Numéro 34

Lire l’éditorial du numéro 34

DOSSIER

Les étrangers dans les armées françaises de 1789 à 1945Walter Bruyère-Ostells
Depuis le Moyen-Âge, des étrangers ont servi eu sein des armées de la monarchie française. Mais, avec la Révolution, émergea un nouveau modèle militaire : une armée nationale composée de soldats-citoyens. Pourtant, l’histoire des XIXe et XXe siècles bat en brèche l’idée d’une disparition pure et simple des étrangers dans les forces françaises.
La légion étrangère, singularité ou modèle ?Guillaume Roy
Partir d’une microsociété pour tenter de définir un modèle applicable à une société dans son ensemble est périlleux. L’exercice à partir de la Légion étrangère mérite toutefois d’être tenté. Il révèle certaines fragilités de notre corps social et propose quelques pistes de réflexion inspirées des méthodes mises en œuvre au sein de cette communauté si singulière.
La brigade Montaigne : des maquisards allemandsFrançois Rouan et Didier Sicard
Que la résistance à l’occupant nazi ait pu impliquer des maquisards allemands reste aussi étrange que peu connu. Pourtant, durant plusieurs mois, en 1944, la brigade Montaigne a mené la lutte contre d’importants détachements ss dans les régions cévenole et lozérienne.
La NueveCyril Garcia
Ils étaient cent quarante-six sur les cent soixante soldats qui composaient la 9e compagnie du 3e bataillon du régiment de marche du Tchad de la division Leclerc, la Nueve. Cent quarante-six républicains espagnols qui, les premiers, entrèrent dans Paris le 24 août 1944.
Lettres Lan SamaisesJean-Luc Cotard
Le commandant Van Nam Me, officier fictif du Lan Sam, pays fictif situé quelque part en Asie du Sud-Est, stagiaire à l’École de guerre, à Paris, découvre l’armée française et ses traditions. Un article à la manière des Lettres persanes.
« Y Allah ! »Franck Boudet
L’histoire des tirailleurs raconte l’histoire de France dans ce qu’elle a de grand et de tragique. Étrange sacrifice que celui de ces Algériens, Marocains et Tunisiens qui, de 1831 à 1965, acceptèrent de mourir pour défendre une terre qui n’était pas la leur, au nom de la grandeur d’un pays qui leur était à bien des égards étranger. On y redécouvre ce que le sentiment d’appartenance à la Nation peut produire.
Les chants militaires français d’origine étrangèreThierry Bouzard
L’armée française entretient un répertoire de chansons d’origine étrangère très éclectique. Si on peut y trouver des titres remontant à l’Ancien Régime, l’essentiel provient de la Légion étrangère avec une forte influence germanique. Il illustre le rôle de communication du chant, mais aussi la capacité de dialogue de l’armée française rarement envisagé sous cet éclairage.
Un soldat ethnographe,
le colonel Jean ChapelleÉvelyne Desbois
À fréquenter l’étrange et à l’« embrasser » au sens propre, le colonel Jean Chapelle s’initia à la coutume et fut éduqué à d’autres civilités. Son œuvre d’ethnologue en porte témoignage. Un hommage à sa curiosité et à son empathie pour les populations bordant le lac Tchad.
Combattants et autochtones en IndochineMichel Bodin
La variété des situations militaires et la mosaïque ethnique indochinoise multiplient les formes des rencontres. Ignorance, peur, méfiance vis-à-vis de l’autre, phénomène des groupes armés rendent les liens délicats et multiformes. Cependant, en dépit de réalités cruelles, les relations entre les soldats français et les Indochinois ne furent pas celles de soudards dans un pays occupé. Au contraire, elles sont à l’origine d’une nostalgie : le « mal jaune ».
Une expérience indochinoiseentretien avec Jacques Allaire
L’expérience indochinoise du colonel Jacques Allaire fait comprendre à quel point un militaire engagé sur un théâtre extérieur peut toucher du doigt toutes les facettes de l’étranger. Étranger au pays et à sa population, il l’est pratiquement toujours. Mais il peut aussi devenir étranger à certains de ses camarades, à son propre pays, à ses concitoyens… voire à lui-même.
Le militaire voyageur et l’exotismeYann Andruétan
Dans nos sociétés centrées sur les loisirs, l’étranger est vécu comme une source de plaisirs. Pour les militaires, l’expérience est plus complexe. S’ils cultivent un goût pour l’étranger et l’étrange, une opex est également une source de danger liée aux risques opérationnels, mais aussi à la mise en jeu d’une dimension existentielle qui peut aller jusqu’à la souffrance chez certains.
L’aide médicale aux populationsLoïc Jousseaume
Pour un médecin militaire français, l’aide médicale aux populations est une activité ancienne et habituelle. Si elle ne doit pas le détourner de sa mission première, le soutien des soldats en opération, parfois jusqu’au combat, elle le fait cependant s’interroger sur son humanité, car « quelles que soient son origine et sa culture, l’Autre, c’est aussi moi ».
La force noire : « nos enfants, nos frères »Antoine Champeaux et Éric Deroo
« Ils étaient nos enfants, désormais ils ont gagné le droit d’être nos frères. » Cette formule de 1919 illustre bien les équivoques qui ont toujours accompagné la figure du tirailleur. Aujourd’hui plus que jamais, elle constitue un bon marqueur des rapports de la République avec l’Autre, en particulier issu du continent africain.
Harkis : entre mémoire et oubliFrédéric Médard
En 1954, face à une nouvelle insurrection en Algérie, les pouvoirs publics constituent des formations supplétives sous statut civil pour des « opérations de maintien de l’ordre ». Jusqu’au cessez-le-feu, près de cent soixante-dix mille musulmans serviront la France.
La section AndersonBénédicte Chéron
Des étrangers unis par la guerre. Un classique des représentations de conflit qui trouve dans ce documentaire de Pierre Schœndœrffer une originalité du fait du parcours du réalisateur, mais aussi de la subtilité des procédés de récit utilisés. Ces caractéristiques expliquent la trace laissée dans les mémoires par ce film, couronné d’un oscar en 1967, y compris aux États-Unis.
Les relations interculturelles à l’épreuve des françaisBenjamin Pelletier
Le recueil de témoignages de très nombreux étrangers travaillant avec des Français permet d’identifier chez ceux-ci des comportements récurrents sources de malentendus voire de conflits : l’identification illusoire du savoir au savoir-faire, la manifestation d’un manque d’humilité culturelle et la difficulté à construire une relation positive.
Regard sur L’Étranger de CamusChristophe Junqua
La figure de l’étranger permet traditionnellement de se définir en creux. Mais lorsque l’étranger est en soi, l’identité elle-même vole en éclats. Et ce qui est vrai pour l’homme l’est pour nos sociétés qui génèrent en leur sein une étrangeté bien plus radicale et intime que les simples différences héritées de l’histoire ou de la géographie, et dont se nourrit l’actualité.

Cette entrée a été publiée dans La revue. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.