N° 62

Sans mentir

Éditorial

Hervé Pierre

Dossier

Patrick Clervoy

De la mauvaise foi

Il existe en chacun de nous un potentiel de mauvaise foi. Ce mensonge réflexe, cette malhonnêteté intellectuelle au service d’un bénéfice personnel. À court terme, lorsqu’elle fonctionne, c’est une stratégie efficace. Mais à long terme, elle détruit les relations de confiance nécessaires pour vivre en société ou s’entendre entre nations.
Jacques Tournier

Mentir, ou l’usage fallacieux de l’imaginaire

Le mensonge procède d’un usage de la parole qui puise dans l’imaginaire la matière de son propos fallacieux. Avec l’invasion grandissante des images, la restriction graduelle de l’espace laissé à la parole n’est peut-être pas étrangère à la facilité avec laquelle se diffusent les discours mensongers.
Pierre-Emmanuel Guigo

L’antimachiavélisme en politique.

Michel Rocard n’a cessé de vouloir « faire de la politique autrement » parce qu’il refusait de sacrifier la vérité à la conquête du pouvoir. C’est ce qui l’a rendu atypique, incompris, souvent marginalisé, mais aussi durablement respecté. Une figure forte à l’heure où la politique est plus que jamais confrontée à la tentation de la simplification et du mensonge.
Agnès Mannooretonil

« Menteur toi-même ! »

Pinocchio, personnage du conte éponyme de Carlo Collodi, est le symbole du menteur. En réalité, ce sont tout autant les mensonges bien plus graves des autres personnages qui font de ce chef-d’œuvre un apologue sur la rareté de la parole vraie. Et une mise en garde contre ceux qui abusent de la crédulité des faibles.
Haïm Korsia

Même dieu ment !

La Torah et le Talmud condamnent fermement le mensonge, considéré comme une atteinte à l’ordre divin et à la confiance humaine. Cependant, certaines situations exceptionnelles peuvent justifier un écart à la vérité lorsqu’une valeur supérieure est en jeu. Des dérogations strictement encadrées.
Olivier Hanne

Les visages du mensonge et leurs détournements dans l’histoire de l’islam

S’il est difficile de cerner la place du mensonge dans une civilisation aussi diverse et complexe que celle de l’islam, il est toutefois possible de poser quelques jalons sur certaines perceptions récurrentes, qui plongent dans la linguistique, dans les textes référentiels, et qui ont pu jouer un rôle dans certains épisodes historiques majeurs.
Éric Letonturier

Le mensonge, une vertu sociale par défaut

Les premiers penseurs de la modernité ont réhabilité le mensonge au nom de la « vérité effective des choses » et de la réalité complexe des circonstances politiques. Du prince au peuple, sa démocratisation participe à la thèse d’un adoucissement des mœurs, mais aussi au jeu des apparences comme nouvel espace social d’expression des libertés et des intérêts.
Dominik Manns

Le Menteur de Corneille, panorama du mensonge à l’âge baroque

Dans Le Menteur, la morale incarnée sur scène est double : le mensonge est la marque de la virtuosité d’une élite, un sésame pour séduire et donc le mal nécessaire de la galanterie ; mais hors des cercles mondains, il peut constituer une offense impardonnable aux principes de la noblesse. Entre ces deux voies, Corneille rappelle aussi à quel point mensonge et théâtralité sont liés.
Alexandre Duval-Stalla

L’avocat face au mensonge

L’avocat n’a pas pour mission de révéler une vérité absolue, mais de construire une vérité judiciaire convaincante pour éclairer les zones d’ombre de l’accusation. Contrepoids de celle-ci, il assure que le doute profite toujours à l’accusé au sein d’un débat contradictoire et loyal. Alors, comment gère-t-il le mensonge ?
Marc Vigié

L’historien peut-il mentir ?

