Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°37 | Les enfants et la guerre

Max Schiavon
Corap
Bouc émissaire de la défaite de 1940
Paris, Perrin, 2017
Max Schiavon, Corap, Perrin

Avec sa biographie du général Corap, Max Schiavon poursuit son œuvre d’historien dédiée aux généraux français de la Seconde Guerre mondiale, déjà forte des passionnantes biographies de Georges et de Vauthier. Il s’attache ici à décrire avec objectivité la vie et la carrière de celui qui fut très vite désigné comme le responsable de la défaite de 1940 par Paul Reynaud à la tribune du Sénat. Alliant un remarquable travail d’historien – il a découvert et exploité les carnets inédits de Corap, que ce dernier a écrits régulièrement entre 1899 et 1945 – à un talent d’écrivain qui donne parfois l’impression de lire un roman, il dresse un portrait juste de cet officier aux qualités hors du commun. S’il n’a que très peu combattu durant la Grande Guerre, ne passant que deux mois en première ligne à la tête d’un bataillon du 2e zouaves, c’est lors de la guerre du Rif, alors qu’il est chef de corps, que Corap se révèle comme un chef de guerre remarquable, menant une campagne audacieuse qui lui permet de capturer Abdelkrim. Appelé dans les années 1930 à des commandements incluant la zone des Ardennes, il informe régulièrement le gouvernement et le haut commandement sur l’insuffisance de la préparation défensive de cette région et sur sa certitude que la forêt ne freinerait pas une attaque allemande. Placé en 1939 à la tête de la IXe armée, sous-entraînée, sous-équipée et sous-dimensionnée pour sa mission, à cet endroit du front toujours jugé secondaire par Gamelin, il n’aura là encore de cesse tout au long de la drôle de guerre de demander des renforts et des moyens, tout en attirant l’attention des dirigeants militaires et civils sur ce qu’il considère être l’endroit le plus faible du front. Malheureusement, les Allemands attaqueront précisément là où il l’a prévu. La suite est connue et le sort de la campagne de France est scellé. S’étant toute sa vie refusé à entrer dans le jeu des réseaux d’influence et de la politique, Corap s’est construit de solides inimitiés, dont celles des généraux Gamelin et Billotte, commandant le groupe d’armées auquel il est rattaché, ainsi que celles de Daladier et Reynaud, dont ces généraux ont l’oreille. C’est certainement la raison pour laquelle Paul Reynaud jette son nom en pâture à l’opinion publique et à l’histoire, alors que c’est l’armée de Huntziger qui s’est effondrée, permettant la ruée de la Wehrmacht. Avec ce livre, Max Schiavon rend justice à cet officier qui, certes, a commis des erreurs tactiques, mais qui aura été l’un des rares à porter un regard lucide sur la guerre qui couvait. Désigner un bouc émissaire a surtout permis de masquer l’incurie des gouvernements qui se sont succédé et d’officiers généraux soucieux de préserver leur postérité. Tant que sa mémoire le lui permettra et jusqu’à sa mort en 1953, Corap s’interrogera d’ailleurs sur cette campagne, à l’inverse d’un général Gamelin qui ne comprendra jamais ce qui a pu lui être reproché. C’est aussi un symbole. Enfin, à l’heure où la France se questionne à nouveau sur les moyens affectés à son armée, l’ouvrage de Max Schiavon prend une profondeur particulière lorsque l’on peut y lire qu’en 1936, Gamelin déconseille à Corap de rencontrer Daladier pour demander des moyens car celui-ci « est très susceptible dès qu’un général aborde, même de très loin, la politique militaire »…


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Jean-Clément Martin | La Terreur