Numéro 25

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DOSSIER

Entre deuil, honneur et tourisme culturelCatherine Durandin
Les commémorations envahissent le paysage culturel et politique. Il est désormais interdit d’oublier ! Mais afin d’éviter des fractures dérangeantes pour l’image de l’unité nationale, le Politique en appelle aux éducateurs. Voici que fleurit le tourisme pédagogique, qui évacue les spécificités des temps, le caractère unique de chaque événement… La mémoire est devenue objet de consommation.

Aux choix de l’histoire et du patrimoine. Que commémore-t-on aux Invalides ?François Lagrange
L’Hôtel des Invalides constitue une puissante matrice de motifs commémoratifs. Or ses thématiques variées sont activées, ou non, selon les césures politiques de l’histoire de France et la perception d’une continuité spécifique de la fonction militaire au service de l’État.

Cérémonie et cérémonialJean-René Bachelet
Les cérémonies profanes commémoratives et « patriotiques » sont affectées d’un paradoxe : elles n’ont jamais été aussi nombreuses mais ne rassemblent qu’un public restreint. Pour trouver le succès, deux conditions sont à réunir : que la cérémonie soit porteuse de sens et que ce sens soit exprimé de telle sorte qu’à la fois elle parle à l’entendement du public et suscite son émotion ; c’est le but du cérémonial.

La dimension utilitaire de la commémoration militaire : l’exemple de CameroneThierry Marchand
Commémorer pour la communauté militaire revient moins à célébrer le passé qu’à conforter le présent dans une dimension plus utilitaire que morale. Commémorer pour le soldat, c’est d’abord se sentir ensemble afin de donner du sens au présent et de la force morale au collectif. En d’autres termes il s’agit de se préparer au combat à venir.

Le vétéran, entre mémoire, souvenir et reconnaissancePierre-François Rousseau
Pour les vétérans, les commémorations sont un temps de reconnaissance publique et de fraternité, mais pas d’apaisement. Elles peuvent même être particulièrement douloureuses chez celui pour qui les événements de la guerre sont prégnants comme au premier jour. Pour ces blessés psychiques, un autre temps peut tenir lieu de commémoration : celui de l’expertise médicale.

Sans passé partagé, pas de présent communFrançois Naudin
L’objectif d’une histoire nationale n’est pas d’attiser les discours particularistes, mais au contraire de transcender les mémoires. Or, pour en finir avec ces errements et cette obsession en faveur d’une histoire réinventée, il faut oser remettre le passé à sa place et le présent à la sienne.

Travail et devoir de mémoire chez Paul RicœurFrançois Dosse
Dans La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, Paul Ricœur montre qu’il convient de penser mémoire et histoire comme complémentaires. Un éclairage indispensable qui contribue à comprendre les enjeux propres aux pathologies mémorielles, que ce soit le trop-plein ou le pas assez de mémoire, sans parler des occultations et des manipulations du passé.

Commémorer en EuropeEtienne François
Par contraste avec l’Europe d’avant 1989 qui n’était guère plus qu’un espace mémoriel, l’Europe d’aujourd’hui représente une « communauté mémorielle », conflictuelle et divisée certes, mais dont les enjeux de commémoration sont fondamentalement les mêmes d’un bout à l’autre du continent et transcendent les appartenances nationales.

Mémoire des guerres du XXe siècle, questions du XXIeJean-Pierre Rioux
Notre difficulté à commémorer aujourd’hui les conflits du xxe siècle tient aux évolutions qui touchent la mémoire collective, le devoir de mémoire et les guerres elles-mêmes. Faisons le point de ces « provocations du présent ».

Commémorer ou remémorer ?Haïm Korsia
La conception juive des fêtes du calendrier est celle d’une ellipse, qui permet de revivre ce que les anciens ont vécu et de réinterpréter leurs échecs ou leurs succès pour aller un peu plus loin qu’eux, un peu plus haut. Réinvestir leur histoire pour lui donner un sens pour nous aujourd’hui et pour nous appuyer sur leur expérience pour éviter les obstacles de notre temps.

Chanter la mémoire des disparus France Marie Frémeaux
Témoignant au nom des hommes, les écrivains participent aux commémorations : ils chantent la mémoire des morts afin que les actions passées, héroïques ou modestes, ne s’oublient pas. Mais certains contestent la nécessité du souvenir dont la construction est parfois ambiguë. Et il existe une autre façon de s’opposer à la violence du monde : le silence.

Pourquoi s’impliquer dans le centenaire de la Grande Guerre ?Elrick Irastorza
La Grande Guerre occupe toujours une place à part dans notre mémoire collective et au sein de chaque famille. À l’heure de la commémoration de son centenaire, le général Irastorza revient ici sur son engagement au sein de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

D’une commémoration l’autre – Entretien avec Jean-Noël Jeanneney
Ancien président de la Mission du bicentenaire de la Révolution, Jean-Noël Jeanneney vient de publier un ouvrage sur la commémoration de la Grande Guerre. Il revient ici sur ces deux événements. Et se demande si les militaires ont un rapport à la commémoration différent de celui des civils, si la mémoire militaire et la mémoire civile peuvent entrer en contradiction.

Pour nourrir le débat

Le Prix du livre d’histoire de Verdun 2013 : déjà en bleu horizonJean-Pierre Rioux
Pour décerner le neuvième prix d’histoire « Mondes en guerre, mondes en paix » de Verdun, le jury a cette année plongé au cœur de la bataille. Car le contexte historiographique conduit à penser que le combattant en bataille, qui blesse et donne la mort autant qu’il est exposé à l’une et de l’autre, pourrait bien être au centre, imprévu, des commémorations à venir.

Mais où est donc passé le colonel Moutarde ?Xavier Bagot
L’armée dans l’espace public. Telle était la question posée par la livraison de juin 2012 de la revue Inflexions. Retour sur la place de la « parole » militaire dans le débat national.

La France et les sociétés militaires privées : enjeux et état du débatElliott Even
De la logistique à la protection armée, en passant par le renseignement, nos alliés anglo-saxons ont définitivement institutionnalisé l’emploi des sociétés militaires privées (SMP) à l’occasion des conflits afghano-irakiens. Pour le meilleur et pour le pire. En France, le débat est loin d’être clos.

L’armée de 1789 à 1798 : de la régénération à la réforme, de la révolution à la recréationAnnie Crépin
En 1789, les Français souhaitent que l’armée royale soit transformée mais refusent l’éventualité du service militaire du citoyen. Le 23 août 1793, face au danger, la Convention décrète la levée en masse, première forme de service obligatoire. C’est une mesure d’exception. C’est pourquoi, en 1798, la loi Jourdan proclame l’universalité de la conscription, mais pas encore celle du service personnel du citoyen.

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