N°57 | La norme

Laurent Hélaine

Illustrer la norme

Décrire l’uniforme

« Les règlements sont la véritable ossature de l’uniformologie », écrit le commandant Eugène Louis Bucquoy1 en 1953 dans son Bréviaire du collectionneur d’uniformes. La description de l’uniforme est en effet avant tout une histoire de textes, d’ordonnances, de décrets, de lois, de circulaires… Mais il a aussi rapidement fait l’objet de représentations illustrées. Les uns décrivent, prescrivent, proscrivent ; les autres figent une représentation de l’armée à un instant précis, contribuent à la formation, vulgarisent, deviennent un outil de promotion et de rayonnement de l’institution. Cet article propose de partir à la découverte de l’histoire de l’élaboration de ces normes et de leurs représentations2.

  • Définir et imposer un uniforme

Au début du xviie siècle, l’uniforme militaire3 n’existe que pour deux types de troupes : la garde personnelle du roi et les troupes étrangères4. Pour les autres, la tenue des soldats est à la charge de ceux qui lèvent ou possèdent les régiments ou compagnies, et c’est avant tout « sous l’influence de la nécessité, de l’amour-propre et même de l’économie, que les capitaines ont été amenés à habiller leurs soldats “tout d’une parure” »5.

L’ordonnance de 1666 crée la masse individuelle d’habillement. Il s’agit de fonds exclusivement destinés à pourvoir à ces dépenses ; celle de 1671 prescrit que les hommes des compagnies seront vêtus de même façon et ajoute une masse d’habillement des corps pour les dépenses communes à l’ensemble du corps et, dans certains cas, venir en aide aux compagnies.

Mais il faut attendre Louvois et ses ordonnances de 1690 et 1691 pour que le port d’un uniforme soit rendu obligatoire pour toutes les troupes.

Comme le souligne le commandant Bucquoy, les nombreuses ordonnances vont régulièrement modifier l’uniforme en définissant celui qui doit être nouvellement porté, mais sans que personne ne songe, quand le nouvel uniforme apparaît, à garder le souvenir du précédent. Fort heureusement, le roi, ou son ministre, désirant se rendre compte de l’effet produit, on fait exécuter par un artiste un album de planches qui reproduit l’aspect nouvellement prescrit au soldat. Il est alors annexé au texte de l’ordonnance et conservé dans les archives ministérielles6. En 1696, Pierre Giffart, graveur du roi, dédie ainsi au maréchal de Boufflers son Art militaire françois pour l’infanterie7 et vers 1698, Nicolas Guérard, lui aussi graveur du roi, publie L’Art militaire ou les exercices de Mars, livre à dessiner8.

Il faut attendre les règlements de 1720 pour avoir des textes précis définissant pour chaque régiment une couleur distinctive et la position de celle-ci sur l’uniforme. Ces textes sont suivis par la publication d’Infanterie et Gardes françaises9 de Jacques-Antoine Delaistre ; parmi les nombreuses gouaches, d’une grande précision, sont insérées quelques planches au trait illustrant de manière sommaire les coupes des justaucorps, veste et culotte10. Entre 1719 et 1724, Robert-Alexandre d’Hermand supervise la rédaction d’une Collection des uniformes et des évolutions militaires des troupes françoises illustrée par Delaistre et Parrocel, destinée à la formation militaire de Louis XV. C’est sans doute le même objectif qui conduit à la réalisation en 1757 du manuscrit, aux armes de Louis XV, Troupes du roi, infanterie françoise et étrangère11 illustré de cent vingt-sept planches d’uniformes et de drapeaux extrêmement détaillées.

Avec les ordonnances de 1762 à 1764, le duc de Choiseul arrête l’état des uniformes de chacun des régiments et l’annexe à une ordonnance. Le ton est donné : « Le roi fera casser les majors des régimens qui n’auront point informé le secrétaire d’État ayant le département de la guerre des changements qu’on auroit introduits12. »

1767 voit la naissance du premier règlement consacré à l’habillement et à l’équipement de toutes les troupes du roi, Uniformes de l’infanterie française, suivant le règlement arrêté par le roy, le 25 avril 176713, accompagné d’une instruction aux majors14. Ces ordonnances sont suivies par leur transcription en image – elles portent le même titre –, sous la plume de Jean Lattré15. Il s’agit d’une série de gravures dont la mise en couleur diffère en fonction du régiment selon les instructions de l’ordonnance.

