Hyrvoix ne manquent pas… Les officiers dépendent directement de Napoléon III. Le commandement est confié au colonel Lepic, fils du général homonyme sous le Premier Empire, puis au colonel Verly sans interruption de 1855 à 1870. Les sous-officiers et les gardes, quant à eux, relèvent du ministre de la Guerre pour ce qui est de la gestion administrative : recrutement, promotions, décorations, autorisations de mariage et éventuelles mutations. Mais aussi en ce qui concerne leur dotation financière : frais de fonctionnement et solde, qui est plus élevée que pour la ligne et qui fait des jaloux, bien évidemment. En revanche, c’est le Grand maréchal du Palais qui est leur responsable opérationnel.

Les Cent Gardes ont la préséance sur toutes les autres unités de l’armée impériale. Ils assurent aussi des fonctions honorifiques symboliques, comme la remise des aigles aux porte-aigles des régiments de la Garde, qui, de facto, lui est subordonnée. Ils sont présents lors de toutes les réceptions données aux Tuileries et à toutes les cérémonies officielles du régime. Et les rumeurs peu flatteuses, voire médisantes sont nombreuses, le plus souvent fabriquées par les officiers de la Garde impériale, fort jaloux : « Les Cent Gardes sont des danseuses. » Comme l’escadron est une création récente, on le taxe de connaître le cérémonial mais pas le combat, le beau mais pas le sang. L’avenir viendra contredire tout cela. De onze officiers et cent trente-sept soldats à sa création, l’effectif est porté à un total de deux cents hommes en 1858. Pourquoi cette augmentation ? L’attentat d’Orsini, bien sûr !

Dernier point : tous les Cent Gardes doivent mesurer au moins un mètre quatre-vingt, une prestance qui leur assure de nombreux succès féminins, comme l’atteste ce poème léger d’Auguste Creissels, intitulé Le Coq :

« Les pauvrettes souffraient ; mais sans se plaindre. En somme

Toutes en raffolaient ; il était si bel homme,

Sous son riche uniforme aux tons verts mêlés d’or !

Ainsi l’on voit, dit-on, mainte dame du monde

Supporter gros jurons et bruyante faconde

Pour l’amour d’un Cent Garde ou d’un tambour-major. »

L’uniforme des Cent Gardes est splendide. La grande tenue est composée d’une longue tunique bleu-de-ciel avec épaulettes et aiguillettes dorées et d’une culotte en peau de daim blanche. Un casque en acier pourvu d’un plumet rouge sur le cimier de cuivre, à crinière blanche, complète l’ensemble. La tenue de service est plus simple, mais très élégante. Les trompettes ont un uniforme différent, d’un rouge écarlate. Pour l’armement : sabre (à cheval), sabre-baïonnette (à pied) et épée (en tenue de ville ou de gala). Ils possèdent aussi un mousqueton Treuille de Beaulieu, de petit calibre, à chargement par la culasse, produit à seulement trois cents exemplaires, dont l’un des concepteurs n’est autre que l’empereur.

Mais la pièce la plus remarquable de leur uniforme est assurément la cuirasse, qui peut être portée avec une soubreveste brodée aux armes impériales. Elle est polie « comme celle du chevalier aux fleurs dans le tableau de Georges-Antoine Rochegrosse », affirme-t-on souvent dans les ouvrages évoquant l’escadron après la défaite de 1870. La comparaison est non seulement amusante, mais aussi pleine de sens. En effet, Le Chevalier aux fleurs, aujourd’hui conservé au musée d’Orsay à Paris, est une grande toile peinte par Georges-Antoine Rochegrosse en 1894, qui représente le moment où Parsifal, héros chaste dont le destin est de reconquérir le Saint Graal, vient de terrasser les gardiens du château du magicien Klingsor ; dans un jardin enchanté, il est debout, le buste gainé dans une cuirasse étincelante, entouré de jeunes filles (les « filles-fleurs »), qui se disputent ses faveurs mais qu’il repousse courageusement. Or l’un des thèmes les plus importants de l’opéra Parsifal de Wagner est la lutte entre l’esprit et la chair, mais aussi entre le beau et le sang. On a trop vite réduit les Cent Gardes au beau et on les accuse d’oublier le sang. Le soldat serait fait pour se battre, non pour paraître…

