Le fil Inflexions
N° 61
Ralentir
Éditorial
Anaïs Meunier
Dossier
Charles Wright
La lenteur ou la vie à haute intensité
Aujourd’hui, pour être réussie, une vie doit être soumise à des excitations continues, des variations, des mouvements. Or on ne peut vivre dans un paroxysme constant. Et s’il était temps de rendre la lenteur à nouveau désirable ? Et si la véritable intensité était dans la décélération, qui permet d’élargir et d’approfondir notre présence au réel, aux autres, aux choses ?
Jean Richer
Penser les phénomènes de vitesse avec Paul Virilio
Paul Virilio est connu pour avoir conceptualisé les phénomènes de vitesse et leur influence sur la stratégie militaire à partir de l’observation des conflits du XXe siècle, de la tactique à la communication de masse : accélération, inertie, retardement, évitement, dissimulation, simulation, disparition, surveillance. Son héritage réside dans la vigilance face à l’accélération.
Michel Yakovleff
Les armées et la syncope
L’accélération comme source de supériorité n’explique que quelques victoires militaires. Il faut donc que les armées envisagent d’autres modes d’action que la seule recherche de la vitesse. Et, pourquoi pas, qu’elles cultivent le champ fertile qu’offre la syncope, un rythme qui intègre par nature moments d’attente et contre-pieds.
Jean Michelin
Apprendre : lenteur et précision
Comment le ralentissement dans l’acquisition du geste permet-il de faciliter son appréhension ? Quelles sont les implications de ce ralentissement dans l’apprentissage de la musique, des savoir-faire élémentaires, de la pratique de l’ordre serré, disciplines certes différentes mais qui nécessitent toutes un fort degré de précision ?
Mathilde Monnier
Ralentir, une nouvelle dimension chorégraphique à explorer
La grande chorégraphe Mathilde Monnier s’interroge pour Inflexions sur ce que signifie pour elle ralentir. Une dimension à explorer, non pour danser lentement, mais pour expérimenter une matière plus dense, en éprouver chaque fragment, donner à voir une intensité.
Laurent Combalbert | Yann Giraud
Négocier, c’est jouer du temps
La négociation est un processus qui s’inscrit dans le temps et nécessite méthode, calme et lucidité. Maîtriser le tempo est une tactique puissante, car celui qui impose le rythme oriente la dynamique des échanges. Ralentir permet de reprendre le contrôle, d’observer, de réfléchir… Les négociateurs de crise le savent : dans l’urgence, c’est souvent la seule voie vers la réussite.
Rémi Allemand
De la pleine conscience dans les armées
La méditation en pleine conscience (mindfulness) est un entraînement de l’attention qui aide à diminuer le stress, à avoir une meilleure stabilité émotionnelle, à augmenter sa capacité d’attention et à limiter les conflits relationnels. Son usage est particulièrement adapté au contexte opérationnel. C’est la raison pour laquelle la Marine nationale a développé le programme Alcyon.
Marie-Hélène Chevrier
« Rien ne sert de courir… »
Depuis 1850, nos sociétés sont devenues « hypermobiles ». Pourtant, si la massification du tourisme accompagne ce changement de rythme, les observateurs notent l’essor, depuis les années 1990, d’une pratique qui paraît à rebours de cette accélération : le pèlerinage.
Didier Sicard
« Hâte-toi avec lenteur »
Notre temps est celui de l’impétuosité et de la prise de décision rapide. La médecine n’échappe pas à cette tendance, mettant en danger le soin apporté aux malades, la relation médecin/patient, le fonctionnement de l’hôpital, alors que devrait être préservé le temps long de l’analyse et de l’évaluation.
Jacques Tournier
Le temps de la patience stratégique, ressort oublié de la Ve république
Face aux diverses menaces susceptibles de provoquer des crises remettant en cause les conditions de développement des sociétés contemporaines, il conviendrait d’engager des politiques de longue haleine et d’imposer l’inévitable lenteur à laquelle obéit leur déploiement. Or, les responsables politiques, pris dans un climat d’impatience pressée, y sont peu enclins.
Rémy Porte
Savoir temporiser. pétain, 1917
Lorsqu’il en prend le commandement en mai 1917, après l’échec de la meurtrière offensive Nivelle, Pétain doit reconstruire l’armée française et redonner le moral aux poilus afin qu’ils retournent au combat. Pour ce faire, il impose pause, ralentissement et temporisation.
Pierre Cosme
Fabius Cunctator face à Hannibal
Pour vaincre Hannibal, Q. Fabius Verrucosus, plusieurs fois élu consul et dictateur, choisit d’adopter une stratégie en rupture avec celle prônant l’offensive jusqu’alors mise en œuvre et qui a conduit l’armée romaine à de lourdes défaites. Ce qui lui valut le surnom de Cunctator, le « Temporisateur ».
Clément Oury
Choisir la lenteur ?
À la fin du Grand Siècle, jamais les troupes n’ont été si nombreuses et mieux organisées. Pourtant elles échouent à atteindre leur objectif : soumettre l’ennemi et obtenir une paix favorable dans les meilleurs délais. Alors, en jouant la carte du volume plutôt que de l’agilité, de la sécurité au détriment de l’ampleur des gains, le Roi-Soleil et ses homologues ont-ils choisi la lenteur ?
Olivier Faure
« Je prends désormais le temps »
Une vie d’engagement à cent à l’heure, la vibration séduisante et enivrante de la vitesse, la sensation d’être invincible… Et un jour le cœur dit stop. C’est l’heure du doute et de la réflexion. Ralentir, faire un pas de côté, ou même s’arrêter ? Est-il possible de changer sans renoncer ? Témoignage.
Pour nourrir le débat
Jérôme Arnauld des Lions
L’engagement du cheval au combat
Au XIXe siècle, face à la modernisation de l’armement et à la motorisation, le cheval guerrier a été relégué de la mêlée à l’appui puis au soutien. Malgré tous les services rendus, il a fini par perdre son rôle opérationnel. La question se pose aujourd’hui de son retour.
Mikaël Le Gouaréguer
1815-1816. La cérémonie militaire, outil de communication politique
Après la dissolution de l’armée impériale exigée par les alliés, est créée une « nouvelle armée nationale », une force de sécurité intérieure à même de garantir la paix civile promise par Louis XVIII. Chaque étape de sa montée en puissance est l’occasion de cérémonies militaires, véritables actions de communication permettant d’occuper l’espace public et le champ médiatique.
Julien Fargettas
De quoi le capitaine N’Tchoréré est-il le symbole ?
Le capitaine N’Tchoréré, officier du 53e ricms au parcours atypique, meurt pour la France à Airaines, dans la Somme, en juin 1940. Un monument y est érigé à son nom. Mais comment est-il mort ? Sa dépouille n’a jamais été retrouvée et les versions divergent.
Comptes rendus de lecture
Mayeul
La Voie du soldat
Aristide Leucate
Polémos notre père
Michel Goya
Théorie du combattant
Jean Lopez
Heinz Guderian
Hervé Pierre
Le Général Beaufre
John Hasey
Un Américain dans la Légion
Stéphane Weiss
Les Poches de l’Atlantique et de Dunkerque
Emmanuel Rondeau
Les Frères d’Astier de La Vigerie
Marc Hecker
Daech au pays des merveilles