Après Karkhov, Crécy, Verdun et Okinawa, le cinquième volume de la collection « Champs de bataille » est consacré à Gettysburg. Il est l’œuvre de l’un des meilleurs spécialistes français de la guerre de Sécession (1861-1865), Vincent Bernard, qui a notamment publié deux biographies remarquées, l’une du général Lee et l’autre de son grand adversaire, le général Grant. Le livre, construit chronologiquement, est divisé en trois parties (un cahier central offre des cartes très pédagogiques). La première analyse « la route de Gettysburg ». L’auteur y présente les caractéristiques des deux armées qui se font face : celle de Virginie du Nord du général Lee (soixante-quinze mille hommes) et celle du Potomac du général Meade (quatre-vingt-quinze mille hommes). En outre, il décrit remarquablement les causes qui ont conduit à cette bataille en se focalisant sur les « deux années d’échecs répétés et souvent humiliants subis sur le théâtre oriental par l’armée nordiste entre 1861 et 1863 ». En particulier, le souvenir de Chancellorsville (30 avril-6 mai 1863) « pèse lourd » lorsqu’il s’agit de comprendre la bataille de Gettysburg. Cette dernière est bien intégrée dans une campagne du général sudiste Robert Lee qui vise, après ses victoires de Fredericksburg et de Chancellorsville, à « porter un coup d’ampleur susceptible de miner suffisamment le moral de l’Union » en amenant une seconde fois la guerre au Nord. Lee fait donc franchir le Potomac à ses troupes, prend la direction la Pennsylvanie et, tout en mettant en œuvre un plan de déception, marche vers Gettysburg. Vincent Bernard montre clairement que la rencontre des deux armées dans cette ville ne doit rien au hasard : elle est le fruit de la géographie et du coup d’œil des deux généraux.
La deuxième partie de l’essai est, elle, dédiée à la bataille qui débute le 1er juillet 1863. Les affrontements y sont très durs. Dès le premier soir, on compte neuf mille morts côté nordiste et six mille chez les sudistes. Pendant les trois journées de cette véritable bataille d’usure, les soldats de Lee vont s’épuiser dans des assauts sanglants contre les positions de l’Union. Le 2 juillet, toutes les tentatives de contournement des sudistes échouent. Le 3, Lee cherche à porter un coup décisif. C’est alors qu’a lieu l’un des épisodes mythiques de cette bataille : la « charge » de la brigade Pickett pour tenter de briser le centre des lignes de l’Union. La troisième partie du livre relate les suites de la bataille. Lee finit par se replier et parvient à sauver son armée. Les pertes totales de ces trois journées sont encore débattues, mais le chiffre de vingt-trois mille de chaque côté peut être retenu. Dans cette dernière partie, quelques pages sont également consacrées à l’écho de la bataille dont « les circonstances, le contexte, le déroulement, l’issue et l’ampleur inégalée des pertes finiront par concentrer l’essentiel du poids mémoriel du conflit, au détriment de dizaines d’autres batailles majeures ».
Au final, cet ouvrage est particulièrement clair et détaillé. L’analyse très équilibrée, nourrie des meilleures sources et de plus de dix années de travail de l’auteur, permet sans nul doute de mieux comprendre cette bataille de Gettysburg qui « restera, à l’instar de Solferino, de Sadowa ou de Sedan, comme l’un des jalons majeurs d’un xixe siècle en pleine transition entre les grandes batailles rangées et celles des gigantesques guerres de matériel de l’âge industriel. Une bataille […] illustrant les impasses tactiques en gestation du fait de l’évolution des armements, incarnant le grand affrontement Nord-Sud et inscrivant dans le marbre mémoriel certains des épisodes les plus célèbres de la guerre ».