La discipline est la plus stricte qui soit au sein de l’escadron. L’impassibilité et l’immobilité des Cent Gardes sont, selon leur chef de corps, leur « cachet particulier » – elles ne sont pas sans rappeler celles qui font encore aujourd’hui la réputation des gardes de Buckingham Palace. Ils sont d’ailleurs souvent confrontés à des expériences étonnantes qui mettent leurs nerfs à rude épreuve, comme en témoigne, par exemple, cette anecdote rapportée par Le Petit Parisien du 16 juin 1894. Confirmée par plusieurs témoins, elle concerne l’un des Cent Gardes en faction devant le cabinet de travail de l’empereur : « Le maréchal Castellane, appelé aux Tuileries, passa devant lui et fut très étonné de voir qu’il ne lui rendait pas les honneurs dus à son rang. L’autre ne bougea point, demeurant dans la position ordonnée par les règlements. Le maréchal, qui était, à ce que l’on sait, fort irascible, se fâcha, exigea que le factionnaire lui présentât les armes. Celui-ci ne broncha pas, ne modifia en rien son attitude. Castellane, outré, entra dans une véritable fureur, menaça le soldat des plus rudes peines disciplinaires, le prit par le collet, l’accabla d’injures. Il n’obtint rien. Le Cent Garde ainsi malmené ne faisait qu’obéir à sa consigne, qui était de ne rendre les honneurs qu’à l’empereur. » Ce que ne précise pas le journaliste, c’est que Napoléon III, alarmé par tant de vacarme, ouvre la porte et, pour plaire à son exigeant visiteur, autorise le garde à lui présenter les armes. Castellane se serait d’ailleurs vanté toute sa vie d’avoir été le seul à avoir été salué de la sorte !

Poursuivons la description des missions de l’escadron. Il escorte l’empereur dans chacun de ses déplacements, à Paris comme en province, et il fournit des sentinelles dans ses résidences, y compris temporaires. Les Cent Gardes doivent être partout, à chaque instant. Leur probité et leur efficacité sont totales. On les dit, à juste titre d’ailleurs, capables de mourir pour l’empereur. Mais on raillera souvent, y compris au sein des régiments de ligne, ce service de parade accompli par des soldats n’ayant jamais fait la guerre, allant jusqu’à traiter ceux-ci de potiches chinoises, « supportant les décorations, mais craignant le feu » ! On évoque même, sans que cela ait pu être prouvé, la création d’un modèle spécial de la Légion d’honneur qui leur serait réservé. Les Cent Gardes seraient juste bons à user leurs bottes sur les épais tapis des palais impériaux, et s’ils risquent de se blesser, c’est sans doute avec un couteau à fromage… Une caricature fait fureur ; on y voit un Cent Garde attablé à un café : fumant la cigarette élégamment, il est crâneur, hautain, snob. Le règlement stipule en effet que les militaires du rang de l’escadron ne doivent le salut à quiconque s’il est issu « de la ligne » ou même de la Garde, excepté aux officiers. Ce qui peut tendre un peu les relations au sein des armées impériales. Xavier Mauduit résume parfaitement la situation : « Ils forment une garde d’honneur apte à la mondanité. »

Finissons de nous moquer, car, ce faisant, nous oublions bien vite trois événements importants dans la courte histoire de l’escadron. Le premier, c’est qu’il a escorté l’empereur pendant toute la campagne d’Italie. À Solferino, le 24 juin 1859, Verly est d’ailleurs blessé au bras droit par une balle qui avait ricoché sur sa cuirasse. Car les Cent Gardes ont véritablement fait rempart de leurs corps ; un rempart efficace puisque l’empereur n’a jamais été blessé. Et il est fort à parier que le projectile qui a atteint le colonel lui était destiné.

Le deuxième événement est assez émouvant. Le prince impérial, que l’on surnomme méchamment « l’enfant de la balle » dans les journaux après son baptême du feu, quitte son père le 27 août 1870. Il est en pleurs. Les deux hommes sont très proches – souvenons-nous de cette photographie où l’on voit l’adolescent assis sur les genoux de son père, tous les deux habillés en bourgeois. C’est un peloton de Cent Gardes qui l’escorte à cheval, puis en train en le « bahutant », au sens littéral du terme, de destination en destination, se heurtant à des tracas administratifs terribles qui mettent dans des colères noires le lieutenant Watrin, un colosse d’un mètre quatre-vingt-dix qui est le chef du détachement. Cette errance ferroviaire est à l’image de la négligence tactique de l’armée française, gênée par les ordres et les contre-ordres.

