N°57 | La norme

François Pernot
Guerres et Batailles de l’époque moderne
De Marignan à Yorktown
Paris, Perrin, 2024
François Pernot, Guerres et Batailles de l’époque moderne, Perrin

François Pernot, professeur des universités en histoire moderne, spécialiste de la guerre, propose une histoire globale de la guerre moderne en produisant une analyse multidimensionnelle : révolutions scientifiques et techniques, mutations militaires, permanences et innovations tactiques, transformations politiques, sociales, culturelles… Au fil des neuf chapitres qui constituent le livre, près de trente-cinq batailles sont analysées. Parmi elles : Marignan, Tenochtitlán, Panipat, Breitenfeld, Rocroi, Naseby, le siège de Vienne, Blenheim, Denain, Fontenoy, Leuthen, les plaines d’Abraham, Ouessant, Yorktown…

Après une longue introduction où l’auteur s’interroge surtout sur la bataille, cet « événement transformant majeur », l’essai débute par les guerres d’Italie (1494-1525) marquées notamment par les premiers engagements des armes à feu et de l’artillerie. En effet, à Pavie, en 1525, l’« arme à feu condamne la cavalerie lourde », mais c’est en Amérique que les bouleversements provoqués par cette innovation technologique importent le plus. Le déroulement de la bataille de Panipat, en 1526, le démontre. Au cours de la guerre de Trente Ans (1618-1648), alors que les « grandes batailles » sont rares, la tactique qui domine est adaptée du modèle suédois en reposant sur la mobilité des troupes. Un quatrième chapitre est ensuite consacré aux évolutions de l’art de la guerre en Grande-Bretagne de la fin du xvie siècle au milieu du xviie siècle. Après quoi, on s’intéresse aux guerres pour l’hégémonie européenne de Louis XIV, l’auteur insistant, entre autres, sur les campagnes de 1674-1675 sur le Rhin et en Alsace commandées par Turenne, annonciatrices d’un nouveau temps dans l’art militaire : « Le xviiie siècle aux gros bataillons d’infanterie apparaît déjà en filigrane. » La guerre de succession d’Espagne (1701-1714), thème du sixième chapitre, est notamment jalonnée par la bataille de Denain (1712), qui « illustre à la fois l’importance du mouvement [la marche forcée de nuit] associée à une ruse [la diversion de Landrecies] et la puissance de la manœuvre de rupture avec l’assaut du camp retranché, annonçant ainsi d’une certaine manière le style des campagnes et des batailles de Bonaparte ».

Après un développement sur un sujet moins exploré, les « guerres et batailles de la Baltique à la mer Noire (xviie-xviiie siècle) », François Pernot s’interroge sur les caractéristiques de la guerre au xviiie siècle : est-elle « en dentelle » ou « empesée » ? Il y répond singulièrement avec une analyse des batailles de Fontenoy (1745) et de Leuthen (1757). Enfin, le dernier chapitre est consacré à la guerre d’indépendance américaine (1775-1783) avec, en point d’orgue, Yorktown (1781), où les Franco-Américains triomphent grâce, en particulier, à une parfaite coordination interarmées. En outre, pour l’auteur, « nulle autre bataille de l’Histoire n’a peut-être eu plus d’influence dans l’histoire des États et des relations entre eux ». Il conclut avec une vingtaine de pages dans lesquelles il passe en revue des concepts majeurs comme la « révolution militaire », le mythe de la « bataille décisive » ou le « blocage tactique », qui ne manquent pas d’interroger ceux qui réfléchissent aux conflits actuels et à venir.

Au final, ce livre met parfaitement en lumière comment, en trois siècles à peine, la guerre et la bataille changent d’échelle, de forme, d’intensité, d’espaces, d’acteurs. L’étude à la fois minutieuse et synthétique des batailles de l’époque moderne parmi les plus importantes, sur terre et sur mer, est brillante et place ce livre comme une référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire.


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