Numéro 24

L’AUTORITÉ EN QUESTION
Obéir-désobéir

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DOSSIER

Fondements anthropo-logiques de l’autoritéArmel Huet, Jean-Claude Quentel
L’autorité n’est pas l’autoritarisme, et elle doit être clairement dissociée de la question du pouvoir. La problématique de l’éducation chez l’enfant oblige à comprendre qu’elle renvoie au registre de la légitimité, qui doit être distingué de celui de la légalité, dans la mesure où il suppose des processus spécifiques renvoyant à la capacité qu’a l’homme de réglementer ses propres désirs.
Quand l’autorité plie les événements : De Lattre en IndochineMichel Goya
Le 17 décembre 1950, le général de Lattre débarque à Saigon. Par la seule magie de sa personnalité et la force de son autorité, il parviendra, seul, à créer un choc psychologique qui a tout changé dans la guerre. L’indépendance du Vietnam est devenue une réalité.
A-t-on encore besoin d’autorité ?Pierre-Henri Tavoillot
Rien n’est plus débattu aujourd’hui que la « crise de l’autorité », signe peut-être que celle-ci ne se porte pas si mal. Sa source n’est plus à rechercher dans un passé mythique ou dans une transcendance sacrée, mais dans un avenir inquiet et dans le service rendu à d’autres êtres humains. Et il n’est pas certain qu’une telle autorité soit moins solide ou moins puissante que celle qui s’exerçait au « bon vieux temps ».
Qui es-tu ? D’où viens-tu ?Patrick Laclémence
Dans nos grandes métropoles où se développe une civilisation de l’instant, certains individus, en proie à un déficit identitaire, sont à la recherche d’une histoire originelle et se « nourrissent » de discours les plus extrêmes pour se tracer une trajectoire personnelle. Comment relever le défi qui nous est lancé et protéger notre vivre ensemble ?
Commander, une question de testostérone ?Patrick Clervoy
Dans le règne animal, en particulier chez les mammifères, l’autorité est l’attribut du mâle dominant, celui qui a le plus de testostérone. Aujourd’hui, chez les hommes, les qualités du chef ne sont plus fondées sur la virilité.
L’éducation, entre crise et besoin d’autoritéMonique Castillo
On admet très facilement que la démocratisation des mœurs conduit inévitablement à détruire la force morale de l’autorité, mais cette croyance crée l’effet qu’elle redoute. En revanche, comprendre l’autorité comme l’action d’intégrer les individus dans un ordre symbolique de valeurs partagées, c’est la distinguer radicalement de l’autoritarisme.
Au cœur d’un lycée de Seine-Saint-DenisLaurent Clavier
Pour un enseignant, l’autorité ne peut être une finalité. Il doit en user avec malice pour déplacer les résistances, favoriser la mise en mouvement intellectuel des élèves et, surtout, faire en sorte que ceux-ci puissent y trouver la reconnaissance indispensable à leur émancipation.
Obtenir l’obéissance d’une armée de masseFrançois Cochet
Avec les lois de 1889 et de 1905, le service militaire devient réellement universel et la question de l’obéissance des citoyens-soldats se pose avec acuité. L’occasion de profondément renouveler la réflexion sur les modes d’obéissance, sur le rôle des cadres, officiers et sous-officiers.
Du savant à l’expert Didier Sicard
La substitution de l’autorité de l’expert à celle du savant révèle en creux l’évolution d’une connaissance de plus en plus parcellisée, soumise à la dictature du temps présent, plus soucieuse de médiatisation que de vérité. Une autorité fondée sur des données calculantes rassurantes et non plus sur des pensées scientifiques longues à élaborer et inquiétantes par leur difficulté à aider à la décision.
Autorité, management et modernisation Jean-Pierre Le Goff
Les évolutions du management en entreprise reflètent des évolutions sociales et culturelles qui ont mis en jeu la notion d’autorité. Aux anciens modèles paternaliste et taylorien a succédé un « management paradoxal » qui porte la marque de l’« héritage impossible » de Mai-68.
Un légionnaire dans le vignobleYann Talbourdet
La curiosité d’un ancien officier pour les conditions d’exercice de l’autorité dans l’entreprise s’accompagne évidemment d’un esprit critique à la hauteur de l’exigence des légionnaires pour le charisme du chef.
L’autorité ne s’exerce pas dans le videAndré Thiéblemont
L’exercice de l’autorité est toujours problématique. La tradition militaire illustre ce constat anthropologique : elle instaure des procédés coutumiers ou rituels qui subliment la hiérarchie ou y ménagent des espaces de désordre et de contestation dont la fonction est de régénérer l’ordre et d’évacuer des tensions qui sont inhérentes à l’exercice de l’autorité.
Crob’art ou l’art de croquer Hervé Pierre
Dans l’institution militaire fleurissent les « crobards », des dessins humoristiques qui croquent le quotidien de la caserne, les « défaillances » du chef… Une thérapie qui participe pleinement de la respiration naturelle de tout exercice d’autorité.
Grandir : de l’autorité des parents à l’emprise des copainsVéronique Nahoum-Grappe
Et si les violences n’étaient pas le signe d’une jeunesse désaxée en proie au vertige de l’absence de repères et d’autorité supérieure, mais, au contraire, d’un abus de pouvoir par les plus désaxés et les plus durs du groupe, rendu possible par un mécanisme sociologique et psychologique propre au système de communication collective qui se réinvente à chaque fois qu’une bande se forme ?
Obéir : une question de culture Philippe d’Iribarne
Chaque culture a sa manière propre de concevoir, dans un même mouvement, ce qu’est une vraie liberté et ce que c’est que d’obéir en restant libre. Ainsi les rôles que jouent la délimitation contractuelle de la sphère d’obéissance aux États-Unis et la délibération d’une communauté à qui il revient de civiliser ses membres en Allemagne ne se retrouvent pas en France.
Désobéir, droit et devoir : une orientation constante depuis un demi-siècle – Jean-René Bachelet
Le Statut général des militaires a fait l’objet d’une nouvelle rédaction en 2005. La presse en a rendu compte en croyant devoir souligner une disposition présentée comme une grande nouveauté : les militaires se seraient vu désormais reconnaître le droit et même le devoir de désobéir. Or ces dispositions sont apparues dès 1966.
Ordre légal, ordre illégalRonan Doaré
L’action militaire est soumise à « un encadrement hiérarchique strict ». Cependant, à une exigence d’obéissance aveugle a succédé un principe de subordination éclairée : « Le subordonné ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal ou contraire aux coutumes de la guerre et aux conventions internationales. » Toute la difficulté réside dans l’appréciation de ce qu’est un ordre « manifestement illégal ».
Quand la désobéissance met la patrie en danger : Pétain et la défense en profondeur – Michel Goya
Le 22 décembre 1917, le général Pétain impose une nouvelle forme d’organisation défensive aux forces françaises. Une forte opposition à cette directive aboutira le 27 mai 1918 à l’un des plus grands revers français de toute la guerre.
Obéir, désobéir… en toute libertéFrançois Clavairoly
Le geste protestant est ambivalent mais peut être libérateur : d’une désobéissance fondatrice, il peut se scléroser en obéissance mortifère ou renaître en nouvelles désobéissances. Il questionne à coup sûr toute prétention humaine, religieuse et politique, à exercer l’autorité sur la conscience.

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