Désormais, il faut se référer au règlement en vigueur pour connaître la vêture des troupes – jusqu’alors, le roi laissait aux chefs de corps toute latitude pour distinguer leur corps dans le respect des ordonnances, se contentant d’entériner les modifications. C’est le résultat d’un travail patient des ministres successifs pour apporter l’uniformité dans les troupes. Uniformité à la fois facteur de discipline, en permettant notamment d’identifier les déserteurs et de les punir, mais aussi source d’économies en passant des marchés de gros.

Le règlement de 177516 change certains éléments distinctifs : les poches évoluent, de nouvelles couleurs apparaissent, les ceinturons se voient ornés d’une plaque et les soldats gentilhommes reçoivent un galon d’argent au collet. Gabriel Nicolas Raspe les met en illustrations avec Uniformes des armées françoises suivant les règlements du roi17. Mais ce règlement n’aura pas le temps d’être appliqué, car son inspirateur, le maréchal du Muy, décède et est remplacé par le comte de Saint-Germain, dont le plan de réorganisation inclut celui de l’habillement. Un nouveau règlement paraît donc dix mois plus tard18, en 1776. Il existe peu de représentations de ce nouvel uniforme, ce qui explique pourquoi il est passé quasi inaperçu19. Il est pourtant particulièrement ambitieux et novateur en ce qu’il prend en compte le confort du soldat. Il prévoit des basques courtes dégageant les cuisses pour la marche quand l’habit est ouvert, les couvrant lorsqu’il est fermé, les revers se croisent sur la poitrine, les parements de manche et de col peuvent se rabattre, la culotte est à pont-levis, les guêtres s’arrêtent sous le genou et sont boutonnées à la culotte, supprimant ainsi les jarretières, il prévoit un bonnet de police dont les côtés peuvent se rabattre sur les oreilles… Malheureusement, plus coûteux d’un tiers à un moment où les caisses du royaume sont vides et « si radical dans ses innovations systématiques, les quelques ornements imaginés pour embellir la tenue bizarre donnée à l’infanterie étaient si peu dans le goût français du jour, que l’insuccès de ce nouveau costume fut complet »20. L’arrivée du maréchal Montbarrey signe l’abandon du règlement de 1776 et un retour à celui de 1775.

Au cours des vingt années suivantes sont promulgués plusieurs décrets. Celui de 178621 porte en annexe des planches de galons, de motifs de boutons et surtout de coupes d’habits introduisant le concept de trois tailles différentes (petite, moyenne et grande). Ce texte est un jalon d’importance dans l’histoire de l’uniforme français, « longuement “peaufiné” sur la matrice conçue en 1767, il constitue les fondements du costume de guerre qui sera porté et usé tout au long des campagnes de la Révolution et de l’Empire », indique Michel Pétard22. Il est complété par le règlement provisoire de 1791.

Une loi de 1791 prescrit l’intégration des régiments étrangers au sein de l’infanterie. Cet amalgame se traduit par une évolution des uniformes dès janvier 1792 en alignant l’uniforme des régiments étrangers sur celui des régiments français. Par la suite, la tenue change fortement : la taille de l’habit remonte, il est plus ajusté, cédant à la mode au détriment du confort. Ces transformations se font à l’initiative des chefs de corps et des conseils d’administration23, sans codification ni modèle type à destination des tailleurs, introduisant une grande hétérogénéité de coupes et de proportions au sein des unités. En 1811, Napoléon décide donc de créer une commission chargée de la question de la tenue des soldats – le règlement en vigueur est toujours celui de 1786. Dirigée par le colonel Bardin, elle revoit tous les habillements de l’armée, en prenant avant tout en compte le soldat et son bien-être. Le nouveau règlement est publié en janvier 1812. Il entérine pour le soldat d’infanterie un habit-veste de coupe plus ample portant des basques courtes pour ne pas gêner la marche, et la culotte est abandonnée au profit du pantalon serré dans le bas par des guêtres.

Ce Règlement sur l’habillement des troupes est composé d’un volume de texte accompagné de deux volumes de planches de dessins au trait et d’un volume de planches de dessins aquarellés représentant les types militaires, réalisés par l’atelier de Carle Vernet. Cette œuvre magistrale intègre pleinement l’illustration de l’uniforme dans sa description. De nombreux extraits paraissent dans différentes publications indépendantes comme le Journal militaire du 19 janvier 1812 ou la Législation militaire d’Hughes Berriat24, permettant au milieu de l’année 1813 la pleine application du règlement de Bardin. En 1818, un nouveau règlement d’uniforme est commandé au même Bardin pour s’adapter à la symbolique du nouveau régime, réintroduisant la couronne royale et les fleurs de lys. Il se présente en deux volumes de texte manuscrit et un troisième de dessins gravés représentant les éléments d’uniforme25.

