Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°33 | L'Europe contre la guerre

Béatrix Pau
Le Ballet des morts
État, armée, familles : s’occuper des corps de la Grande Guerre
Paris, Vuibert, 2016
Béatrix Pau, Le Ballet des morts, Vuibert

Au revoir là-haut, d’Alfred Lemaître, le prix Goncourt de 2013, a non seulement magistralement remis en mémoire ce « ballet des morts » comme le dernier acte de cette tragique Première Guerre mondiale, mais aussi fait découvrir à la plupart des Français ce mélange de turpitudes et d’hommages. Mais il est rare qu’un écrivain et un docteur en histoire se rejoignent et s’épaulent l’un l’autre pour restituer la vérité de cette étrange période historique qui va durer plus de dix ans, occupée à « démobiliser les morts », les exhumer, les transporter, les réinhumer. Cette frénésie mortuaire est d’une extrême ambivalence. D’un côté, rendre un dernier hommage à ce million de « morts pour la France », respecter les douleurs des familles, et d’un autre, agir rapidement, de façon presque industrielle, pour ne pas multiplier à l’infini les actions individuelles. Ce dernier souci va être soumis à une temporalité administrative, bien souvent inadaptée aux situations particulières. D’où les exhumations sauvages qui vont conduire à des normes oscillant sans cesse entre la rigueur et le laxisme. Quelques personnages « vautours » vont faire main-basse sur ces quêtes, ces émotions, ces demandes en en faisant une véritable industrie. L’État, en la personne du célèbre André Maginot, leur fait abusivement confiance. Trafic de cercueils, matériaux inadéquats, mélange des corps, désordre des transports contribuent à créer une situation malsaine et scandaleuse. Mais le paradoxe est qu’au xxie siècle, le souvenir des poilus inhumés dans des cénotaphes militaires demeure plus fort que les tombes individuelles de plus en plus délaissées. La leçon de cette mémoire, absente dans le remarquable prix Goncourt, est que le mort au combat ne survit pour les générations futures que dans des grands cimetières militaires dédiés.


Visages de Verdun | Michel Bernard
Antoine Prost et Ger... | Verdun 1916