N°55 | Vaincre

Emmanuel Hecht
L'Amiral Bloch
Une vie d'engagement au service de la France
Paris, Perrin, 2023
Emmanuel Hecht, L'Amiral Bloch, Perrin

Les ingénieurs militaires sont des personnages clés lorsque l’on parle de la défense de la France. Pourtant, bien peu de biographies sont consacrées à leurs grandes figures. Cet essai d’Emmanuel Hecht, historien de formation et ancien journaliste aux Échos et à L’Express, participe donc à combler un vide. Il faut dire que la très riche vie de René Bloch (1923-2016) méritait particulièrement d’être étudiée. Sa personnalité, son goût de l’organisation, son aptitude à faire aboutir des projets font de lui un ingénieur « hors pair ».

Ce livre, qui ne suit pas une trame chronologique, débute par la fin de la vie militaire de Bloch et son poste le plus emblématique : ses onze années à la tête du Centre d’essai de Bloch des Landes (cel), près de Biscarosse, où sont testés les missiles. Il s’y impose comme un « grand patron » pour les cinq cents personnes qu’il dirige et se trouve alors au cœur de la dissuasion nucléaire. Mais en 1981, au tout début du mandat de François Mitterrand, il est « saqué comme un malpropre ». Ce congédiement restera comme une plaie ouverte pour « l’amiral ». Proche de Pierre Messmer, il demeurera très connecté au monde des programmes d’armement et continuera à distiller ses conseils.

L’auteur revient ensuite sur les débuts de la vie de René Moïse Bloch. Né dans une famille juive alsacienne, il restera marqué par la tradition religieuse. Dévoué serviteur de l’État, il s’engage dans la France libre à dix-sept ans et devient officier dans la 1re dfl. Il participe notamment à la campagne d’Italie en 1943 et au débarquement de Provence en 1944. Diplômé de Polytechnique après la guerre, ingénieur du génie maritime, il devient une figure de l’aéronautique. En effet, alors que la Marine se dote de deux porte-avions, René Bloch va lancer les programmes d’aviation embarquée modernes. D’abord, le Sea Venom britannique, qui deviendra l’Aquilon et sera construit dès 1952 en France. Puis, le cm 175 Zéphyr, le br 1050 Alizé de lutte anti-sous-marine (Breguet) et l’Étendard IV (Dassault). Son « chef-d’œuvre » est le Breguet Atlantic, avion de patrouille maritime dont il est le directeur de programme. Premier système d’arme entièrement réalisé en coopération entre plusieurs pays de l’otan, il coûta 6 % de moins que prévu et fut livré dans les temps. Une rareté ! Emmanuel Hecht met également en lumière les difficultés engendrées par la création de la Délégation ministérielle pour l’armement (dma, ancêtre de la dga) en 1961, qui entraîne notamment la fusion des onze différents corps d’ingénieurs militaires, dont le génie maritime. Bloch est très opposé à cette réforme et n’hésite pas à en informer ses supérieurs en restant fidèle à ses valeurs et ses engagements. Ainsi, en 1964, il écrit : « Trois ans après l’instauration de la Délégation ministérielle pour l’armement, il ne fait plus aucun doute pour aucune des personnes réellement compétentes en la matière que l’expérience se solde par un échec total. »

Au final, cette biographie courte et enlevée, qui exploite des archives inédites, permet de mettre en avant un profil de chef militaire d’un autre genre. Sa lecture est à conseiller à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’aéronautique et des programmes d’armement.


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