Le fil Inflexions

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20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°22 | Courage !

François Cailleteau et Alain Pellan
Les Officiers français dans l’entre-deux-guerres
Une génération dans la tourmente
Paris, Economica, 2012
François Cailleteau et Alain Pellan, Les Officiers français dans l’entre-deux-guerres, Economica

Le contenu de ce livre va plus loin que ne pourrait le laisser penser le seul titre. En effet, les deux auteurs, partant du constat que « les officiers français entrés en service dans l’entre-deux-guerres ont pu connaître, s’ils ont survécu et s’ils sont restés sous l’uniforme, presque un quart de siècle de guerre continue, de 1939 à 1962 », étudient prioritairement les promotions entrées dans les écoles entre 1923 et 1936. Mais ils n’abordent que très rapidement les périodes de formation et les années qui précèdent immédiatement la Seconde Guerre mondiale. Ils centrent en effet leur étude sur le rôle, la place, l’action de ces officiers à partir de 1939 et, surtout, de 1940. François Cailleteau a rédigé les parties qui correspondent aux officiers de l’armée de terre, Alain Pellan a pris en charge celles qui concernent les officiers de la Marine et de l’armée de l’air.

La longue première partie, rédigée par François Cailleteau, adopte un plan chronologique (« L’avant-guerre », « La campagne de 1939-1940 », « 1940-1942 », « 1943-1945 », « La liquidation de la guerre », « 1945-1954 » et « 1954-1962 ») très détaillé, ce qui permet de faire la part des évolutions et donne au texte une certaine subtilité. Nous retrouvons ces hommes prisonniers après la débâcle, dans l’armée d’armistice, dans l’empire ou dans les Forces françaises libres (ffl), parfois très tôt engagés, parfois longuement hésitants et fidèles à la légalité ou à leurs chefs. Cette partie se termine sur une approche statistique des pertes et des carrières (par exemple, « 40 % des anciens [officiers] ffl sont devenus généraux. 70 % des généraux sont brevetés. Un bon tiers des officiers ayant obtenu au moins sept citations est parvenu aux étoiles », mais aussi « un sur sept de ces officiers est mort pour la France ») et le constat que « cette période amène dans le corps des officiers des novations importantes dans les opinions et les mentalités, novations qui vont peser lourd dans la période suivante ». Cependant, « l’écart entre les accomplissements individuels souvent remarquables et les échecs collectifs est énorme. Ce fut une génération broyée par l’histoire ».

Les deuxième et troisième parties, consacrées à l’armée de l’air (pp. 93-116) et à la Marine (pp. 117-136) ont moins d’ampleur, ne serait-ce que parce que les effectifs concernés sont numériquement moins importants. Dans les deux cas, Alain Pellan adopte un plan presque identique et termine chacune par un chapitre consacré au déroulement des carrières, de 1946 à 1962 pour les aviateurs, de 1948 à 1962 pour les marins. On trouve dans les deux cas de très nombreux chiffres et de précieux renseignements individuels.

Globalement, les auteurs sont assez peu critiques sur les officiers qui firent, parfois jusqu’au bout, le choix de la collaboration avec l’occupant allemand (ils parlent du « sentiment justifié d’avoir fait leur devoir dans des circonstances difficiles ») et il reste, ici, une interrogation à laquelle il n’est pas répondu : où était pour l’essentiel placé le curseur, dans l’institution militaire, entre « légalité » et « légitimité ».

Constatant en conclusion qu’il s’agit bien d’une génération sacrifiée, les deux auteurs résument leurs propos et évoquent les jeunes générations actuelles, dont les motivations initiales ne sont pas substantiellement différentes : « Le goût du risque, l’attrait de l’aventure dans les pays lointains et la volonté de défendre la place et le prestige de la France dans le monde. »

RP

Gallieni et Lyautey | Claude Franc