Sous la Restauration, on va, pour la première fois, s’intéresser au passé. L’armée impériale a laissé des souvenirs durables et nombre de Français vivent dans le souvenir de ce glorieux passé, qui donne lieu à une production foisonnante d’ouvrages illustrés26. En 1828, le général de Caux, ministre de la Guerre, commande au chef de bataillon Félix Hecquet, polytechnicien, la réalisation d’un album représentant l’uniforme de l’époque27 ; « il va œuvrer afin de rendre intelligible le maquis des ordonnances, règlements, décrets et décisions successifs concernant l’uniforme, l’équipement et le harnachement, qui s’amoncellent dans les pages du Journal militaire »28 en les illustrant dans l’esprit de Bardin.

En 1845 est mise en place une nouvelle réforme résolument moderne, apportant « des changements considérables dans la tenue. L’aspect de nos soldats subit une métamorphose complète. Cet esprit de changement vient d’ailleurs pour une bonne part de l’armée d’Afrique »29. À force d’expéditions, l’armée se débarrasse de vieux impedimenta : les schakos volumineux disparaissent et prennent une forme conique, le képi fait son apparition en remplacement du bonnet de police, les larges buffleteries sont abandonnées, la tunique s’affine à la taille… La réforme ne fait pas exception avec la publication d’Uniformes de l’armée française en 1848 dessinés d’après les ordres du ministère de la Guerre30 illustré par Janet-Lange.

  • L’illustration, vecteur de rayonnement de l’armée

L’illustration uniformologique peut aussi être l’initiative de fournisseurs, tel Alexis Godillot, sous le Second Empire, surtout connu pour les chaussures militaires que son entreprise produisait. Il est à l’origine de l’introduction de la différenciation entre le pied droit et le pied gauche, ainsi que d’un brevet d’imperméabilisation de la semelle. En 1866, il fait porter des uniformes à des figurants qu’il fait poser devant l’objectif de la photographe Louise Laffon. Ces photos, colorisées, sont regroupées dans un album de soixante-six planches titré Album photographique des uniformes de l’armée française31 dans le but d’être « remis à leurs excellences les ministres de la Guerre des puissances étrangères sur la demande qu’elles lui en ferait ». C’est sans doute dans le même esprit que le photographe et portraitiste militaire Léon Crémière publie Uniformes militaires du Second Empire32.

En 1859 paraît le monumental Uniformes de la Garde impériale en 1857 d’Armand-Dumaresq sous la direction du général Hecquet, que Napoléon III offrit aux officiers généraux et aux dignitaires en visite officielle. Comme l’écrit le ministre au général Regnault de Saint-Jean d’Angély, « ces dessins formeront un recueil ayant un véritable caractère réglementaire. Le but recherché n’est qu’une stricte traduction de la réalité sans la moindre licence artistique »33.

L’illustration devient aussi un formidable moyen de diffusion et de vulgarisation pour faire connaître l’organisation de l’armée française et les spécificités de ses uniformes, à l’exemple des deux fascicules Uniformes de l’armée française en 188434 publiés par les Cahiers d’enseignement illustrés, avec des dessins d’Armand-Dumaresq, ou de L’Annuaire illustré de l’armée française de Roger de Bauvoir qui paraît de 1895 à 1908. Deux autres œuvres majeures de la période sont à signaler : L’Armée française de Jules Richard et Édouard Detaille en 1887, et encore les superbes aquarelles de Lalauze dans Costumes militaires de l’armée française, 1902-1907. C’est aussi l’apogée de la réclame publicitaire au travers des chromolithographies. Les marques s’emparent de l’illustration uniformologique (avec plus ou moins de précision et d’exactitude) pour investir les cours de récréation. Citons les pâtes Bozon-Verduraz, Ricqlès, Liebig, les chocolats de l’Union, Guérin-Boutron ou Victoria, les biscuits Lu, le lait Gloria…

  • L’illustration en soutien du règlement

L’année 1791 voit la création du Journal militaire, qui publie tous les arrêtés, décrets, décisions, circulaires, relatifs à l’armée. Il devient en 1831 le Journal militaire officiel et, à partir de 1888, le Bulletin officiel du ministère de la Guerre. Les textes ayant trait à la description des uniformes sont disséminés dans les éditions chronologiques du Bulletin officiel (bo.ec)35. Le bo prenant un volume de plus en plus considérable, il fait l’objet d’éditions séparées où les textes sont classés par matière en des volumes de ce que l’on nomme l’Édition méthodique (bo.em). Citons, à titre d’exemple, la Description de l’uniforme de l’infanterie de ligne36 en 1868 et la Description des uniformes des officiers généraux, des officiers sans troupe et des employés militaires37 en 1892.

