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N°13 | Transmettre

Anthony Rowley et Fabrice d’Almeida
Et si on refaisait l’histoire ?
Paris, Odile Jacob, 2009
Anthony Rowley et Fabrice d’Almeida, Et si on refaisait l’histoire ?, Odile Jacob

Depuis plusieurs années, portés par un effet de mode, les petits ouvrages consacrés à la « réécriture » des événements historiques et de leurs conséquences se multiplient. Celui que viennent de faire paraître Anthony Rowley et Fabrice d’Almeida ne déroge pas aux règles du genre et les deux auteurs affirment en introduction vouloir s’intéresser « aux bifurcations, aux points aveugles de l’histoire », puis développent en conclusion le principe de cette « histoire potentielle », selon laquelle Marie-Antoinette aurait pu exercer en 1792 une régence probablement « heureuse », car elle « jouit d’une réelle popularité » (p. 101), et ce au lieu et place du processus révolutionnaire. Ce faisant, ils balayent quelque vingt-cinq siècles d’histoire, de la bataille de Salamine à la guerre israélo-arabe : si les Arabes avaient triomphé à Poitiers ? si Napoléon avait été battu à Austerlitz ? si la bombe atomique n’avait pas été prête en 1945 ?

L’exercice atteint ici ses limites. Le genre impose en effet que les auteurs imaginent une évolution ultérieure totalement différente, voire opposée à ce qui a été. Si les Arabes avaient gagné à Poitiers, « nous ignorerions sans doute le sens du mot moderne » (p. 47). Si Napoléon avait été battu à Austerlitz, « la France bourgeoise aurait profité de sa révolution » (p. 111). Si la bombe atomique n’avait pas été prête en 1945, serait née une « République démocratique du Japon » sur le quart nord de l’Empire nippon, « avec Sapporo pour capitale », avant qu’en 1952, faisant suite à la guerre de Corée, « le Sud-Japon attaque le Nord » (p. 171).

Au bilan, ce type d’ouvrage peut se lire à plusieurs niveaux. Cette « reconstruction » de l’histoire obéit d’abord à des règles littéraires, voire romanesques, et ignore d’innombrables paramètres, qu’il s’agisse de facteurs objectifs ou de tendances lourdes, faisant écrire – trop rapidement – qu’en 1914 von Moltke « joue à la manière d’un César ou d’un Bonaparte » (sic !), tandis que Gallieni n’a « pas besoin de téléphone pour ordonner au troufion de faire demi-tour et de se lancer à l’assaut, ni pour réquisitionner les fameux taxis qui allaient sonner le glas des chimères stratégiques de Moltke » (p. 127), taxis dont on sait bien qu’ils ne tiennent qu’une place tout à fait marginale dans la réalité de la bataille de la Marne. Ceci étant posé, la lecture de ce type de volume est loin d’être désagréable : « livre de plage » de l’amateur d’histoire, il favorise l’envol de l’imagination le temps d’un après-midi de détente et, à ce titre au moins, peut mériter de vous accompagner profiter de l’ombre d’un pin face à la mer immense…


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