Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°42 | Guerre et cinéma

Franck Michelin
La Guerre du Pacifique a commencé en Indochine 1940-41
Paris, Passés Composés, 2019
Franck Michelin, La Guerre du Pacifique a commencé en Indochine 1940-41, Passés Composés

L’Histoire est parfois prisonnière de ses projecteurs trop étroits. Cet ouvrage a l’immense mérite de recourir à des documents japonais inédits. Ce qui lui permet de reconstituer le puzzle subtil de cette guerre du Pacifique. Les exigences japonaises de 1940-1941 sur le Tonkin n’avaient pas pour but de conquérir l’Indochine, mais de s’assurer une base de départ sûre pour la conquête des Indes néerlandaises et de Singapour. Il ne s’agissait pas de coloniser, mais de profiter de l’humiliation française en 1940 pour obtenir à moindres frais un approvisionnement sécurisé en riz et des bases aéroportuaires. D’où le malentendu permanent du gouverneur vichyssois Decoux, prêt à tout sacrifier pour maintenir la fiction d’une Indochine française. L’image et non l’essence. Le jeu subtil de médiation du Japon entre la France et la Thaïlande revendiquant le Laos et le Cambodge n’avait pas pour but de résoudre un conflit frontalier, mais simplement de chercher à obtenir des deux pays des avantages stratégiques. Les Américains et les Anglais n’ont compris que tardivement l’importance stratégique de l’Indochine comme base de départ de l’impérialisme japonais. Lorsqu’ils l’ont saisi, il était trop tard. Leurs mesures économiques de rétorsion vis-à-vis du Japon ont été perçues comme si agressives que celui-ci s’est rendu compte qu’il n’avait plus d’autre choix que d’attaquer Pearl Harbor. Du Tonkin à Pearl Harbor, il fallait tout le talent de l’auteur pour démonter l’engrenage des enchaînements de causalité. Avec ce dernier constat : la fiction d’une Indochine française préservée durant la Seconde Guerre mondiale s’effondrera lorsque les indépendantistes, encouragés par le Japon, se rendront compte que « le roi est nu ». Le parti communiste vietnamien n’aura plus qu’à fédérer les ressentiments. Il faut parfois quatre-vingts ans et la mise au jour d’archives pour qu’une nouvelle compréhension des événements fasse place à une tout autre histoire que la vulgate. C’est tout le mérite de cet ouvrage passionnant.


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