En décembre 1914, la réforme de l’habillement, indispensable en raison de la guerre, rend caduque la plupart de ces volumes et conduit à la création d’un livret de six pages, la Notice descriptive des nouveaux uniformes, qui connaît des éditions successives au point de devenir un véritable volume (non numéroté) de cent soixante pages, arrêté au 30 mai 191938. S’ensuit une refonte des bo.em par la fusion des éléments contenus dans la Notice et de ceux toujours valides des volumes d’avant-guerre. Voient ainsi le jour le volume 105/1 Description des uniformes, troupe et personnel secondaire, le volume 105/2 Description des uniformes, écoles militaires, ou le volume 8 Description des uniformes des troupes coloniales (troupes et officiers)39. Pourvus de peu d’illustrations, ils sont fort heureusement suivis par trois ouvrages majeurs, à caractère officiel :

- en 1935, Les Uniformes de l’armée française terre-air-mer du commandant Eugène Louis Bucquoy, illustré par Maurice Toussaint, sous le haut patronage des ministères de la Guerre, de la Marine et de l’Air, aux Éditions militaires illustrées. En deux cent soixante-dix pages et cent vingt-quatre planches hors-texte, ce monument, véritable encyclopédie de l’uniforme de l’armée française, s’appuie sur les Bulletins officiels en vigueur ;

- en 1937, Uniformes de l’armée française40, vingt planches illustrées sous chemise cartonnée, éditées par la société L’uniforme officiel sarl, « établis sous les auspices du ministère de la Guerre avec son approbation, avec le concours de la direction et des services techniques de l’intendance. Les dessins ont été exécutés sur les prototypes du dépôt des modèles de l’armée française d’après les descriptions et documents officiels arrêtés à la date de l’approbation. » L’œuvre est accompagnée du fac-similé d’un visa du ministère de la Guerre portant validation par les services de l’intendance des illustrations proposées et qui nous éclaire sur le mode opératoire utilisé pour s’assurer de l’exactitude des illustrations ;

- en décembre 1941, L’Armée française, 1939-1940 d’Albert Depréaux, directeur du carnet de La Sabretache, illustré de quinze planches coloriées à la main de P.-A. Leroux. L’auteur explique la sortie tardive de l’ouvrage : « Lorsque nous l’avons entrepris, selon le désir exprimé par le ministère de la Guerre et avec les encouragements des plus hautes autorités militaires, notre but était de remédier à l’absence de tout travail, d’un format commode et d’un prix accessible, donnant les grandes lignes de notre organisation militaire et la description des uniformes de notre armée. Notre manuscrit était terminé dès 1940, lorsque survinrent les douloureux événements que l’on sait. »

Au-delà de ces initiatives officielles, on observe un véritable engouement pour la représentation des uniformes. Les éditions Léon Claude, spécialisées dans la mode et la couture, publient à quelques années d’intervalle vingt planches grand format à destination des tailleurs civils et militaires, quarante représentations d’uniformes d’officiers, illustrées par H. de Foucauld, aussi esthétiques que rares. C’est également par le biais de la mode et de la grande distribution que l’on voit, au cours des années 1930, les uniformes s’afficher dans les pages des catalogues « grand public » comme ceux de La belle jardinière ou Au bon marché41, permettant leur achat par correspondance, en fournissant simplement ses principales mesures.

Et l’uniforme s’invite dans la presse. Dans son n° 64 de janvier 1940, Images de France. Plaisir de France lui consacre un article de huit pages intitulé « Sous l’œil de Mars. Élégance militaire », dont les illustrations de Maurice Toussaint présentent les différentes pattes de col permettant de différencier les unités. Cet article va même jusqu’à lister ce qui est réglementaire et ce qui est toléré dans la tenue des officiers ! C’est à la même période que Paris Match édite en page centrale une planche en couleurs de quinze uniformes, après avoir consacré, un mois plus tôt, un article complet aux « Uniformes en couleur du soldat français à travers les siècles ». Par ailleurs, fidèle à ses habitudes, on retrouve dans les pages du Larousse illustré une minutieuse et exacte représentation des uniformes sous la plume de l’illustrateur Auguste Goichon, à un tel point que les boucles de ceinturon de la grande tenue des officiers y sont représentées de manière nettement plus précise que dans le bo du 28 mai 1931.

