Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°23 | En revenir ?

André Bach
Justice militaire, 1915‑1916
André Bach, Justice militaire, 1915‑1916, Éditions Vendémiaire

Avec le brio et la précision que l’on lui connaît, le général (2S) André Bach livre aujourd’hui une nouvelle étude. Comme pour ses précédents ouvrages (de référence), il s’agit pour l’historien d’un plaisir rare de lecture et de découverte. Avec cette étude extrêmement détaillée de la question de la justice militaire en 1915 et 1916, il nous entraîne, à la fois chronologiquement et thématiquement, dans les arcanes d’une justice qui a été d’exception, avant de devenir provisoirement une règle, puis d’être progressivement assouplie avant de disparaître. Parallèlement, presque, aux tensions proprement militaires sur le front, « la hantise de la discipline » pousse d’abord les autorités à (sur)réagir par la seule répression, la plus stricte. Mais la France reste un État de droit et les généraux ne sont pas nécessairement assoiffés de sang : pour les soldats présentés devant les conseils de guerre, des « défenseurs dignes de ce nom » sont progressivement nommés et les voies de recours précisées, voire élargies. Les errements et les excès initiaux, la guérilla parlementaire contre le gqg, les incompréhensions entre autorités militaires et monde politique (rapports différents au court terme et au moyen terme en particulier), certains allers-retours de condamnés entre le front, l’arrière et même l’outre-mer, les refus d’obéissance du printemps 1916 à Verdun (qui à notre connaissance n’avaient jamais été étudiés avec un tel luxe de détails), quelques comparaisons avec les situations vécues dans les armées britanniques sur la Somme, jusqu’à l’analyse des délais de procédure : tous les chapitres sont dune extrême richesse. Finalement, « en cette fin 1916, début 1917, elle [la justice militaire] semblait s’être installée dans une certaine routine, avec un fonctionnement assez curieux : les juges condamnent à mort, mais, en même temps, ils font savoir qu’ils y sont obligés par les textes de loi et s’adressent presque systématiquement à la clémence du président de la République. [...] Une sorte d’équilibre, non codifié, s’est instauré dans la pratique au quotidien de l’administration de la justice par l’autorité militaire ». On apprécie tout particulièrement les nombreux tableaux chiffrés, précis (aussi précis que possible), réalisés par l’auteur à partir des archives exploitées, les nombreuses notes, la qualité des sources et de la bibliographie, l’index final très complet. Une belle, une splendide étude qui contribue indiscutablement à faire progresser la connaissance historique sur le sujet.

PTE

Ma blessure de guerre invisib... | Sylvain Favière