L’historien peut-il mentir ? La question, vieille de vingt-cinq siècles, demeure posée en un temps où se multiplient les falsifications de la vérité. Alors qu’est-ce qu’être historien ?
Marie Peucelle

« Qui chique à mort n’a jamais tort »

Les policiers sont chaque jour confrontés au mensonge. Y sont-ils formés ? Comment manœuvrent-ils pour trouver la vérité ? Doivent-ils eux-mêmes mentir pour y parvenir ? Rencontre avec un commissaire, un officier de police et un négociateur, tous issus d’un service d’intervention spécialisé de la police judiciaire.
Rémy Hémez

Mentir pour le succès des armes

Les opérations de déception militaires visent à induire l’ennemi en erreur par un mensonge crédible. Leur efficacité a fait ses preuves. Pourtant, les sociétés occidentales perçoivent souvent ces méthodes comme immorales, ce qui limite leur emploi. Qu’en est-il ?
Maxime Yvelin

La morne plaine du mensonge

En raison de la singularité du métier des armes, caractérisé par un rapport étroit avec la mort, le mensonge serait une chose trop grave pour toucher les militaires. Il n’en est pourtant rien. Et lorsqu’il est révélé au grand jour, il agit comme une déflagration, soufflant tout sur son passage. La bataille de Waterloo offre un intéressant cas d’étude des mécanismes de ce phénomène destructeur.
Ambroise Garel

L’IA ment-elle ?

L’intelligence artificielle est devenu un sujet omniprésent dans nos quotidiens déjà très connectés. Or la fiabilité des réponses qu’elle propose est pour le moins discutable. Un des aspects les plus troublants des moteurs conversationnels est leur capacité à affirmer des choses fausses avec assurance. Alors pourquoi l’IA ment-elle ?
Joséphine Staron

Vérité et mensonge : de la quête philosophique du vrai au brouillage contemporain du réel

La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Existe-t-il une obligation morale universelle portant chaque individu à préférer la vérité au mensonge ? Une société humaine peut-elle durablement fonctionner si tous ceux qui la composent respectent un strict principe de vérité ? Des questions qui, depuis des siècles, suscitent controverses philosophiques et politiques. Plus encore aujourd’hui.
Samuel Laurent

Du fact checking à la post-vérité, comment le journalisme a perdu la guerre des faits

Le fact-checking a connu un essor sans précédent dans les années 2010, au moment où les réseaux sociaux s’imposaient comme un canal privilégié d’information. Mais ces mêmes réseaux, où la véracité importe peu face à l’émotion du récit et à la fragmentation partisane, ont provoqué sa disparition, qui coïncide avec celle de la capacité des médias « traditionnels » à être les garants d’un débat démocratique qui ne repose désormais plus sur les faits.
Camille Frey

L’angélisme nous pousse-t-il à mentir ? Le cas Wikipédia

Wikipédia incarne les ambiguïtés des communs numériques : portée par un idéal d’ouverture et de décentralisation hérité du libéralisme du XXe siècle, cette encyclopédie collaborative s’est imposée comme une autorité informationnelle majeure sans se doter de mécanismes de responsabilité épistémique, ce qui la rend structurellement vulnérable aux stratégies de désinformation.

Pour nourrir le débat

Gérald Arboit | Florian Bunoust-Becques

Les attachés militaires dans le jeu diplomatique

Généralement considérés comme des « auxiliaires techniques de la diplomatie », les attachés militaires sont rarement vus comme les « agents des relations internationales » qu’ils sont depuis leurs origines. Retour sur l’histoire longue de cette fonction.
Élise Bernard

La préservation du patrimoine en zone de conflit armé

Le conflit en Ukraine, ciblée par la Russie dans une stratégie de négation de son identité, montre le besoin de planification anticipée et d’une meilleure intégration des enjeux culturels dans les stratégies de défense, en plus des outils juridiques. Et de reconnaître la destruction du patrimoine comme un crime contre l’identité collective.

Comptes rendus de lecture