Après une américanisation provisoire des tenues de l’armée française, sort en 1954 le tta 148, un règlement « toutes armes » de trente-quatre pages en couleurs, novateur et graphique. Consacré aux uniformes et insignes désormais réglementaires, il s’inspire des publicités des magazines de l’époque. « Il porte témoignage de son temps et montre que la coupure entre l’armée et la société est bien moins nette que cela peut paraître à première vue », peut-on lire dans l’ouvrage que lui consacre Paul Gajac42. « Il montre comment le commandement et les unités sont parvenus à faire d’un ensemble, terne par définition, un uniforme seyant et de bon goût, inspiré de la grande tradition de l’armée française, réunion de l’ancien et du moderne dont le calot de tradition aux couleurs distinctives diverses est le symbole. » En avril 1954, un fascicule sur la tenue des officiers est imprimé par les services de l’intendance à Versailles, diffusé dans les unités et chez les maîtres tailleurs, décrivant les cinq tenues réglementaires, illustrés dans le style des gravures de mode43. Destiné initialement à être actualisé par de nouveaux ajouts, le tta 148 n’en reçoit aucun, et en 1958 est publié le Volume 554-0. Instruction relative aux tenues et aux uniformes qui, au travers de textes, illustrations et photographies en noir et blanc, abroge la majeure partie des textes en vigueur depuis 1923. Dans sa forme, il signe le retour à l’austérité des anciens modes de présentation des bo.em et la fin de l’illustration en support au règlement.

  • Conclusion

L’histoire, l’évolution du rapport au fait militaire et la généralisation de la photographie ont depuis fait définitivement disparaître les grandes illustrations uniformologiques d’antan. Les règlements n’apportent plus cette vision d’ensemble qui permettait, d’un coup d’œil, d’appréhender les différences entre un tirailleur, un chasseur ou un tringlot, de comprendre la diversité et la spécificité des armes qui constituent une armée44. Ce faisant, c’est un vecteur de pédagogie et de rayonnement qui a disparu. Et même à l’occasion du défilé du 14 juillet, force est de constater que la description des matériels prédomine sur celle des uniformes. Il est loin le temps où on pouvait lire en préface d’un ouvrage illustré d’uniformologie : « Nous croyons donc être utiles à nos concitoyens et à l’armée nationale en publiant une œuvre à la portée de tous, permettant de se rendre facilement compte des diverses tenues, d’apprendre à distinguer le personnel de chaque arme et de chaque service45. »


1Uniformologue français, éminent membre de l’association La Sabretache, notamment connu pour avoir supervisé la publication de la série Les Uniformes du Premier Empire décrivant l’ensemble des tenues portées durant le Consulat et l’Empire.

2Dans cet article, nous n’évoquerons pas les peintres militaires. Se référer à Du terrain à l’atelier d’Aude Nicolas et aux ouvrages de François Robichon. De plus, nous avons privilégié les documents dont les reproductions sont accessibles en ligne.

3L’uniforme est loin d’être un fait militaire. Il est bien connu dans les « corps constitués » comme le clergé, les parlements et chez certaines professions.

4Lorsque Louis XIV monte sur le trône, la France comptait cent soixante-six régiments d’infanterie, dont cent quarante et un français et vingt-cinq étrangers (sept régiments suisses, quatre régiments irlandais, quatre régiments écossais, huit régiments allemands, un régiment liégeois et un régiment italien). Voir la page Wikipédia sur les « Régiments étrangers au service de l’Ancien Régime ».

5L. Mention, L’Armée de l’Ancien Régime https://archive.org/details/larmedelancien00ment/

6E.-L. Bucquoy, Bréviaire du collectionneur d’uniformes, Nancy, Imprimeries Humblot & Cie, 1953.

7Art militaire françois pour l’infanterie contenant l’exercice et le maniement des armes, tant des officiers que des soldats, représenté par des figures en taille-douce dessinées d’après nature. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55005649c

8https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/guerard_art_militaire/0015/image,info

9Sur le site photo.rmn.fr rechercher « Infanterie et Gardes françaises » et filtrer selon l’auteur : Delaistre Jacques-Antoine.

