Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°37 | Les enfants et la guerre

Jeanne Teboul
Corps combattant
La production du soldat
Jeanne Teboul, Corps combattant, Maison des sciences de l’homme

Il est toujours bon de se soumettre à un regard extérieur. On y apprend beaucoup, même si cela n’est pas forcément agréable. C’est le cas de cet ouvrage qui s’intéresse aux quelques mois qui font d’un jeune civil un militaire. Pour mettre de côté d’emblée la question de la légitimité, Jeanne Teboul précise qu’elle a passé plusieurs années à observer dans un régiment les nouvelles recrues, qu’elle les a accompagnées sur le terrain et qu’elle a participé à différentes activités avec elles et leurs cadres. Son travail est centré sur la transformation du corps à travers un processus qui débute dès l’entrée de la recrue dans l’enceinte militaire et se prolonge jusqu’à la fin des classes. Notons ici une limite de l’ouvrage : il manque l’étude de deux dimensions, celle du combat et celle du parachutisme. L’auteur ne cesse d’évoquer l’identité para, mais à aucun moment ne sont traités le saut et le combat, même si la question de la violence est évoquée rapidement. En fait, Jeanne Teboul se concentre sur les premiers mois de formation, qui ne constituent pourtant qu’une petite partie de la « fabrique » du combattant. Les trois quarts de l’ouvrage n’apportent pas d’éclairage original : coupe de cheveux, perception du paquetage... La description de la sociabilité, de l’uniforme ou encore de la cohésion n’apporte pas non plus de nouveaux éléments. Manque une réflexion plus historique ou généalogique de certaines pratiques, même si quelques-unes, comme la poussière, sont expliquées. Certaines analyses me semblent vouloir absolument être dans l’air du temps. Par exemple, voir du genre dans la plupart des pratiques : hacher les dernières syllabes des chants militaires serait une façon de supprimer les finales en e jugées trop féminines et ainsi affirmer la virilité. D’ailleurs, et c’est dommage, les jeunes femmes sont à peine évoquées alors qu’il aurait été intéressant de savoir comment elles vivent cette transformation. C’est dans la dernière partie du livre qu’émerge une constatation intéressante : la coexistence de deux corps militaires, celui qui parade et celui qui se bat. Comme l’auteur le montre bien, tout semble les opposer. Le corps qui parade est un corps soigné, esthétisé jusque dans la musculature, alors que le corps combattant est le plus souvent recroquevillé, résilient à la douleur et très contraint. Mais la réflexion en reste là. Ce thème aurait mérité d’être central tant il suscite d’interrogations. Le livre refermé, on reste donc sur sa faim. Car de corps combattant il n’en est pas vraiment question, mais plutôt de corps en transformation en vue du combat. Combattre n’est pas s’entraîner...


Les 7 péchés capitaux du chef ... | Gilles Haberey et Hugues Perot