Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°38 | Et le sexe ?

Nicolas Patin
Krüger
Un bourreau ordinaire
Fayard, 2017
Nicolas Patin, Krüger, Fayard

Le nom de Friedrich-Wilhelm Krüger n’était sans doute connu que de quelques spécialistes du système répressif nazi en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale et cette étude, aussi imposante que pointilleuse, sera sans aucun doute rapidement reconnue comme une contribution importante à notre connaissance du monde de ces « dirigeants intermédiaires », en charge de l’extermination à l’Est et de la germanisation de l’Europe orientale. À partir d’une impressionnante recherche, Nicolas Patin s’interroge essentiellement sur les conditions et les modalités qui peuvent expliquer l’évolution d’un homme, officier subalterne assez exemplaire de la Grande Guerre, qui, en 1944, « général de la police » sous les ordres d’Himmler, demande à repartir pour le front après avoir « perdu son honneur ». Comment passe-t-on de chef de section apprécié à organisateur rigoureux et efficace du génocide ? De nombreuses chroniques reviendront sur cet aspect essentiel du livre, mais si la recherche est parfaitement légitime, et semble-t-il tout à fait réussie (on apprécie en particulier le ton posé et les affirmations mesurées), d’autres aspects ont également retenu notre attention. Au-delà en effet d’un souci de définition du « bourreau » et de la question récurrente du poids d’une « génération du front », le lecteur apprend beaucoup sur des sujets rarement traités dans la littérature francophone, surtout avec autant de soin. Toute la première partie du livre est consacrée à la Grande Guerre de Krüger comme officier de troupe (un « cochon de tranchées »), à sa perception de l’Armistice, à son engagement dans les corps francs, au putsch de Kapp en 1923, puis à son adhésion au parti national-socialiste en 1929, à ses difficultés matérielles pendant la grave crise économique du début des années 1930. Cette période, extrêmement tumultueuse et difficile à appréhender dans sa complexité, est à notre sens fort bien rendue, même si ici ou là, au détour d’une phrase, on n’adhère pas totalement aux affirmations de l’auteur. En tout état de cause, l’accélération de l’évolution de Krüger entre 1929 et 1933 donne à réfléchir sur l’adhésion, si souvent niée, d’une grande partie des élites et du peuple allemands au nouveau régime. « Bon père de famille, mari aimant, collègue attentionné », il n’avait finalement qu’un idéal et qu’une certitude : sa « race ». Un livre important pour mieux comprendre l’histoire de l’Allemagne de la première moitié du xxe siècle.

PTE

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