Enfin et surtout, c’est oublier un peu vite le comportement exemplaire et courageux des Cent Gardes à la fin de la guerre. Le fils du colonel Verly se plaît à rappeler que « lorsqu’ils se retrouvent [après 1871] ils ont autre chose à évoquer que les pompeuses cérémonies auxquelles ils assistèrent et les fêtes des Tuileries où ils faisaient la haie devant les invités ». En effet, une grande partie de l’escadron est partie pour Metz avec Napoléon III le 25 juillet 1870, l’autre restant en service aux Tuileries pour assurer la sécurité de l’impératrice devenue régente. Les Cent Gardes sont les premiers témoins du désarroi impérial : le fils Verly évoque les escortes « dans ces malheureuses marches où, après les premiers revers, il [l’empereur] allait comme à l’aventure ». Napoléon III a voulu trouver la mort sur le champ de bataille, c’est une certitude ; sa garde l’en a dissuadé. Plutôt mourir que de le voir mourir !

Plus dure sera la chute de ce corps d’élite que tous les Français ont identifié à leur souverain, à l’instar de la Garde républicaine escortant le président de la République aujourd’hui. La défaite est ressentie par l’armée comme un déshonneur, mais aussi comme une infamie, à l’image des drapeaux et des étendards que l’on est obligé de brûler. Verly en témoigne très durement dans ses Mémoires, alors qu’il rentre de captivité : « Je n’ai ici que ce que j’ai sur le dos. En fait de vêtements, il me répugne de rentrer en France en uniforme de Cent Garde. J’ai presque honte de l’avoir porté après l’abandon complet dans lequel l’empereur nous a laissés, sans nous prévenir, sans nous donner le moindre signe d’intérêt. »

Certes Verly est presque infamant dans ses propos, mais il est surtout déçu à la stricte mesure de son engagement, chaque jour, presque chaque heure, pendant quinze longues années, aux côtés de son empereur. Le colonel n’avait pu combattre et il reproche aussi cet état de fait à un souverain méconnaissable, malade et épuisé. Lorsque la République est proclamée, les Cent Gardes sont fréquemment pris à partie par la même foule qui les acclamait quelques semaines auparavant, comme tous ceux qui ont approché Napoléon III, tenu illico responsable de tous les maux qui accablent la France. Rentrant à Paris avec le prince impérial, Watrin découvre la situation : l’impératrice est partie, les Tuileries sont vides, la caserne de Bellechasse est désertée et les aigles de ses grilles ont été arrachées. Regroupé à l’École militaire, le reliquat de l’escadron est agrégé au 2e régiment de cuirassiers de marche. Se pose la question de l’uniforme : la majorité des hommes demande à le conserver. Ce témoignage, relaté par Le Petit Parisien, vient tempérer l’amertume du colonel Verly : « Ils tenaient à l’honneur de montrer, eux à qui certains reprochaient leur service auprès de l’empereur, ce qu’ils valaient. »

Enfin, les Cent Gardes sont engagés au combat. Et ils s’illustrent à de nombreuses reprises. Une très belle charge à Châtillon. Une autre, plus vaillante encore, contre la ferme de Notre-Dame-des-Mèches, fortifiée par les Prussiens. Un témoin écrit : « Des hommes, des braves pourtant, disaient que c’était folie de les faire charger contre une ferme dont l’ennemi avait crénelé les murs. “Allons donc, camarades”, dit un excellent Cent Garde, “il faut y aller quand même et, comme nous chargeons en tête, vous verrez comment les Cent Gardes savent mourir !”. » Et il conclut : « Les balles crépitaient sur leurs cuirasses comme la grêle sur les carreaux des vitres. » Ils se distinguent encore aux combats de Ville-Évrard et de Créteil. En janvier 1871, ils n’ont plus de chevaux alors ils combattent à pied. Ainsi disparaît l’illustre escadron, témoin de la grandeur de l’empire.

Après la défaite, une fois l’empire effondré et l’empereur emprisonné, les Cent Gardes ont été humiliés pour avoir servi fidèlement leur souverain, quitte à trop vouloir lui ressembler et à trop aimer le faste, le luxe et le beau. On les a accusés de cacher des secrets. On les a moqués. Pourtant, lorsque le clairon les a appelés, ils avaient été des héros, simples et valeureux, désintéressés et braves, de vrais soldats qui ont versé leur sang pour leur patrie.

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