10https://photo.rmn.fr/archive/06-532362-2C6NU0PIEIEI.html

11Sur le site photo.rmn.fr https://www.photo.rmn.fr/CS.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CMFCI65X9CUYI&SMLS=
1&RW=2158&RH=1215

12« Généralités sur l’infanterie du roy au xviiie siècle », Carnet de la Sabretache, décembre 2005.

13https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97531873

14https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9684113p

15https://www.google.fr/books/edition/Les_uniformes_de_l_infanterie_fran%C3%A7oise/p7NaAAAAcAAJ

16https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96770575

17https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426932j

18Règlement arrêté par le roi concernant l’habillement et l’équipement de ses troupes du 31 mai 1776 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9746257z et Instruction pour servir à l’intelligence du nouveau modèle de chapeau militaire https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k840534p

19Voir M. Pétard « L’homme de 1767 », Uniformes n° 56, juillet-août 1982.

20Général Vanson, « Nos anciens uniformes », La Sabretache, 1893.

21Règlement arrêté par le roi pour l’habillement et l’équipement de ses troupes du 1er octobre 1786 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9744151h

22« L’infanterie de 1786 », Traditions n° 30-31, juillet 1989.

23Le conseil d’administration du régiment est établi par l’ordonnance du 25 mars 1776. Il est chargé de veiller à l’emploi et à l’économie de toutes les fournitures nécessaires au corps, et d’ordonner, vérifier et approuver les marchés et les dépenses.

24https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58360011

25Il est complété par l’Extrait du règlement sur l’uniforme de l’armée de terre avec dessins figuratifs daté de 1817.

26Et qui sortent du périmètre de cette étude. Citons toutefois : Victor Adam, Aubry, Basset, Bastin, Bellangé, Camus, Charlet, Déro-Becker, Draner, Dumaresq, Ganier-Tancoville, Fallou, Genty, Janet-Lange, Jolly, Lami, Lecomte, Lejeune, Lalaisse, Lienhart & Humbert, Marco-Saint-Hilaire, Martinet, Moltzheim, Mouillard, Marbot, Moraine, Philippoteaux, Raffet, Vernet, Yvon…

27Tracé descriptif des divers objets d’habillement, d’équipement, de harnachement à l’usage de l’armée française en 1828 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84268378

28Préface de la réédition aux Éditions du Canonnier par Bertrand Malvaux et Michel Pétard en 1998.

29J. Margerand, L’Armée française en 1845, illustré par M. Toussaint, Paris, Éditions militaires.

30https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7200476w

31https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426890n

32https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84324991

33L. Delpérier, La Garde impériale de Napoléon III, Paris, Éditions du Canonnier.

34https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6387967k

35À titre d’exemple, rien que pour la période courant de 1919 à 1940, François Vauvillier recense cinq mille pages de textes uniformologiques à extraire de cent mille pages de l’édition chronologique.

36https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84269618

37https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426957c

38https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k14110548

39https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34142779

40En 1989, François Vauvillier réédite ces planches en leur en adjoignant deux nouvelles couvrant la période de 1937 à juin 1940, et surtout un impressionnant fascicule de notices faisant le lien entre les bo et les planches d’illustration.

41Ce n’était pas le cas auparavant. Il faut dire que la grande tenue proposée aux officiers en 1921, sans consultation préalable, par simple transposition de celle des officiers généraux, n’a pas obtenu leur adhésion, notamment pour des raisons de coût, les officiers supportant celui de l’achat de leurs uniformes. Il faut l’intervention du ministre de la Guerre en personne, André Maginot, qui, par directive, définit en 1922 une nouvelle tenue, moins dispendieuse.

42P. Gaujac, Officiers et Soldats de l’armée française 1943-1956, d’après le tta 148, Paris, Histoire et Collections, 2011.

43Elles sont issues ou reprises dans les Notices techniques de l’intendance. Voir De l’intendance militaire au commissariat de l’armée de terre, Paris, ecpad, p. 152.

44Il ne subsiste, comme dans l’Instruction n° 10300 relative aux tenues et uniformes des militaires des armes et services de l’armée de terre, que des photos de détail décrivant chacun des éléments uniformologiques.

45L’Armée française, dessins par G. Gaulard, Librairie Furne, 1889.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84268393

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