Le fil Inflexions

Les 19 et 20 juillet, Inflexions sera au salon du livre de Saint-Cyr Coëtquidan

20 juin : mise en place du comité scientifique pour la commémoration du 150e anniversaire de la guerre de 1870

N°21 | La réforme perpétuelle

Préface de Pierre Schoendoerffer, introduction du général Maurice Faivre
Harkis, soldats abandonnés
Témoignages
Paris, XO Éditions, 2012
Préface de Pierre Schoendoerffer, introduction du général Maurice Faivre, Harkis, soldats abandonnés, XO Éditions

L’histoire des harkis hante la mémoire française, comme une tache indélébile qui noircit l’honneur de notre pays. Ces témoignages bouleversants contribuent à éclairer cette tragédie en lui conférant toute sa complexité. Cette histoire oppose plusieurs concepts contradictoires de l’honneur et nous rappelle notre propre histoire de résistance et de collaboration. Les harkis peuvent, en effet, apparaître comme des collaborateurs. Mais leur engagement n’a rien de commun avec la collaboration française de la Seconde Guerre mondiale. Pris dans l’engrenage d’une guerre civile, sans choix qui leur soit laissé, en particulier celui de la neutralité, choqués par les violences du fln à l’égard de leurs familles, vivant dans la misère, sensibles aux arguments de militaires français qui leur font miroiter les avantages et le prestige d’un uniforme sous lequel leurs aïeux se sont battus, ils rejoignent des harka, commandés par des officiers français en lesquels ils ont pleine confiance. La brutalité de l’indépendance en fait soudain des parias des deux côtés de la Méditerranée. Pour le fln et les combattants de la dernière heure, ils sont des traîtres. Pour les Français, des indésirables. Un grand nombre d’entre eux ont été massacrés dans des conditions abominables. Quelques officiers français ont sauvé l’honneur en les protégeant et en les ramenant en France contre les ordres. L’accueil qui leur a été fait a été bien mitigé. Les exilés algériens et la bonne conscience des citoyens français de gauche leur ont reproché leur engagement. On se souvient de l’expression de Georges Frèche les traitant de « sous-hommes ». Il leur aura fallu beaucoup de courage pour surmonter leur destin d’abandonnés. Abandon inexcusable, car leur aide à l’armée française a été fort précieuse durant la guerre d’Algérie, même si leur combat s’est bien sûr, à la lumière de l’histoire, révélé vain et du mauvais côté. La diversité des témoignages français et algériens, sans complaisance ni langue de bois, fait de ce livre une mémoire vivante qui ne peut laisser insensible le lecteur qui voudrait tellement que l’histoire ne soit pas celle qui fut.


Général Henri Bentég... | Aimer l’armée