N°56 | La Nuit

André-Paul Comor
Histoire du 1er régiment étranger de parachutistes, 1948-1961
Des rizières d’Indochine au putsch d’Alger
Paris, Perrin, 2023
André-Paul Comor, Histoire du 1er régiment étranger de parachutistes, 1948-1961, Perrin

Treize années, de 1948 à 1961, voilà combien de temps a duré l’histoire du 1er régiment étranger de parachutistes (1er rep). C’est bien peu comparé à nombre d’autres régiments de l’armée de terre : le plus ancien, le 1er d’infanterie, est riche de cinq siècles et demi d’histoire, et le plus vieux régiment de légion a, quant à lui, été créé en 1841. Et pourtant, par ses performances opérationnelles, sa participation à des « défaites glorieuses », les figures qui ont peuplé ses rangs et surtout pour avoir été le fer de lance de la « fronde des généraux » d’Alger, le 1er rep est entré dans l’Histoire. Sa courte existence méritait donc bien un ouvrage de plus. De nombreux écrits lui ont en effet déjà été consacrés, en particulier par de grands acteurs de son épopée tels Pierre Sergent, Erwan Bergot ou Pierre Montagnon. Mais André-Paul Comor, maître de conférences honoraire à l’Institut d’études politiques (iep) d’Aix-en-Provence, auteur de nombreux travaux sur l’histoire militaire et spécialement sur la Légion étrangère, dont La Légion étrangère. Histoire et dictionnaire chez Bouquins, applique enfin une méthode de recherche historique rigoureuse à un sujet qui le mérite largement.

Ce remarquable essai suit un plan chronologique articulé en deux parties, l’Indochine puis l’Algérie, et douze chapitres. Le 1er bataillon étranger parachutiste (1er bep) naît en 1948 en Indochine dans un contexte où seule la Légion étrangère dispose des effectifs pour répondre aux demandes de renforts et où les unités parachutistes ont le vent en poupe, en particulier suite aux succès obtenus par la demi brigade des commandos parachutistes sas et la demi brigade de marche parachutiste (notamment lors de l’opération « Léa »). Son chef est le capitaine Pierre Segrétain, premier officier de Légion breveté parachutiste. André-Paul Comor décrit avec force détails les premiers pas, parfois difficiles, du bataillon au Tonkin en 1948-1950. Puis le 1er bep est engagé dans la bataille de la rc 4 (17 septembre-8 octobre 1950) où « l’histoire a retenu les actions d’éclat et autres actes d’héroïsme individuels et collectifs, la discipline du feu des légionnaires et l’abnégation de tous dans ces combats sans espoir ». Cent neuf hommes sont morts au combat, trois cent quarante-quatre ont disparu et sont présumés prisonniers, cent soixante et onze vont mourir pendant leur captivité. En 1951, le bataillon renaît de ses cendres ; il participe, entre autres, aux batailles d’Hoa Binh et de Na San. Jusqu’à une nouvelle grande épreuve : Dien Bien Phu. S’il s’illustre lors de plusieurs faits d’armes comme sur « Éliane 1 » les 10 et 11 avril 1954, il est une nouvelle fois lourdement touché en perdant plus de 50 % de ses effectifs. Le 8 février 1955, « après soixante-neuf mois de présence ininterrompue en Indochine, il rejoint l’Afrique du Nord. Il a gagné une réputation de « troupe d’assaut » au prix des pertes les plus élevées de tous les corps de la Légion présents en Indochine, soit vingt et un officiers, soixante-dix sous-officiers et cinq cent quatre-vingt-dix légionnaires. »

En Algérie, les hommes du 1er bep, qui devient régiment le 1er septembre 1955, doivent s’adapter à une « nouvelle guerre ». L’emploi initial du régiment dans des opérations de « bouclage-ratissage » ne satisfait personne. L’effort porte alors sur la préparation opérationnelle pour s’adapter au terrain et à l’adversaire. La mise en place de la méthode de l’assaut héliporté vient également améliorer la performance tactique. En 1957, le régiment participe à la deuxième puis à la troisième bataille d’Alger. L’auteur fait à cette occasion une analyse équilibrée de l’usage de la torture dans les opérations de renseignement. En 1958, vient la bataille des frontières où, avec Jeanpierre à sa tête, il montre tout son potentiel. Puis c’est le plan Challe : le 1er rep nomadise pendant cent vingt-six jours dans des régions montagneuses isolées. Des « premiers craquements » sont nets en novembre 1960, notamment après l’allocution du chef de l’État du 4 novembre. Des signes avant-coureurs d’une crise morale avaient été relevés dès 1954 avec de nombreux jeunes officiers qui discutaient âprement le sens du combat en Indochine. L’un des grands mérites de cet excellent livre est de clairement montrer le processus pluriannuel qui explique que « les légionnaires parachutistes qui ont occupé le devant de la scène avec leurs camarades des réserves générales, souvent montrés en exemple, ont été pris au piège du mirage de l’Algérie française finissante ».


Les Grandes Histoire navales d... | Loïc Guermeur
Collectif | Black Trends