Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°34 | Étrange étranger

Sébastien Albertelli
Histoire du sabotage
De la CGT à la Résistance
Paris, Perrin, 2016
Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage, Perrin

Une véritable somme ! Sur un long xxe siècle, mais surtout entre 1900 et 1945, Sébastien Albertelli retrace la généalogie du sabotage, à la fois théorisé comme outil de libération sociale par certains milieux révolutionnaires et comme technique de combat par quelques militaires. Écrit « sabottage » en 1901-1902, parfois vanté jusque dans les années 1907-1908 par une partie de la cgt, puis autour de la Guerre sociale de Gustave Hervé, à l’occasion des milliers de grèves qui secouent la France d’avant 1914, il intéresse également les milieux militaires depuis que l’action de francs-tireurs sur les arrières des Allemands en 1871 a montré son efficacité : « Les partisans du sabotage se sont nourris de cette réflexion sur la petite guerre, la guérilla et tout ce qui, dans les conflits entre nations, permet à un belligérant d’affronter un adversaire plus puissant. » Passant du « sabotage social » au « sabotage patriotique », l’auteur remonte lentement le temps en multipliant les exemples et en soulignant les évolutions. Quelques dizaines de pages sont consacrées à son usage pendant la Première Guerre mondiale, puis il aborde les questions souvent plus politiques de l’entre-deux-guerres, y compris pendant l’occupation de la Ruhr, avant de s’intéresser beaucoup plus longuement à la Seconde Guerre mondiale (la Résistance, les services britanniques, la France libre). Il s’efforce de quantifier la place du sabotage et d’évaluer son efficacité globale dans les combats de la Libération. Il termine par les manœuvres de ce type tentées par les Allemands à la fin de l’année 1944 sans réel succès. Finalement, « pensé comme une grève du zèle dans le monde syndical, [le sabotage] dérive très vite vers une violence qui le rapproche d’une pratique militaire », entourée de secret. L’usage n’en a pas disparu en 1945, même si le silence se fait. Un ouvrage tout à fait original, une étude solidement référencée (soixante pages de notes et références). Un livre sérieux et agréable à lire, qui pointe des évolutions techniques et morales, pratiques et institutionnelles.

PTE

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